Maladies à chancresExtrait du Publication 310F, Lutte intégrée
contre les ennemis du pommier, Table des matièresIntroductionPlusieurs agents pathogènes sont en cause dans l'apparition de chancres sur les pommiers. Un chancre est une plaie entourée de tissus vivants, qui se trouve sur l'écorce de rameaux, de branches, du collet, d'une tige ou d'un tronc. La bactérie pathogène responsable de la brûlure bactérienne ainsi que le champignon pathogène responsable de la pourriture noire causent tous deux l'apparition de chancres sur les pommiers. Une rubrique distincte est consacrée à chacun de ces agents pathogènes. La présente section décrit deux autres maladies à chancres observées sur les pommiers cultivés en Ontario. Des chancres se forment quand un agent pathogène infecte et colonise les tissus cambiaux sous l'écorce des rameaux, des branches, du tronc et du collet des arbres. Le tissu cambial finit par mourir, après quoi l'écorce adjacente au cambium infecté s'enfonce, change de couleur, se fissure ou se détache. Les répercussions des chancres sur la santé et la productivité d'un pommier dépendent de leur emplacement, de leur nombre et de leur taille. Un chancre sur le tronc principal peut faire mourir un pommier s'il s'étend et finit par encercler complètement le tronc. Sur une branche, l'extrémité de la branche située au delà du chancre mourra ou deviendra beaucoup moins productive, sans que cela n'affecte le reste de l'arbre. Même si certains chancres, comme le chancre européen, s'étendent d'une année à l'autre, d'autres, comme le chancre de l'anthracnose, sont circonscrits par le système de défense de l'arbre et restent de la même grosseur après l'infection et le développement initiaux, mais produisent et libèrent des spores qui provoquent de nouvelles infections et l'apparition de nouveaux chancres sur le même arbre ou un arbre voisin. Il est difficile d'évaluer l'ampleur des dommages causés par les chancres dans un verger. Ils provoquent un ralentissement de la croissance et de la productivité des pommiers et peuvent les faire mourir. En l'absence d'interventions et pour peu que les conditions soient propices à la maladie, il suffit de quelques chancres seulement dans un verger pour que la maladie gagne du terrain et finisse par atteindre et affaiblir un pourcentage élevé des pommiers d'un même bloc. Les chancres sont souvent colonisés par d'autres agents pathogènes ou attirent des ravageurs qui minent encore davantage la vigueur et la productivité de l'arbre. En règle générale, on observe peu de différences dans la sensibilité aux chancres des divers cultivars de pommiers. Les organismes en cause infectent tous les cultivars de pommiers et de nombreuses autres espèces d'arbres. Il en va autrement de la brûlure bactérienne, à laquelle les différents cultivars ne sont pas également sensibles. Néanmoins, les méthodes de lutte sont les mêmes pour toutes les maladies à chancres; elles sont expliquées à la rubrique Surveillance et lutte de la section Chancre européen. Chancre européenLe chancre européen, auparavant désigné chancre nectrien ou chancre du pommier, est causé par le champignon pathogène Neonectria ditissima (auparavant désigné Nectria galligena). SymptômesLe champignon envahit des plaies comme celles qui résultent de vieilles blessures d'élagage ou de lésions sur les feuilles et les fruits. Les chancres européens forment un anneau rugueux tout autour de la plaie et, souvent, cet anneau grossit chaque année. Des organes de fructification d'un orangé vif contenant des spores sont produits sur les vieux chancres durant l'hiver (figure 4-138). Il en résulte un gros chancre entouré d'anneaux de plus en plus gros. Il est fréquent que les chancres encerclent une grosse branche ou le tronc, ce qui fait mourir tous les rameaux poussant au delà de ce point. Les arbres infectés en pépinière affichent une croissance lente et finissent par mourir (figure 4-139).
Figure 4-138. Vieux chancre européen ayant produit des organes de fructification orangé vif durant l'hiver.
Figure 4-139. Jeune pommier dont le tronc est entièrement encerclé par un chancre européen. Cycle biologiqueLa plupart des infections surviennent quand le temps est humide et que les températures se situent dans la fourchette de 10 à 16°C. Les vergers mal drainés sont plus sensibles que les autres au chancre européen. Une croissance végétative excessive rend aussi les arbres plus sensibles. Des coupes qui ne sont pas nettes et des chicots de branches augmentent les risques de voir la plaie envahie par un chancre. Dans d'autres régions pomicoles, N. ditissima serait aussi à l'origine d'une pourriture des fruits, mais ce type d'infection n'a pas été observé en Ontario. De nombreuses autres plantes ligneuses, comme l'érable, le bouleau, le caryer, le peuplier, le hêtre et l'aubépine, sont des hôtes intermédiaires de l'agent pathogène. Surveillance et lutteSurveiller l'apparition de chancres pendant toute la saison de croissance. Marquer les arbres infectés à l'aide de ruban d'une couleur claire ou à l'aide de peinture à pulvériser, afin de les retrouver facilement et de couper les branches infectées pendant la période de dormance. Même si les fongicides freinent la propagation de la maladie, ils ne sont d'aucun secours pour remédier à des infections existantes. Il vaut mieux, pour prévenir la maladie, s'en remettre aux bonnes pratiques horticoles que voici :
Chancre de l'anthracnoseLe chancre de l'anthracnose est causé par le champignon pathogène Pezicula malicortici. SymptômesÀ l'automne, les infections des branches et des troncs donnent lieu à l'apparition de petites taches circulaires rougeâtres ou violettes qui deviennent elliptiques et enfoncées le printemps suivant. Au fur et à mesure que le chancre de l'anthracnose parvient à maturité, des fissures apparaissent à la jonction du tissu malade et de l'écorce saine, sous l'effet des mécanismes de défense de l'arbre qui cherche à limiter l'expansion de la lésion. Quand le tissu atteint commence à se fissurer et à se détacher, se trouvent alors exposées de longues fibres qui font penser à des " cordes de violon ", d'où le nom de " fiddlestring canker " parfois employé en anglais pour désigner cette maladie (figure 4-140). Même si le chancre de l'anthracnose ne grossit pas dans les années qui suivent l'infection, il peut produire des spores sur le bois mort pendant plusieurs années. Les spores infectent aussi les fruits et donnent lieu à une pourriture causée par l'anthracnose plus tard en cours d'entreposage.
Figure 4-140. Le chancre de l'anthracnose se fissure avec le temps, donnant lieu à l'apparition de longues fibres qui, comme le rappelle l'un des noms anglais de la maladie, font penser à des cordes de violon. Cycle biologiquePezicula malicortici produit des ascospores (sexuées) au printemps et des conidies (asexuées) ou des spores (champignon imparfait Cryptosporiopsis curvispora) à l'automne. À l'automne, durant les périodes prolongées de temps frais et pluvieux, les éclaboussures de pluie chargées de spores provenant des chancres propagent l'agent pathogène au tronc ou aux grosses branches des pommiers adjacents où l'agent hiverne. Surveillance et lutteComme les méthodes de lutte sont les mêmes pour toutes les maladies à chancres, voir la même rubrique. Pourridié phytophthoréenPlusieurs agents pathogènes sont responsables de la pourriture des racines de pommiers. Les organismes le plus souvent en cause en Ontario sont les espèces du genre Phytophthora. On décrit parfois ces organismes pathogènes terricoles comme des " moisissures aqueuses ", même si en fait, ils ne sont pas des moisissures à proprement parler. Les espèces du genre Phytophthora sont étroitement apparentées aux algues jaune-brun. Bien qu'elles ne soient pas considérées comme étant de véritables champignons, elles regroupent des organismes qui, comme les champignons, préfèrent les lieux très humides. Certaines espèces s'attaquent à des hôtes spécifiques tandis que d'autres, comme celles qui infectent les racines des pommiers, ont un vaste éventail d'hôtes. Les symptômes des infections causées par Phytophthora spp. peuvent se manifester :
SymptômesQuel que soit l'endroit où la pourriture se forme, au départ, elle sera très difficile à déceler. Au moment où les symptômes de la maladie apparaissent sur les feuilles, il est trop tard pour intervenir. Souvent, c'est au printemps que l'on observe les premiers symptômes sur des pommiers gravement infectés. Les bourgeons des arbres infectés se gonflent et s'ouvrent, puis les feuilles semblent se déployer normalement au printemps, mais les arbres infectés se flétrissent et s'effondrent soudainement après le débourrement. Faute d'un support suffisant, les arbres affaiblis par des racines pourries sont facilement renversés par des vents violents (figure 4-141). Au fur et à mesure que la maladie progresse à la base du tronc et sur le collet, un chancre violet peut se former à la base des pommiers infectés (figure 4-142).
Figure 4-141. Les pommiers dont le collet ou la base du tronc est fortement envahi par la pourriture sont facilement renversés par des vents violents.
Figure 4-142. Collet et base du tronc d'un pommier fortement envahi par la pourriture; noter la fissure sombre formée par le chancre. Pour diagnostiquer la pourriture qui se manifeste sur les organes souterrains, dégager le sol qui entoure le collet et les racines des pommiers morts ou moribonds et gratter l'écorce qui recouvre la base du tronc et les racines (figure 4-143). Un chancre ou des stries allant de l'orangé au brun rougeâtre sur le cambium du collet ou à la base du tronc, ou tout juste sous l'épiderme des racines sont de bons indices d'une infection par Phytophthora (figure 4-144). Le chancre orangé tirant sur le rouge est souvent délimité par un contour sombre ou noir qui le sépare des tissus sains, qui eux sont blancs. Quand ces symptômes se trouvent dans les vergers, songer à envoyer un échantillon des racines ou des tissus du collet qui sont atteints à un laboratoire de diagnostic phytosanitaire accrédité afin de faire identifier l'agent pathogène.
Figure 4-143. Déterrer la base du pommier pour confirmer la présence de pourriture sur le collet et la base du tronc.
Figure 4-144. En grattant l'écorce pour l'ôter du collet et de la base d'un arbre fruitier infecté par Phytophthora, on peut apercevoir un chancre rouge orangé délimité par un contour sombre qui le sépare des tissus sains, qui eux sont blancs. La plupart des arbres en croissance active tolèrent un certain degré de pourriture sur leurs racines et leur collet et peuvent freiner pendant un temps la progression de la maladie. Par contre, les jeunes arbres en dormance ou les arbres qui ont une croissance lente parce qu'ils sont soumis à d'autres facteurs de stress sont les plus sensibles, particulièrement quand l'agent pathogène est encore actif. Selon leur taille et leur état de santé, les arbres infectés déclinent peu à peu sur plusieurs années ou meurent quelques semaines à peine après l'apparition des premiers symptômes. À mesure que la maladie progresse, les arbres infectés produisent souvent des feuilles jaunes chlorotiques dont l'aspect rappelle celui des feuilles carencées en fer. Les symptômes que la pourriture des organes souterrains (racines et collet) provoque sur les feuilles sont souvent confondus avec des désordres tels que des carences nutritives. Surveillance et lutteInspecter les arbres à la recherche des premiers symptômes
d'organes souterrains infectés par Phytophthora, qui se manifestent
par une faible élongation des pousses et des fruits de petit
calibre. Il n'y a plus rien à faire une fois que Phytophthora
sévit dans un verger de pommiers. Certains fongicides sont
homologués comme traitements préventifs contre la
pourriture de la base du tronc qui se trouve hors du sol, mais uniquement
pour les pommiers non fructifères. Au moment de choisir l'emplacement
d'un verger, rechercher si possible des champs offrant un bon drainage
et des sols légers. Si le sol est lourd ou retient l'eau
pendant de longues périodes, envisager de faire installer
un réseau de drainage souterrain. Comme l'agent pathogène
frappe quand les sols restent saturés pendant de longues
périodes, les précautions prises lors de l'irrigation
pour éviter de trop arroser réduisent les risques
d'infections et de propagation des pathogènes. Choisir des
porte-greffes affichant une certaine résistance à
Phytophthora, surtout si les plantations se font dans des sols lourds
qui sont mal drainés. Des chercheurs de la Cornell University
ont mis au point des porte-greffes résistant à Phytophthora
(p. ex. CG.30, CG.6210 et G.16). Le porte-greffe M.9 et les porte-greffes
de semis affichent une certaine résistance à la pourriture
des racines causée par Phytophthora, mais les M.26, M.7 et
MM.106 sont considérés comme étant de moyennement
sensibles à très sensibles. Inspecter minutieusement
les racines, le collet et le greffon des jeunes pommiers pour s'assurer
de ne planter que des arbres sains. Inspecter le filet qui entoure
la base des jeunes pommiers pour s'assurer que ceux-ci sont bien
protégés des dommages causés par les rongeurs
au printemps. Prendre soin de dégager les débris qui
pourraient s'être logés à l'intérieur
pour éviter qu'ils ne retiennent l'humidité près
du tronc et n'offrent un site de choix à Phytophthora pour
s'installer et se propager. Voir la
publication 360F du MAAARO, Recommandations pour les cultures fruitières,
pour connaître la liste des produits recommandés.
Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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