Sécurisez votre approvisionnement en foin dans ce monde de cultures commerciales

Nous avons assisté à une pénurie de foin cette année. La sécheresse qui a sévi en 2012 a réduit le rendement global des cultures fourragères partout dans la province. Cependant, le facteur qui pourrait avoir une influence de plus longue durée sur l'approvisionnement en foin dans votre région peut très bien être le prix élevé des produits de base comme le maïs, le soya, les céréales et le canola. Le foin est la petite sœur timide et frêle du monde cultural. Les éleveurs de bovins regardent avec frustration les producteurs de cultures commerciales faire grimper le coût de location des terres. Les champs de foin se font labourer dans « l'arrière-cour » des éleveurs de bovins, les laissant dans le dilemme de se trouver une autre source d'approvisionnement ou de vendre leurs vaches.

Pourtant, dans un monde de cultures commerciales, les avantages d'incorporer des fourrages dans la rotation culturale sont assez évidents. Le report d'azote, l'amélioration de la structure du sol et l'aisance du travail aratoire ne sont que quelques-uns des avantages les plus évidents. Mais comment un éleveur de bovins de boucherie peut-il convaincre son voisin qui est producteur de cultures commerciales d'adopter un système de rotation culturale durable en y intégrant des cultures fourragères? Continuez à lire cet article pour en apprendre davantage sur une forme de mise en marché innovatrice.

Un agriculteur de ma région m'a récemment fait part du partenariat qu'il a négocié avec son voisin producteur de cultures commerciales. L'éleveur de bovins achète ses semences de plantes fourragères (généralement du mil ou du trèfle rouge peu coûteux) et le producteur de cultures commerciales les ensemence dans son champ après avoir récolté sa culture commerciale de l'année. L'éleveur de bovins paie le loyer de la terre pour les deux prochaines années selon le prix courant, puis il récolte sa culture fourragère. À la fin de la 2e année, le producteur de cultures commerciales laboure le fourrage et reprend le champ pour y cultiver des cultures commerciales.

Pendant deux ans, l'éleveur de bœuf bénéficie d'un fourrage à haut rendement et de grande qualité. Le producteur de cultures commerciales, quant à lui, tire profit des bienfaits de la plante fourragère dans la rotation, et ce, sans avoir à acheter les semences, à récolter le fourrage ou à vendre les fourrages. De plus, il reçoit de l'argent pour la location de la terre.

Quels avantages un producteur de cultures commerciales obtient-il des cultures fourragères?

  • Le Dr Doug Youngblut a trouvé de nombreux avantages dont les suivants :
  • la structure du sol est plus stable à la suite d'une culture fourragère; l'activité biologique dans le sol est accrue, en raison d'un plus grand nombre de racines, de microorganismes et de vers dans le sol
  • les racines fibreuses donnent une structure granulaire au sol
  • les vers, bactéries, champignons, etc., améliorent la stabilité des agrégats dans l'eau du sol, ce qui contribue à freiner l'érosion et la destruction, ainsi qu'à réduire l'encroûtement, la compaction et le ruissellement
  • les racines des plantes fourragères créent de gros pores (macropores) dans le sol, ce qui contribue à un égouttement rapide de l'eau
  • les pores de petite dimension (micropores) créés par la matière organique dans les agrégats du sol aident à retenir l'eau pendant les périodes sèches. Les racines des cultures fourragères créent des canaux dans le sol. Par conséquent, la culture qui suit bénéficie d'un espace plus grand pour le développement des racines. En outre, les cultures fourragères contribuent à rompre le cycle de prolifération des insectes et maladies et stimulent les organismes bénéfiques à consommer les pathogènes.
  • la disponibilité des nutriments est accrue à la suite d'une culture fourragère. Le rapport carbone-azote des plantes fourragères est bas, ce qui augmente l'activité biologique et la minéralisation de l'azote
  • les plantes légumineuses fixent l'azote qui sera disponible pour la prochaine culture.

Les cultures commerciales comme le maïs voient souvent leurs rendements augmenter de 5 à 20 % à la suite d'une culture fourragère. Le producteur de cultures commerciales bénéficie aussi de l'azote résiduel disponible pour ses cultures, et qui peut représenter jusqu'à 70 $ au cours de la première année suivant une légumineuse.

Une étude de vingt ans a été menée à l'Université de Guelph (W. Deen et coll.) pour connaître l'impact de la rotation sur les revenus. L'étude a démontré qu'une rotation culturale avec de la luzerne a donné un excellent rendement économique par rapport à d'autres cultures.

Tableau 1. Impact de la rotation sur le revenu

Rotation 1re année
Revenu net ( $/ha)
2e année
Revenu net ($/ha)
Total des 2 années
Revenu net ($/ha)
M-M-M-M 73 107 180
M-M-O-O 113 85 198
M-M-Otr-Otr 94 99 193
M-M-S-S 80 68 148
M-M-S-Btr 86 89 175

À la suite d'une culture fourragère, le producteur de cultures commerciales voit ses rendements augmenter, ses coûts d'engrais diminuer jusqu'à 70 $ pour les crédits d'azote et la qualité de son sol s'améliorer. Ce ne sont que quelques-uns des nombreux avantages que le producteur de cultures commerciales obtient des cultures fourragères. Mais pourquoi ne produit-il pas du foin pour le vendre lui-même? Tout d'abord, il pourrait ne pas avoir la machinerie appropriée pour le faire, et deuxièmement, produire du foin sec peut représenter un défi de taille. Si, en tant qu'éleveur de bovins, vous proposiez à votre voisin de le libérer des responsabilités liées à la production et à la mise en marché des fourrages, lui laissant seulement les avantages, vous pourriez gagner les quelques hectares nécessaires à votre approvisionnement en fourrage.

Comment s'y prendre? Le scénario proposé serait de fournir à votre producteur de cultures commerciales les semences de graminées pour un semis avec une plante couverture ou pour un semis direct. Vous auriez à signer une entente de location qui indiquerait le tarif en vigueur pour la location de la terre. L'entente devrait vous autoriser à récolter vos fourrages pendant une période typique de deux ans. À la suite de votre deuxième année de récolte, le producteur de cultures commerciales pourra enfouir le fourrage vert, et bénéficier du même coup des avantages énumérés ci-dessus.

Analyse des coûts

Le coût des semences revient à environ 30 $ l'acre. Si l'entente prévoit une culture fourragère avec sous-semis, le producteur de cultures commerciales devra arroser et fertiliser la culture au cours de la première année. En tant qu'éleveur de bovins, il vous restera à récolter et à transporter le fourrage et à payer le loyer de la terre. Les coûts de récolte pourraient se chiffrer à environ 2 cents la livre. Le rendement prévu devrait être d'environ 3 tonnes à l'acre. Si le loyer de la terre coûte 200 $ l'acre, le coût de location sera de 3 cents la livre de foin. Le coût pour l'établissement du fourrage est de 0,2 cent la livre. Pour un peu moins de 5,5 cents la livre, vous aurez obtenu un approvisionnement en fourrage, créé un nouveau partenariat et développé une formule efficace pour un succès de longue durée dans l'industrie du bœuf.

Il en coûte environ 425 $ pour nourrir une vache pendant la saison hivernale avec du fourrage provenant de ce système. Même si ce coût peut paraître supérieur à ce que vous auriez souhaité, les fourrages provenant des terres destinées à la culture commerciale ne représentent pas la totalité de vos besoins en fourrage pour l'année. De plus, c'est beaucoup moins cher que d'acheter le foin sur le marché au comptant.

Références :

Meyer-Aurich et al. 2006. Impact of tillage and rotation on yield and economic performance in corn based cropping system. Agron. J. 98:1204.

The Value of Forages in a High Commodity Price Environment. Doug Youngblut. Ontario Forage Council. 2012


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