Sondage 2018 sur les pertes hivernales en apiculture en Ontario

Table des matières


Introduction

L'industrie apicole de l'Ontario est l'une des plus diversifiées au Canada. Les apiculteurs de l'Ontario sont engagés dans la production de miel pour un marché intérieur important, la production et la vente de reines et colonies pour essaimage afin de répondre à une demande toujours croissante pour des activités liées aux abeilles mellifères, comme des services de pollinisation pour le secteur des fruits et des légumes.

Au fil des ans, les colonies d'abeilles mellifères d'élevage ont été confrontées à des taux de mortalité variables dans plusieurs collectivités publiques tant au Canada qu'aux États-Unis. Depuis 2010, la mortalité des abeilles mellifères durant l'hiver en Ontario a été estimée à un taux aussi faible que 12 pour cent durant l'hiver 2011-2012 et aussi élevé que 58 pour cent durant l'hiver 2013-2014. Au cours du précédent hiver 2016-2017, la mortalité hivernale en Ontario a été estimée à 27 pour cent et de 46 pour cent cette année.

L'industrie apicole de l'Ontario n'est pas statique. Le nombre de colonies et la quantité de miel produite varient d'une année à l'autre et sont influencés par les conditions climatiques, les pratiques de gestion, les ennemis des cultures, les maladies et les agents stressants environnementaux. Le nombre de colonies exploitées par les apiculteurs fluctue également tout au long de l'année. Après une diminution du nombre de colonies au cours des mois d'hiver, un apiculteur peut augmenter ce nombre durant les mois d'été en séparant des colonies plus grosses et en santé en plus petites colonies pour essaimage. En date de 31 décembre 2017, les apiculteurs de l'Ontario avaient inscrit 105 244 colonies, ce qui représente le nombre de colonies inscrites qui étaient vivantes au début de l'hiver 2017-2018.

Méthodologie

Le comité d'enquête national sur les pertes hivernales de l'Association canadienne des apiculteurs professionnels (ACAP) décide des questions de base qui sont posées chaque année par les provinces afin d'estimer la mortalité de colonies d'abeilles mellifères au cours de l'hiver. L'ACAP coordonne la manière dont les pertes hivernales générales sont déclarées afin de garantir l'uniformité parmi les provinces et les années de sondage. Aux fins du rapport national de l'ACAP, la mortalité hivernale en Ontario est calculée uniquement à l'aide des réponses fournies par les apiculteurs commerciaux. Depuis 2007, l'ACAP a compilé les données fournies par chaque province, a publié un rapport annuel sur les pertes de colonies d'abeilles mellifères à l'échelle nationale et donne un portrait de la santé générale de l'apiculture dans l'ensemble du Canada.

Au cours du printemps 2018, le Programme d'apiculture du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario (MAAARO) a sondé les apiculteurs de l'Ontario afin d'estimer la mortalité de colonies d'abeilles mellifères durant l'hiver 2017-2018. Le sondage a été distribué à 186 apiculteurs commerciaux inscrits (définis comme exploitant 50 colonies ou plus) et à 400 apiculteurs à petite échelle choisis au hasard (définis comme exploitant un maximum de 49 colonies). Les apiculteurs avaient le choix de répondre par voie électronique grâce à un sondage en ligne, sur un sondage rempli sur papier ou par téléphone. Le sondage est volontaire et les réponses qui y ont été données, comme le nombre de colonies mortes durant l'hiver, sont déclarées par les apiculteurs et n'ont pas été vérifiées par le MAAARO ou par un autre organisme indépendant.

Tableau 1. Nombre d'apiculteurs, par région, qui ont répondu au sondage 2018 sur les pertes hivernales en apiculture en Ontario.

Régions apicoles
Apiculteurs commerciaux
Apiculteurs à petite échelle
No de participants
% de participants
No de participants
% de participants
Centre
41
35,0
29
24,6
Est
23
19,7
36
30,5
Nord
5
4,3
17
14,4
Sud
36
30,8
27
22,9
Sud-Ouest
12

10,3

9
7,6
Total
117
63
118
30

Tableau 2. Mortalité durant l'hiver pour 2017-2018.

Type d'apiculteurs
No de colonies complètes hivernées à l'automne 2017
No de colonies viables après l'hiver en date du 15 mai 2018
No de colonies non viables en date du 15 mai 2018
Mortalité durant l'hiver (%)
Commerciaux
62 236
34 327
28 909
45,7
À petite échelle
1 287
702
585
45,5

À l'aide du nombre de colonies déclarées par les apiculteurs (tableau 2), la mortalité hivernale à l'échelle de la province est calculée grâce à la formule suivante :

Mortalité hivernale (%) = (No total de colonies mortes et non viables au 15 mai 2018÷ No total de colonies déclarées vivantes au début de l'hiver 2017) x 100

Aux fins de ce sondage, une colonie d'abeilles mellifères est définie comme une colonie d'abeilles mellifères complète dans une chambre à couvain simple ou double, excluant les colonies pour essaimage (séparées). Une colonie commercialement viable est définie par l'ACAP comme une colonie qui a survécu à l'hiver et qui possède un minimum de quatre cadres couverts d'abeilles à 75 pour cent sur les deux côtés dans une ruche normale de 10 cadres. Les colonies mortes sont incluses dans le compte des colonies non viables.

Le présent rapport tient compte de toutes les réponses fournies par les apiculteurs, tant commerciaux qu'à petite échelle, recueillies dans le cadre du sondage 2018 sur les pertes hivernales en apiculture en Ontario. Les données des apiculteurs commerciaux et des apiculteurs à petite échelle de l'Ontario ont été analysées séparément. Des réponses ont été reçues de 117 apiculteurs commerciaux et de 118 apiculteurs à petite échelle, ce qui représente 40 % des apiculteurs qui avaient reçu le sondage.

Par type d'apiculteur, des réponses ont été reçues de 63 pour cent des apiculteurs commerciaux représentant 63 236 colonies et de 30 pour cent des apiculteurs à petite échelle représentant 1 287 colonies (tableau 1 et tableau 2). Combinées, les réponses représentent 61 pour cent du nombre total de colonies inscrites en Ontario en date du 31 décembre 2017. Même si elles ne sont pas divulguées à l'ACAP afin d'être incluses son enquête nationale sur les pertes hivernales d'abeilles mellifères, les réponses des exploitations apicoles à petite échelle aideront à fournir des observations sur l'industrie de l'apiculture de l'Ontario.

Résultats

Mortalité hivernale des colonies d'abeilles mellifères

Les renseignements du présent rapport sont un résumé des réponses recueillies auprès de tous les apiculteurs qui ont répondu au sondage sur les pertes hivernales en apiculture. Ces renseignements n'ont pas été vérifiés par le MAAARO ou par tout autre organisme indépendant. Les apiculteurs commerciaux et à petite échelle inscrits en Ontario ont déclaré un taux de mortalité hivernale d'environ 46 pour cent au cours de l'hiver 2017-2018 (tableau 2). Au Canada, l'industrie considère que le taux maximal acceptable et viable de pertes hivernales est de 15 pour cent (Furgala et McCutcheon, 1992; ACAP 2007 à 2016).

L'industrie apicole a été divisée en cinq régions distinctes en fonction de modèles géographiques, climatiques et météorologiques (figure 1). Le sondage a été envoyé à des apiculteurs partout dans la province et des réponses ont été reçues de l'ensemble des cinq régions apicoles. Certaines régions apicoles ont une activité apicole plus importante que d'autres, comme on le voit en comparant le nombre d'apiculteurs dans le Nord au nombre d'apiculteurs dans le Sud de la province. La majorité des apiculteurs commerciaux qui ont répondu au sondage provenaient des régions apicoles du Centre et du Sud. Ces régions sont connues comme ayant l'activité apicole la plus importante. Les réponses reçues des exploitations apicoles à petite échelle provenaient principalement des régions apicoles du Centre, de l'Est et de l'Ouest.

La figure 1 montre la division des régions apicoles en Ontario. La région Nord comprend les comtés de Manitoulin, Parry Sound, Nipissing, Sudbury, Algoma, Temiskaming, Cochrane, Thunder Bay, Rainy River, et Kenora. La région Est comprend les comtés de Hastings, Renfrew, Lennox & Addington, Prince Edward, Frontenac, Leeds & Grenville, Lanark, Ottawa, Stormont, Dundas & Glengarry, et Prescott & Russell. La région du Centre comprend les comtés de Muskoka, Bruce, Grey, Simcoe, Peel, York, Toronto, Durham, Dufferin, Kawartha Lakes, Haliburton, Peterborough, et Northumberland. La région Sud comprend les comtés de Wellington, Huron, Perth, Oxford, Norfolk, Brant, Waterloo, Hamilton, Halton, Haldimand, et Niagara. La région Sud-Ouest comprend les comtés de Middlesex, Elgin, Lambton, Chatham-Kent et Essex.

Figure 1. Régions apicoles de l'Ontario : Nord (brun), Est (orange), Centre (jaune), Sud (rouge) et Sud-Ouest (vert).

Texte équivalent à la figure 1

La mortalité hivernale estimée des abeilles mellifères et le nombre de participants variaient selon la région apicole (tableau 3). Les apiculteurs commerciaux ont déclaré les pertes les plus importantes dans la région Est et les apiculteurs à petite échelle ont déclaré que les pertes les plus élevées se situaient dans la région Sud. Au total, la différence en matière de mortalité durant l'hiver 2017-2018 entre les apiculteurs commerciaux et à petite échelle était d'environ 0,2 pour cent (tableau 2).

Tableau 3. Nombre d'apiculteurs commerciaux et à petite échelle ayant participé au sondage et mortalité hivernale (en pourcentage) en 2018 pour chaque région apicole en Ontario.

Région apicole
Apiculteurs commerciaux
Apiculteurs à petite échelle
No de participants
Mortalité durant l'hiver (%)
No de participants
Mortalité durant l'hiver (%)
Centre
41
52,8
29
44,2
Est
23
56,2
36
45,1
Nord
5
42,0
17
45,3
Sud
36
43,6
27
50,7
Sud-Ouest
12
32,7
9
25,4
Total
117
45,7
118
45,5

Lorsque les participants étaient regroupés par taille d'exploitation (nombre de colonies gérées), la mortalité des abeilles mellifères durant l'hiver 2017-2018 variait de 41,6 à 46,8 pour cent (tableau 4). Les apiculteurs exploitant de 201 à 500 colonies ont déclaré moins de pertes de colonies d'abeilles (41,6 pour cent) mellifères que les autres apiculteurs. Semblablement aux années précédentes, le nombre de participants de la catégorie de 501 à 1 000 colonies est demeuré faible, bien que le pourcentage de mortalité durant l'hiver dans ce groupe ait triplé. Le plus grand nombre de participants au sondage possédaient des exploitations apicoles de moins de 10 colonies et ce groupe a signalé une mortalité d'abeilles mellifères de 43 pour cent. Contrairement aux années passées, les exploitations de plus de 1 000 colonies ont signalé le taux de mortalité d'abeilles mellifères durant l'hiver le plus élevé (~47 pour cent).

Tableau 4. Mortalité des abeilles mellifères durant l'hiver 2017-2018 par taille de l'exploitation apicole (nombre de colonies exploitées).

No de participants
No de colonies déclarées à l'automne 2017
Mortalité moyenne durant l'hiver (%)
75
<10
43,4
43
10-49
45,9
71
50-200
42,5
20
201-500
41,6
8
501-1000
45,3
18
>1000
46,8

On a demandé aux apiculteurs de déclarer les principaux facteurs qui contribuaient selon eux à la mortalité de leurs abeilles mellifères durant l'hiver. Ces opinions peuvent être basées sur des symptômes observables ou sur l'expérience, le jugement ou des spéculations de l'apiculteur. Les conditions météorologiques et la mauvaise qualité des reines étaient les facteurs les plus souvent déclarés comme influençant la mortalité hivernale par les apiculteurs commerciaux. Inversement, les apiculteurs à petite échelle ont signalé que les conditions météorologiques et les colonies faibles à l'automne étaient les principaux facteurs contribuant à la mortalité hivernale (tableau 5).

Tableau 5. Nombre d'apiculteurs commerciaux et à petite échelle déclarant des facteurs contributifs à la mortalité de colonies d'abeilles mellifères durant l'hiver 2017-2018.

Cause soupçonnée de perte de colonies
No d'apiculteurs commerciaux ayant fait une déclaration
No d'apiculteurs à petite échelle ayant fait une déclaration
Famine
30
21
Mauvaise qualité des reines
50
16
Conditions météorologiques
74
46
Lutte inefficace contre le varroa
34
14
Nosema
22
10
Colonies faibles à l'automne
36
30
Autre
46
25
Ne sais pas
24
27

Pratiques de gestion pour lutter contre les ennemis des cultures et les maladies

Plusieurs théories existent pour expliquer l'observation de la mortalité hivernale accrue des abeilles mellifères au cours des dernières années. La littérature scientifique suggère que la santé des abeilles mellifères est complexe et que plusieurs facteurs peuvent contribuer à la santé d'une colonie d'abeilles mellifères. Par exemple, les colonies peuvent être affaiblies ou tuées par des ennemis des cultures ou des maladies, comme une infestation par l'acarien parasite, Varroa destructor. De mauvaises pratiques de gestion, notamment la petite taille du groupe, des magasins à miel inadéquats et une lutte inefficace contre le varroa, peuvent contribuer aux pertes hivernales. D'autres facteurs comme le mauvais temps, la perte d'habitat et l'exposition à des pesticides sont des agents stressants qui peuvent contribuer à la santé d'une colonie.

Même si certains facteurs contribuant à la mortalité des colonies, comme le mauvais temps, ne peuvent pas être contrôlés directement par l'apiculteur, la surveillance des ennemis des cultures et des maladies et le traitement pour y réagir peuvent cependant être contrôlés par l'apiculteur. Pour cette raison, le sondage 2018 sur les pertes hivernales était axé sur la surveillance, la gestion et le suivi de trois principaux ennemis des cultures et menaces pour la santé des colonies : varroa, Nosema et loque américaine.

Varroa (Varroa destructor)

Le varroa est un parasite externe de taille relativement grande qui se nourrit des liquides organiques des abeilles mellifères adultes ou en développement. Il cause des dommages matériels, affaiblit les abeilles et transmet divers pathogènes, en particulier des virus. Dans presque tous les cas, lorsqu'une infestation par le varroa n'est pas bien gérée, toute la colonie d'abeilles finit par mourir. On a demandé aux apiculteurs comment ils surveillaient les infestations par le varroa (figure 2) et les traitements qu'ils avaient utilisés au début (printemps) et à la fin (automne) de la saison apicole 2017 (tableau 6).

La figure 2 montre le type de méthode de surveillance du varroa utilisé par les apiculteurs commerciaux et à petite échelle en 2017. Les participants au sondage pouvaient donner plus d'une réponse. Les apiculteurs commerciaux ont signalé 20 cas de méthode de la plaquette collante, 69 cas de la méthode du lavage à l'alcool, 19 cas d'autre méthode et 21 cas d'absence de surveillance du varroa. Les apiculteurs à petite échelle ont signalé 53 cas de méthode de la plaquette collante, 27 cas de la méthode du lavage à l'alcool, 28 cas d'autre méthode et 36 cas d'absence de surveillance du varroa.

Figure 2. Type de méthode de surveillance du varroa utilisé par les apiculteurs commerciaux et à petite échelle en 2017. Les participants au sondage pouvaient donner plus d'une réponse.

Texte équivalent à la figure 2

Parmi les apiculteurs qui ont répondu à la question concernant la surveillance du varroa, 84 pour cent des apiculteurs commerciaux et 75 pour cent des apiculteurs à petite échelle ont déclaré qu'ils surveillaient la présence d'une infestation par le varroa dans leurs colonies. Un certain nombre de méthodes de surveillance était utilisé par ces apiculteurs, les plus fréquentes étant le lavage à l'alcool et les plaquettes collantes. Certains apiculteurs utilisaient plus d'une méthode pour surveiller la présence de varroa. Lorsque la réponse " autre " était choisie, l'apiculteur indiquait fréquemment qu'il faisait l'inspection visuelle de ses colonies pour déceler la présence de varroa, ou qu'il utilisait la méthode du saupoudrage de sucre, deux méthodes qui ne sont pas recommandées pour la surveillance du varroa.

Les apiculteurs de l'Ontario utilisent une gamme d'options de traitement pour gérer le varroa. Au printemps et à l'automne 2017, la principale méthode pour le traitement du varroa déclarée par les apiculteurs était l'ApivarMD. Les apiculteurs commerciaux ont aussi déclaré utiliser de l'acide formique liquide 65 % (40 ml, épandages multiples), des bandes antimites et de l'acide oxalique. Les apiculteurs à petite échelle ont précisé préférer les bandes antimites à toute autre option de contrôle des parasites. Même si on a documenté des cas de résistance à des produits de contrôle des parasites comme ApistanMD et Checkmite+ MC, il n'existe à ce jour aucun cas documenté de varroa résistant à l'ApivarMD.

Les deux traitements les moins fréquemment utilisés par les apiculteurs commerciaux et à petites échelles étaient le Checkmite+ MC et le Thymovar. Afin de ralentir le développement d'une résistance aux traitements chimiques, les apiculteurs ontariens sont avisés d'alterner les traitements contre le varroa dans le cadre d'une stratégie de lutte intégrée contre les ennemis des cultures.

Tableau 6. Traitements déclarés par les apiculteurs commerciaux et à petite échelle utilisés pour contrôler le varroa au printemps et à l'automne 2017. Les participants au sondage pouvaient donner plus d'une réponse.

Traitement contre le varroa
Printemps 2017
Automne 2017
No d'apiculteurs commerciaux
No d'apiculteurs à petite échelle
No d'apiculteurs commerciaux
No d'apiculteurs à petite échelle
ApistanMD (fluvalinate)
5
5
15
5
CheckMite+MD (coumaphos)
0
1
0
0
ApivarMD (amitraz)
33
11
57
17
Thymovar (thymol)
3
4
5
2
Acide formique à 65 % (40 ml, épandage multiple)
29
9
29
12
Acide formique à 65 % (250 ml, épandage unique)
7
6
11
5
Mite Away Quick Strips (acide formique)
17
27
24
37
Acide oxalique
14
3
47
23
Autre
11
7
3
6
Aucun
25
47
4
29

Nosema

Nosema (N. ceranae et N. apis) est le nom d'un pathogène fongique qui infecte le système digestif des abeilles mellifères. La Nosema peut créer un stress supplémentaire pour les colonies, selon le moment de l'année. Une corrélation entre les niveaux d'infestation par Nosema et les pertes hivernales de colonies n'a pas été établie (Guzman et coll. 2010; Emsen et coll. 2016).

La majorité des participants au sondage n'ont pas appliqué de traitement contre la Nosema au cours de 2017 (tableau 7). Quatre-vingt-un pour cent des apiculteurs (tant commerciaux qu'à petite échelle) qui ont répondu à cette question du sondage ont précisé que le traitement contre la Nosema n'avait pas été appliqué au printemps et 80 pour cent n'avaient pas appliqué de traitement à l'automne 2017.

Tableau 7. Traitements déclarés par les apiculteurs commerciaux et à petite échelle utilisés pour contrôler la Nosema au printemps et à l'automne 2017.

Traitement contre la Nosema
Printemps 2017
Automne 2017
No d'apiculteurs commerciaux
No d'apiculteurs à petite échelle
No d'apiculteurs commerciaux
No d'apiculteurs à petite échelle
Fumagilline
20
17
21
22
Autre
1
5
0
2
Aucun
94
94
90
90

Loque américaine (Paenibacillus larvae)

La loque américaine est causée par des bactéries sporulées, Paenibacillus larvae. Les symptômes cliniques des larves d'abeilles mellifères atteintes peuvent être visuellement observés sur le terrain, alors que les spores ne sont visibles qu'avec un puissant microscope. Les larves d'abeilles mellifères peuvent être infectées en ingérant des spores de P. larvae présentes dans leur nourriture. Ces spores germent dans l'intestin de la larve et peuvent éventuellement tuer les larves infectées.

La majorité des apiculteurs commerciaux (74 pour cent) qui ont répondu à cette question du sondage ont appliqué un traitement contre la loque américaine en 2017 et le traitement le plus souvent déclaré était l'oxytétracycline (tableau 8). Trente-et-un pour cent des apiculteurs à petite échelle ont déclaré appliquer un traitement contre la loque américaine au printemps et 40 pour cent des apiculteurs à petite échelle utilisaient des traitements contre la loque américaine à l'automne (tableau 8). Même si une loque américaine résistante à l'oxytétracycline a été détectée dans d'autres collectivités publiques comme aux États-Unis, aucun cas documenté n'existe à ce jour pour des formes présentant une résistance en Ontario.

Tableau 8. Traitements déclarés par les apiculteurs commerciaux et à petite échelle utilisés pour contrôler la loque américaine au printemps et à l'automne 2017.

Traitement contre la loque américaine
Printemps 2017
Automne 2017
No d'apiculteurs commerciaux
No d'apiculteurs à petite échelle
No d'apiculteurs commerciaux
No d'apiculteurs à petite échelle
Oxytétracycline
80
35
75
43
Tylosine
0
0
0
0
Autre
0
0
0
1
Aucun
34
78
40
66

Commentaires généraux et réflexion

Le sondage annuel sur les pertes hivernales en apiculture en Ontario est un outil utile pour recueillir des renseignements sur la mortalité des colonies et le type de pratiques de gestion utilisées par les apiculteurs pour surveiller les maladies et les ennemis des cultures et lutter contre eux. La mortalité des colonies d'abeilles mellifères varie d'une année à l'autre, selon les différentes régions apicoles ainsi qu'entre les exploitations apicoles individuelles. Ce sondage ne peut à lui seul dépeindre complètement la santé des abeilles mellifères puisque cette question est complexe et qu'il est difficile d'attribuer à une seule cause la mortalité durant l'hiver. Les principaux agents stressants influençant le déclin du nombre de pollinisateurs en Ontario ont été identifiés comme étant les suivants :

  • les conditions météorologiques extrêmes et le changement climatique;
  • les maladies, les ennemis des cultures et la génétique;
  • la réduction de l'habitat et la mauvaise nutrition;
  • l'exposition aux pesticides.

Un certain nombre de mesures a été pris par le gouvernement provincial, avec des efforts continus pour appuyer le secteur, dont les suivantes :

  • investissement d'un million de dollars dans la recherche innovatrice sur la santé des pollinisateurs;
  • travaux pour restaurer et protéger l'habitat des pollinisateurs partout dans la province;
  • élaboration et prestation d'une gamme d'activités et de programmes qui visent à améliorer les connaissances des apiculteurs sur les problèmes émergents, la recherche, les pratiques de gestion optimales et de lutte intégrée contre les ennemis des cultures.

Les apiculteurs commerciaux ont également accès à un régime d'Assurance-production pour les aider à gérer la perte financière découlant des dommages et des pertes de colonie d'abeilles durant l'hiver. Le régime d'Assurance-production contre la mortalité des abeilles donne aux apiculteurs participants la confiance et la sécurité nécessaires pour réinvestir dans leurs exploitations, favorisant l'innovation, la rentabilité et la création d'emploi et leur offre le même soutien financier que reçoivent les apiculteurs des autres provinces. Le MAAARO s'est engagé à collaborer avec les agriculteurs, les apiculteurs et d'autres intervenants afin de déployer des initiatives à long terme et durables pour améliorer la santé des abeilles et des autres pollinisateurs.

L'Ontario veille également à coordonner à l'échelle nationale le sondage sur les pertes hivernales avec toutes les autres provinces et l'Association canadienne des apiculteurs professionnels. Cela présente l'avantage de tirer profit de méthodes uniformes et précises dans la collecte de données, l'évaluation des problèmes liés aux ennemis des cultures, aux maladies et à la gestion dans l'ensemble du Canada, tout en permettant à chaque province de se concentrer sur ses propres domaines d'intérêt et de se coordonner avec les programmes existants. L'ACAP compile des données sur la mortalité hivernale fournies par chaque province et publie un rapport annuel sur les pertes de colonies d'abeilles mellifères à l'échelle nationale depuis 2007. Les apiculteurs de l'Ontario ont fréquemment déclaré une mortalité hivernale supérieure à la moyenne nationale (figure 3).

La figure 3 montre le pourcentage de mortalité hivernale déclaré par les apiculteurs de l'Ontario et du Canada de 2007 à aujourd'hui. La mortalité hivernale déclarée en Ontario et au Canada (respectivement) était la suivante : 2007 - 37 % et 29 %; 2008 - 33 % et 35 %; 2009 - 31 % et 34 %; 2010 - 22 % et 21 %; 2011 - 43 % et 29 %; 2012 - 12 % et 15 %; 2013 - 38 % et 29 %; 2014 - 58 % et 25 %; 2015 - 38 % et 16 %; 2016 - 18 % et 17 %; 2017 - 27 % et 25 %; 2018 - 46 % et 33 %.

Figure 3. Mortalité hivernale (%) déclarée par les apiculteurs de l'Ontario (bleu) et du Canada (gris) de 2006-2007 à aujourd'hui.

Texte équivalent à la figure 3

Depuis 2010, les apiculteurs ontariens ont déclaré des pertes annuelles de colonies d'abeilles mellifères durant l'hiver de 15 pour ou plus à toutes les années, à l'exception de 2012 (12 pour cent). Au Canada, l'industrie apicole considère que le taux maximal acceptable et viable de pertes hivernales est de 15 pour cent (Furgala et McCutcheon, 1992; ACAP 2007 à 2016). Durant l'hiver 2013-2014, les apiculteurs ontariens ont déclaré une mortalité hivernale record de 58 pour cent. En 2014-2015 et en 2015-2016, la mortalité hivernale estimée a chuté à 38 pour cent et à 18 pour cent respectivement. Ces taux de mortalité durant l'hiver ont ensuite augmenté respectivement à 27 pour cent et à 46 pour cent en 2016-2017 et en 2017-2018.

Pour plus d'information

Pour en savoir plus sur l'industrie apicole de l'Ontario, ou pour accéder aux ressources et aux services du Programme d'apiculture du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, notamment des recommandations de traitement et des pratiques de gestion optimales en matière de biosécurité, d'ennemis des cultures présentant un risque élevé, de maladies et d'hivernage, rendez-vous à l'adresse suivante : ontario.ca/apiculture.

Pour en savoir plus sur le régime d'Assurance-production contre la mortalité des abeilles, rendez-vous à l'adresse suivante : www.agricorp.com.

Références

Association Canadienne des apiculteurs professionnels (ACAP). Énoncé sur les pertes d'abeilles mellifères au Canada, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016.

B. Emsen, E. Guzman-Novoa, M. Hamiduzzaman, L. Eccles, B. Lacey, R. Ruiz-Pérez et M. NASR. 2016. Higher prevalence and levels of Nosema ceranae than Nosema apis infections in Canadian honey bee colonies. Parasitology Research, 115:175-181

B. Furgala, et D.M. McCutcheon. Wintering Productive Colonies; dans GRAHAM, J.M. (éd.), The Hive and the Honey Bee (édition révisée), Dadant and Sons, Hamilton, Illinois, États-Unis, 1992, p. 829 868.

E. Guzman-Novoa, L. Eccles, Y. Calvete, J. McGowan, P. Kelly et A. Correa-Benitez. « Varroa Destructor is the Main Culprit for Death and Reduced Populations of Overwintered Honey Bees in Ontario, Canada », Apidologie, 4 (4), p. 443 450.

A. Steinhauer, K. Rennich, D.M Caron, J.D. Ellis et Coll. 2017. Honey Bee Colony Losses 2016-2017 : Preliminary Results. The Bee Informed Partnership.


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