Avantages du vêlage « en vert » pour les vaches de boucherie

Le temps des vêlages est arrivé! Cette phrase fait peur et cause beaucoup d'inquiétudes dans le cœur de nombreux éleveurs de vaches de boucherie. Peu de choses à la ferme occasionnent autant de stress et entrecoupent nos nuits de sommeil afin que nous puissions assurer la livraison sécuritaire de la récolte annuelle de veaux. La populaire saison de vêlages de mars-avril nous amène à une lutte constante contre les intempéries, l'accumulation de fumier dans les enclos de maternité et la cour, et trop souvent, contre les pathogènes responsables de la diarrhée.

Essai des systèmes de vêlages de New Liskeard

À la station de recherche agricole de New Liskeard, un essai sur des systèmes de vêlages a été lancé en 1992. À cette époque, le troupeau avait été divisé selon deux groupes de régie. Les vaches du premier groupe vêlaient en février-mars et logeaient dans une étable moderne à façade ouverte munie de logettes de vêlage séparées. Les vaches du second groupe vêlaient dans le pâturage en juin-juillet. Une collecte de données exhaustives a été réalisée, accompagnée des comptes rendus habituels concernant la performance des animaux, la santé, la consommation alimentaire et la main-d'œuvre nécessaire pour gérer les troupeaux. L'essai a pris fin au bout de cinq années, et pendant ce temps, il a été démontré que les vaches au pâturage ont nécessité beaucoup moins d'aide au vêlage et qu'elles ont élevé des veaux plus sains que les vaches de l'étable. Le besoin en main-d'œuvre fut plus faible dans le cas des vaches au pâturage, alors que la consommation d'aliments entreposés s'est avérée similaire pour les deux groupes. Le poids au sevrage des veaux nés dans le pâturage était un peu plus léger que ceux de l'étable, mais l'analyse économique a démontré qu'il en coûtait moins cher de produire un kilogramme de veau sevré avec les vaches qui ont vêlé dans le pâturage.

Groupe de vaches de boucherie couchées sur de la paille dans un logement à façade ouverte

Figure 1. Logement des vaches en vêlage d'hiver

Au terme de l'expérimentation formelle en 1997, les deux groupes de vêlage ont été maintenus, et tous les animaux ont été utilisés dans de nombreux essais au fil des ans. Cependant, une base de données importante quant aux performances et situations sanitaires des animaux a été établie à partir de 1998. En 2012, le Ontario Cattlemen's Association (OCA), alias Beef Farmers of Ontario (BFO) a demandé que les données accumulées au fil des ans sur la gestion du troupeau soient analysées et présentées. Le troupeau de New Liskeard concerne directement l'OCA (BFO), car celui-ci est propriétaire de toutes les vaches et de la progéniture.

vaches de boucherie couchées à l'extérieur dans le pâturage

Figure 2. Vaches en vêlage d'été

L'ensemble de données

Pendant cette période qui a duré plus de quinze ans, un total de 3293 femelles avaient contribué à la reproduction. Le groupe d'hiver était constitué de 1673 vaches et le groupe d'été de 1620 vaches. Au total, les groupes étaient composés de 2344 vaches et de 949 génisses. Nous avons eu recours à l'insémination artificielle pour toutes les vaches, généralement avec une première séance d'insémination à temps fixe suivie d'une resynchronisation de celles qui ne sont pas devenues gestantes au premier tour. En général, les vaches étaient examinées à deux reprises pour la confirmation de la gestation, un premier diagnostic pour évaluer l'insémination initiale et un deuxième diagnostic pour évaluer la deuxième insémination.

Taux de gestation

Le résultat final des diagnostics de gestation est présenté au tableau 1. Dans l'ensemble, les vaches inséminées pour vêler en hiver n'ont établi qu'un faible (3,3%) avantage, mais statistiquement significatif, par rapport aux vaches inséminées pour vêler en été. Si l'on examine les résultats sur la base des groupes d'âge, seulement le groupe des vaches a démontré une différence significative.

Tableau 1. Taux de gestation au dernier diagnostic par groupe d'âge et saison (%)

  Saison de vêlage Probabilité
Hiver Été  
Vaches + génisses 78,4 75,1 * (,017)
Vaches seulement 80,0 76,8 *** (,001)
Génisses seulement 77,8 73,3 NS (,10)

Deux tendances ont pu être identifiées à partir de la figure 3. Au cours des trois premières années, le groupe de vêlage d'été a enregistré un taux de gestation numériquement supérieur, mais en général, la situation s'est inversée pendant le reste de l'essai. Des taux de gestation plus élevés ont été observés chez les vaches du groupe d'été au cours des cinq années officielles de l'essai. Le renversement de situation observé dans cette évaluation est peut-être lié à une surutilisation de semence de jeunes taureaux dans le groupe en vêlage d'été, dans le cadre d'une stratégie visant à accélérer le changement génétique. Il est connu que la semence de taurillons est généralement moins fertile que celle de taureaux plus âgés.

Une autre tendance évidente à la figure 3 est la réduction du taux de reproduction au fils du temps. Cela peut être attribuable en partie à l'introduction et à l'utilisation accrue de semence de taurillons dans les deux groupes, et peut également être dû en partie aux changements dans les techniques utilisées pour la synchronisation de l'ovulation et l'insémination à temps fixe.

Figure 3. Cote de gestation au dernier diagnostic, selon la saison

Figure 3. Cote de gestation au dernier diagnostic, selon la saison

Cote de gestation : 1 = gestante; 2 = non gestante; cote de 1,2 = 20 % vache vide

Texte

Facilité de vêlage

La facilité de vêlage a été enregistrée comme suit : sans aide, traction facile, traction moyenne, traction forte ou intervention chirurgicale. Les données de facilité de vêlage ont été converties en cotes (de 1 à 5, respectivement) à des fins d'analyse.

La cote pour la facilité de vêlage était plus élevée pour les veaux nés en hiver (1,15) que pour les veaux nés en été (1,06), indiquant que l'incidence ou la gravité des problèmes de vêlage était plus faible en été (tableau 2). Cela démontre que les problèmes de vêlage seraient moins nombreux ou moins graves dans le cas des vêlages au pâturage que dans le cas de ceux à l'étable. Cela est probablement dû en partie au poids moyen à la naissance plus faible dans le groupe d'été. Cela pourrait aussi être dû en partie à une facilité accrue des vaches à donner naissance dans un milieu naturel, en l'occurrence le pâturage, ou aux moindres possibilités d'intervention humaine.

Le taux d'aide au vêlage a également été évalué. On a regroupé les résultats de vêlages en deux catégories, sans aide et avec aide. Le taux moyen d'aide pour le groupe d'hiver (7,8 %) a été plus de deux fois supérieur à celui du groupe d'été (3 %) (tableau 2). Cela est probablement dû en partie au poids plus faible à la naissance des veaux nés l'été et aussi à la réduction des possibilités d'intervention humaine lorsque les vaches sont au pâturage. En outre, il est possible que les vaches qui vêlent dans le pâturage à portée de vue des autres vaches et dans un milieu plus naturel soient moins stressées psychologiquement et plus aptes à exprimer leur capacité de vêlage naturelle.

Tableau 2. Résultat des vêlages par saison

  Saison de vêlage Probabilité
Hiver Été  
Cote de facilité de vêlage - Troupeau 1,15 1,06 *** (p<,001)
Cote de facilité de vêlage - Génisses 1,34 1,12 *** (p<,001)
Cote de facilité de vêlage - Vaches 1,08 1,04 NS (p>,05)
Vêlage avec aide - Troupeau (%) 7,8 3,0 *** (p<,001)
Vêlage avec aide - Génisses (%) 15,5 5,9 *** (p<,001)
Vêlage avec aide - Vaches (%) 4,6 1,8 ** (p<,01)

Santé du veau

L'incidence de maladies chez les veaux de la naissance au sevrage, ainsi que le nombre de traitements administrés ont été répertoriés à partir des registres de santé du troupeau de la station de recherche de New Liskeard des années 2005 à 2012. Ces données ont été résumées pour donner à la fois le nombre de cas de maladies distinctes et le nombre total de traitements administrés (tableau 6). Par exemple, un veau qui aurait eu une pneumonie et qui aurait été traité pendant quatre jours consécutifs serait répertorié comme ayant eu une incidence de maladie et quatre traitements au total. Avec le temps, un veau pourrait avoir plusieurs incidences de maladie (et des traitements supplémentaires).

Les résultats ont démontré que les veaux nés en hiver ont eu une incidence de maladie qui était trois fois supérieure à celle des veaux nés en été, et un taux de traitement total qui était 2,25 fois plus élevé comparativement aux veaux nés en été. Cette différence est peut-être due à la plus forte densité d'animaux dans l'étable, ce qui favoriserait une plus grande accumulation de pathogènes par rapport aux animaux qui vivent dans un milieu naturel, c'est-à-dire au pâturage. Il semble que l'étable constitue pour les veaux un plus grand défi en matière de maladie. En outre, dans le cas des vêlages d'été, les vaches ont moins de fumier sur elles que les vaches d'étable (observation personnelle), ce qui devrait se traduire par un transfert moins important d'organismes pathogènes aux veaux lors des premières tentatives d'allaitement.

Bien qu'il soit théoriquement possible que les veaux nés au pâturage aient peut-être reçu moins de traitements que les veaux nés dans l'étable simplement en raison d'une observation moins assidue, il reste que cette supposition est peu probable puisque leur taux de survie n'était pas différent, et que le poids moyen au sevrage des veaux nés dans l'étable n'était que légèrement plus élevé.

Tableau 3. Santé des veaux

  Saison de vêlage Probabilité
Hiver Été  
Incidence de maladie (nombre par 100 veaux nés) 46,7 15,5 *** (p<,001)
Traitements totaux (nombre par 100 veaux nés) 83,0 37,0 *** (p<,001)

Survie des veaux

Le nombre de veaux sevrés par rapport au nombre de veaux nés a servi de base au calcul du taux de survie des veaux. La survie des veaux fut élevée, et la différence entre les deux groupes très faible. Cela démontre bien qu'en dépit d'une régie dans un environnement beaucoup plus vaste et d'observations humaines moins fréquentes pendant la période néonatale critique dans le système de vêlage d'été, la survie des veaux n'en a pas été compromise.

Tableau 4. Survie des veaux par saison de vêlage

  Saison de vêlage Probabilité
Hiver Été  
Survie des veaux, de la naissance au sevrage (%) 95,4 94,9 NS (>,05)

Conclusion

Les résultats de cette étude de quinze ans confirment les conclusions antérieures en ce qui concerne la facilité de vêlage et la santé des veaux. Les vêlages au pâturage constituent un système de production viable qui nécessite beaucoup moins d'intervention au moment du vêlage, qui produit des veaux sains et qui nécessite beaucoup moins de traitements. Les vaches peuvent vêler dans leur « salle d'accouchement verte » avec succès et avec peu d'interventions. Les producteurs qui souhaitent réduire le besoin de consacrer du temps au vêlage ou augmenter la taille de leur troupeau de vaches devraient envisager un système de production basé sur le vêlage d'été dans les pâturages.


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