Les vers blancs dans les pelouses


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 276/626
Date de publication : avril 2008
Commande no. 08-024w
Dernière révision : Imprimé en janvier 2010
Situation : En remplacement de la fiche n° 97-024, qui porte le même titre
Rédacteur : P. Charbonneau - Turfgrass Spécialiste/OMAFRA and M.K. Sears - L'université de Guelph

Format PDF (3.8 MB)

Table des matières

  1. Description
  2. Dommages
  3. Cycle biologique
  4. Lutte culturale contre les vers blancs
  5. Réparation des pelouses endommagées par les vers blancs
  6. Ressources

Les larves de hannetons et de scarabées, dites vulgairement vers blancs, sont des ravageurs fréquents des racines de graminées dans les pelouses et pâturages. Au début, leur présence se manifeste par des symptômes s'apparentant à ceux d'un stress causé par la sécheresse. Au fur et à mesure que les larves s'alimentent, des zones de pelouse commencent à flétrir et à brunir. Là où leur nombre dépasse cinq à dix par 0,1 m2 (1 pi2), on trouve des plaques de pelouse morte. Une pelouse qui a été endommagée par des vers blancs se détache facilement du sol; en effet ses racines ayant été dévorées, elle se trouve privée de son ancrage au sol. Il arrive souvent que mouffettes et autres petits mammifères soulèvent la pelouse pour se nourrir des larves. On répare ces dégâts secondaires, habituellement plus graves que les dommages causés par les larves, en remplaçant la pelouse, en la tassant ou, en passant un rouleau et en l'arrosant bien.

Dans certaines parties de l'Ontario, trois espèces de vers blancs peuvent infester les pelouses: le hanneton européen, le hanneton commun et le scarabée japonais. Le plus courant est le hanneton européen. Originaire d'Europe, ce hanneton a envahi une bonne partie du sud et du centre de la province. Une autre espèce, également introduite, est le scarabée japonais, désormais établi en bien des zones du sud-ouest de l'Ontario et dans les comtés de Simcoe, de Leeds-Grenville, de Stormont, de Dundas et de Glengarry ainsi que dans la ville d'Ottawa. Les larves de ces deux espèces causent des dommages considérables aux pelouses. Le stade adulte du scarabée japonais est par ailleurs un ravageur important d'un grand nombre d'arbustes et d'arbres fruitiers et ornementaux. Le hanneton commun est un insecte indigène de l'Amérique du Nord. On en trouve environ cent cinquante-deux espèces aux États Unis et au Canada. L'Ontario compte pour sa part trois espèces principales.

Description

Les larves de toutes les espèces présentent un corps mou, blanc, en forme de C. Elles ont une tête ocre ou brune, et six pattes épineuses proéminentes (figure 1). Assez petites quand elles éclosent (3-4 mm de long), les larves atteignent à maturité une longueur qui varie entre 2 cm (moins de 1 po) pour la larve du scarabée japonais et 4 cm (moins de 2 po) pour la larve du hanneton commun. Une larve saine est d'un blanc laiteux et laisse deviner le contenu foncé de son tube digestif à travers la cuticule à l'extrémité postérieure de son abdomen.

Ver blanc typique (grossi)

Figure 1. Ver blanc typique (grossi).

Disposition des épines sur l'extrémité de l'abdomen : hanneton commun (à gauche); hanneton européen (au centre); scarabée japonais (à droite)

Figure 2. Disposition des épines sur l'extrémité de l'abdomen : hanneton commun (à gauche); hanneton européen (au centre); scarabée japonais (à droite).

Un trait qui différencie ces trois espèces est la disposition des épines sur la face inférieure de l'extrémité de l'abdomen (figure 2). On trouve en effet à l'extrémité, une rangée de fortes épines de part et d'autre de la ligne médiane. Chez la larve du hanneton commun, ces deux rangées sont parallèles et convergent aux deux extrémités (figure 2a). Chez la larve du hanneton européen, les rangées d'épines sont parallèles jusqu'à l'extrémité d'où elles divergent (figure 2b), tandis que chez la larve du scarabée japonais, les épines forment un motif en V (figure 2c).

L'adulte du hanneton commun (à gauche) et l'adulte du hanneton européen (à droite) sont très semblables

Figure 3. L'adulte du hanneton commun (à gauche) et l'adulte du hanneton européen (à droite) sont très semblables.

Les adultes du hanneton commun et du hanneton européen se ressemblent beaucoup (figure 3). Le hanneton européen est de couleur ocre, tandis que le hanneton commun est brun foncé et plus gros.

Un trait caractéristique du hanneton commun est la présence d'une dent distincte sur chaque pince au bout des pattes. Cette dent est beaucoup plus ronde ou presque absente chez le hanneton européen (figure 4).

Dent sur pince de hanneton commun (à gauche) et de hanneton européen (à droite)

Figure 4. Dent sur pince de hanneton commun (à gauche) et de hanneton européen (à droite).

Le scarabée japonais a une apparence saisissante; on le reconnaît à sa tête et à son thorax vert métallique, à ses élytres bronze et aux six touffes de poils blancs distinctes qu'il a de part et d'autre de l'abdomen (figure 5).

Scarabée japonais adulte

Figure 5. Scarabée japonais adulte.

Vers blancs dans le sol, au dessous de gazon endommagé

Figure 6. Vers blancs dans le sol, au dessous de gazon endommagé.

Dommages

Le hanneton commun adulte se nourrit de feuilles de tremble, de châtaignier, d'orme, d'érable, de chêne, de peuplier et de saule. Il peut dépouiller de leurs feuilles arbustes, rosiers et framboisiers. En cas de fortes pullulations, il peut causer des dommages considérables aux arbres et aux arbustes et être embêtant autour des bâtiments lorsqu'il est attiré par la lumière. Le hanneton européen adulte se nourrit très peu de feuillage et ne pose pas de problème.

Par contre, le scarabée japonais adulte constitue une menace sérieuse. Plus de 300 espèces de plantes ont été signalées comme hôtes de ce scarabée, ses préférés étant: pommier, cerisier, vigne, tilleul, érable, pêcher et rosier. Dans la péninsule de Niagara, il s'agit d'un ravageur que redoutent les producteurs de fruits et de plantes ornementales.

Les larves de toutes les espèces se nourrissent des racines de nombreuses plantes mais préfèrent les racines fasciculées des graminées à gazon. Au fur et à mesure que le système racinaire est dévoré, des plaques de pelouse flétrissent et brunissent. Il est alors facile de les retourner pour observer les vers blancs (figure 6). Il peut aussi y avoir des dégâts secondaires causés par les mouffettes, ratons laveurs et étourneaux sansonnets attirés par les vers blancs. Les dommages sont souvent plus sévères à l'automne et au printemps lorsque les larves grossissent rapidement et se nourrissent près de la surface.

Cycle biologique

Chaque espèce de ver blanc a un cycle biologique ponctué d'événements ou de comportements particuliers qui le caractérisent et qu'il peut être utile de connaître aux fins des programmes de lutte. Pour un aperçu des cycles biologiques des trois espèces, voir la figure 7.

Hanneton commun

Les hannetons communs adultes émergent du sol entre la fin mai et le début juin. Ils s'envolent en grand nombre au crépuscule et s'alimentent du feuillage d'arbres et d'arbustes latifoliés, qui leur sert également de site de reproduction. Le jour, ils s'abritent dans des zones enherbées ou envahies de mauvaises herbes et creusent des trous dans le sol où les femelles pondent leurs œufs. Les œufs éclosent quelques semaines plus tard. Les larves passent alors le reste de l'été à se nourrir des racines des plantes et de matière organique en décomposition. L'automne, lorsque les températures chutent, elles s'enfoncent plus profondément dans le sol et y restent pendant tout l'hiver. Le printemps venu, lorsque le sol se réchauffe, les larves reviennent à la surface, dévorent avec voracité les racines pendant le printemps et l'été. Il s'agit là de la deuxième année de leur cycle biologique de trois ans. C'est à ce stade précis que les larves sont les plus dévastatrices.

L'automne, elles s'enfoncent encore profondément dans le sol pour l'hiver et refont surface le printemps suivant. Les larves s'alimentent alors pendant quelques semaines seulement avant la pupaison et leur métamorphose en hannetons. Ces hannetons restent cependant inactifs dans le sol jusqu'au printemps suivant, moment où ils prennent leur envol. Le cycle biologique est alors complet et une nouvelle génération apparaît.

Figure 7. Tableau comparatif des cycles biologiques du hanneton européen, du hanneton commun et du scarabée japonais.

Figure 7. Tableau comparatif des cycles biologiques du hanneton européen, du hanneton commun et du scarabée japonais. (texte version)

Les vers blancs ont besoin de trois ans pour compléter leur cycle biologique et, bien qu'il soit possible de trouver tous les stades au cours d'une même année, la majorité suit un cycle de trois ans. Dans le passé, les flambées de vers blancs se sont manifestées aux trois ans, les dommages les plus importants étant causés par les larves de deuxième année.

Hanneton européen

Les hannetons européens adultes émergent du gazon de la mi juin à la mi juillet, avec des variations d'une région à l'autre de la province. Les adultes se réunissent en grand nombre pour s'accoupler à la nuit tombante sur des arbres qui sont isolés dans de vastes zones enherbées ou dont la silhouette se découpe contre de grandes surfaces de gazon. L'activité des hannetons coïncide à peu près avec la pleine floraison des roses thé hybrides et des catalpas.

Ces insectes se nourrissent peu, mais les vols au crépuscule leur permettent de s'accoupler. Les femelles retournent alors dans les aires enherbées avoisinantes et déposent leurs œufs dans le sol. Deux semaines plus tard, les œufs éclosent et donnent naissance à de petits vers blancs qui s'alimentent près de la surface.

Si l'humidité fait défaut, l'éclosion peut être retardée de quelques semaines. Pendant les périodes de sécheresse estivale, les vers blancs peuvent rester enfouis profondément dans le sol là où l'humidité est disponible. Après la pluie, ils migrent vers l'interface sol feutre racinaire pour s'alimenter. Avant la fin de septembre, la plupart des vers blancs sont parvenus à maturité et commencent à endommager sérieusement la pelouse. Le temps frais ne semble pas les décourager. Ils restent en effet près de la surface, pourvu que l'humidité soit suffisante, jusqu'à ce que le gel des mois de novembre et décembre les incite à s'enfouir plus profondément dans le sol. Ils préfèrent migrer sous la surface gelée, mais peuvent supporter le gel s'ils ne peuvent pénétrer plus profondément.

Au printemps, les vers blancs migrent vers la surface lorsque le sol dégèle et ce, même avant la fonte des neiges. Les dommages qu'ils causent durant cette période sont légers Les vers blancs dévorent alors les racines superficielles et les collets. Avant le milieu ou la fin de mai, ils cessent de s'alimenter et commencent à se transformer en pupes. Ils restent à ce stade jusqu'à ce que les adultes émergent des pupes entre le milieu et la fin de juin, ce qui complète un an de leur cycle biologique. Une volée d'adultes au crépuscule les soirées douces de juin ou du début de juillet peut annoncer des dommages aux pelouses avoisinantes à l'automne. On peut soupçonner une infestation par des vers blancs lorsque des mouffettes ont endommagé la pelouse au printemps et à l'automne, et que des volées d'étourneaux sansonnets ou de quiscales bronzés se posent sur des parties de pelouse pour se nourrir.

Scarabée japonais

Les scarabées japonais adultes émergent au début de juillet et peuvent s'alimenter activement du feuillage, des fleurs et des fruits d'une variété d'arbres et d'arbustes, pendant une période allant de trente à quarante-cinq jours. Après l'accouplement, les femelles pénètrent dans le sol sous le gazon jusqu'à une profondeur de 3-5 cm et déposent de un à quatre œufs au même endroit. Les femelles peuvent pondre jusqu'à soixante œufs au cours de leur vie. Les larves éclosent deux semaines plus tard et commencent à se nourrir des racines dans les dix premiers centimètres de sol. Pendant les périodes plus sèches, les œufs risquent d'être détruits. Les larves qui survivent se retrouvent alors enfoncées plus profondément dans le sol. Vers la fin de l'été et le début de l'automne, les vers blancs parviennent à maturité et se trouvent généralement près de la surface. Au fur et à mesure que les températures s'abaissent sous 15°C (60 °F), les vers blancs migrent plus profondément dans le sol et restent sous la ligne de gel pendant l'hiver. Lorsque les températures commencent à dépasser 15°C au printemps, les vers blancs se rapprochent de nouveau de la surface pour se nourrir.

Les larves du scarabée japonais sont beaucoup plus sensibles aux changements de température du sol que celles du hanneton européen. Elles ont normalement migré plus profondément dans le sol avant le milieu ou la fin octobre et ne remontent à la surface que vers la fin d'avril ou mai. La présence d'adultes dans des bosquets, sur des fleurs ou des fruits et des dommages à la pelouse par les mouffettes ou autres petits mammifères au printemps et à l'automne sont des indices d'infestations. Des pièges renfermant une combinaison de phéromones femelles et d'un appât floral peuvent être utilisés pour capturer les mâles.

Il faut absolument utiliser ensemble les deux attractifs et placer les pièges tous les 2 000 m2 (1/2 acre), entre la fin de juin et le milieu de septembre. Pour plus d'information sur les scarabées japonais, consulter la fiche technique no 92-130 du MAAARO, Le scarabée japonais dans les pépinières et pelouses.

Lutte culturale contre les vers blancs

Les conditions atmosphériques estivales et automnales peuvent avoir un effet sur la santé et la vigueur des pelouses, facteurs qui à leur tour peuvent influencer indirectement les dommages causés par les vers blancs. De faibles précipitations en juillet et en août peuvent faire mourir les œufs, car ceux ci ont besoin d'absorber l'humidité du sol pour éclore et donner naissance aux vers blancs. En général, lorsque les précipitations sont suffisantes ou que la pelouse est irriguée régulièrement, les vers blancs causent moins de dommages. Une pelouse saine, en croissance active, a plus de racines et peut de ce fait mieux supporter les déprédations causées par les larves. À l'inverse, les dommages causés par les vers blancs, aussi petits soient ils, seront vite manifestes dans les pelouses qui manquent de vigueur et se portent mal. Le maintien d'une pelouse saine constitue donc la première ligne de défense contre les vers blancs.

Réparation des pelouses endommagées par les vers bBlancs

Une pelouse qui est endommagée par les vers blancs ou par les mouffettes, ratons laveurs ou étourneaux sansonnets qui s'en nourrissent peut être soit réensemencée, soit recouverte de gazon en plaque. Le meilleur moment pour le faire est le printemps une fois que les vers blancs ont causé le gros des dommages à la pelouse.

Râteler les zones endommagées de manière à enlever le gazon mort. Semer à la volée et uniformément de la graine à gazon de bonne qualité. Passer un râteau pour faire en sorte que la semence soit bien en contact avec le sol. Épandre de la terre végétale ou du compost sur la zone fraîchement ensemencée. Le passage d'un rouleau permettra de raffermir légèrement la surface du lit de semence et de garantir un bon contact sol-semence. Garder le lit de semence humide jusqu'à ce que la semence ait germé et que les plantules se soient bien établies. Cela oblige parfois à arroser avec un jet en pluie plusieurs fois par jour. Une fois que les plantules sont établies, les opérations de tonte et d'entretien courantes du gazon peuvent reprendre.

Pour des résultats immédiats, on peut aussi poser du gazon en plaque aux endroits endommagés. On prépare alors le sol comme pour les semis, mais en creusant suffisamment pour que la surface du gazon en plaque arrive à la même hauteur que celle de la pelouse existante. On doit maintenir un taux d'humidité suffisant dans le sol jusqu'à ce que le gazon en plaque se soit bien enraciné. La pose de gazon en plaque peut se faire à tout moment au cours de la saison, pourvu qu'on puisse arroser la pelouse.

Ressources

  • MAAO et MAR. Publication 384F, Recommandations pour la gestion des gazons.
  • Fiche technique no 08-022w, Le scarabée japonais dans les pépinières et les pelouses.

     

Pam Charbonneau est spécialiste des gazons, Division de l'agriculture et des affaires rurales, MAAARO. M.K. Sears est à l'emploi du Département de biologie environnementale de l'Université de Guelph.