Devenir un locataire de choix pour un propriétaire de pâturage

Contexte

Avec le coût croissant des terres en Ontario, les éleveurs de vaches-veaux et de bovins de boucherie se retrouvent de plus en plus en concurrence pour la location de terres à pâturage. Le MAAARO prépare des fiches d'information en vue d'aborder la question concernant la valeur des terres à pâturage détenues par des propriétaires fonciers ruraux et d'aider les éleveurs à conclure des ententes de location qui pourront rentabiliser leurs investissements à long terme avec les pâturages. Cet article présente des faits saillants et des extraits d'un document en cours de réalisation, afin d'aider les producteurs de bœufs à devenir des «locataires de choix» de propriétaires ruraux non agricoles.

Défis concernant l'utilisation des terres en Ontario

En Ontario, les terres consacrées à la culture fourragère ont fait l'objet d'une transition d'envergure au profit de cultures céréalières et d'oléagineux. La superficie totale des terres canadiennes en culture et en pâturages utilisée pour la production de soya, de blé et de maïs est passée de 28 % en 1976 à 57 % en 2011, ce qui a rapidement fait chuter les superficies pouvant être utilisées pour la production fourragère (figure 1). La location des terres agricoles est très répandue et en croissance. Seulement 60 % des terres agricoles de l'Ontario appartiennent à des agriculteurs et 40 % appartiennent à des non-utilisateurs. Les coûts de location ont augmenté de 50 % au cours des dernières années. Les producteurs de bœuf de boucherie savent trop bien ce que ces statistiques signifient dans la pratique; qu'ils doivent affronter la concurrence pour les terres en pâturage, situation particulièrement difficile quand les baux sont renouvelés chaque année et que les terres en cultures fourragères risquent d'être converties en grandes cultures.

Les plantes fourragères et les bovins au pâturage procurent aux propriétaires fonciers de précieux avantages sur le plan agricole et environnemental, comme l'amélioration de la santé des sols. Toutefois, ces avantages exigent des décisions prises à plus long terme plutôt que d'année en année et, comme le savent si bien les éleveurs de bovins, ces décisions sont plus difficiles à mettre en œuvre sur des terres louées. Les propriétaires fonciers non agricoles peuvent tirer bénéfice de la location de leurs pâturages aux producteurs de bœuf, en raison de la gestion durable que cela procure à leurs terres, un point important qui doit être présenté à ces propriétaires.

Graphique à barres indiquant le pourcentage de terres utilisées pour la production de pâturages, de foin, de blé, de maïs et d'autres cultures. Les années sont énumérées le long de l'axe inférieur en commençant avec 1976 à la gauche jusqu'en 2011 à la droite. Les pourcentages de 0 % à 100 % sont indiqués sur l'axe vertical.

Figure 1. Changement dans l'utilisation des terres agricoles du Canada : ce graphique démontre une augmentation à long terme de la superficie consacrée à la production de céréales et d'oléagineux et une diminution de la superficie consacrée aux pâturages, foins et autres fourrages. Source : Statistiques Canada, Recensement de l'agriculture.

Les plantes fourragères et le bétail au pâturage créent des avantages agroécologiques

L'écologie des systèmes d'élevage est appelée agroécologie. Le déclin de la production fourragère en faveur des monocultures de céréales et d'oléagineux (trois cultures ou moins en rotation) expose les terres agricoles à la dégradation, comme la perte de matière organique, l'érosion et le ruissellement des nutriments, représentant ainsi un défi agroécologique. La productivité agricole future de l'Ontario en est compromise et la santé des sols est récemment devenue une priorité majeure en Ontario. L'agroécologie est intéressante pour le locataire et le propriétaire de pâturages dû au fait que de nombreux problèmes de gestion des terres causés par la monoculture peuvent être résolus en réintégrant le bétail et la culture fourragère sur cette même terre.

La production animale à base de fourrage améliore la qualité du sol grâce à la création du flux cyclique des nutriments, à la fixation de l'azote par les fourrages de légumineuses et à la couverture antiérosive du sol tout au long de l'année. Un simulateur de pluie (figure 2) a permis de démontrer la valeur physique qu'offre une végétation permanente constituée de fourrages par rapport à d'autres systèmes de culture. En prime, ces améliorations à la qualité des terres peuvent améliorer la performance agroécologique du système, réduisant de ce fait la dépendance à l'égard des engrais et des herbicides. Ces avantages peuvent être intéressants pour certains propriétaires fonciers.

Cette photo montre une table sur laquelle sont disposées 5 petites boîtes contenant chacune un type de sol différent. Chacun des 5 types de sol est associé à un bocal situé en dessous. Les ruissellements recueillis dans chaque bocal montrent différentes quantités de sol.

Figure 2. Ce simulateur de précipitations montre comment les décisions de gestion du sol influent sur l'infiltration de l'eau (bocaux en arrière-plan), l'écoulement de surface (bocaux au premier plan) et l'érosion des sols qui en résulte.

Différents traitements, tel que démontré de gauche à droite :

  1. Champ cultivé de façon classique avec une rotation maïs-soya : infiltration négligeable, beaucoup d'érosion et de ruissellement impliquant des pertes de phosphore.
  2. Plantes fourragères vivaces : infiltration très élevée, absence de ruissellement ou d'érosion.
  3. Champ couvert à 30 % de résidus : augmentation de l'infiltration et réduction du ruissellement.
  4. Champ cultivé de façon classique : écoulement et érosion du sol très visibles.
  5. Champ en semis direct à long terme : niveau élevé d'infiltration, réduisant considérablement le ruissellement et l'érosion du sol.

Soutien du patrimoine cultural et de la biodiversité

La production fourragère et animale intégrée peut aider à maintenir les caractéristiques des régions rurales de l'Ontario et l'identité d'une région ou «le patrimoine cultural». Le pâturage des bovins est une caractéristique attrayante et importante dans le paysage rural et peut valoriser la région et les propriétés à des fins récréatives et touristiques. Aucun touriste ou visiteur ne se promène sur les belles routes de comtés de l'Ontario juste pour se rendre du point A au point B!

La production fourragère et le bétail au pâturage augmentent la biodiversité locale en fournissant un habitat aux petits mammifères, aux oiseaux de prairies, aux pollinisateurs et à plusieurs espèces en péril. Les pâturages bien entretenus de concert avec des brise-vent peuvent fournir à la faune des zones de nidification, des abris et des lieux d'arrêt pour les animaux migrateurs. Les pâturages sont également des sources importantes de nectar pour les pollinisateurs, un autre sujet de préoccupation en Ontario. Ces attributs que le secteur de la viande bovine met en place ajoutent de la valeur aux activités de chasse, pêche et autres utilisations récréatives. Il reste maintenant à les adopter et à justifier la rentabilité de la location de terres.

Troupeau de vaches de boucherie noires dans un pâturage sous les arbres.

Figure 3. Les beaux prés et les belles scènes d'animaux au pâturage dans le paysage rural ou « patrimoine cultural » doivent être pris en compte dans l'utilisation des terres, comme dans le secteur de la viande bovine.

Baux de location appropriés

La collaboration entre agriculteurs et propriétaires fonciers peut contribuer à assurer la réussite d'une location à long terme favorisant la production de fourrages et de pâturages. Les baux pourraient stipuler que l'agriculteur locataire utilisera des pratiques particulières (p. ex., PGO du MAAARO) ou qu'il tiendra une rencontre annuelle avec le propriétaire foncier pour démontrer les améliorations apportées à la terre agricole, aux infrastructures, à la santé écologique et à la valeur de la propriété.

Bien que bon nombre des avantages résultant des plantes fourragères et des animaux au pâturage soient difficiles à quantifier, des baux à long terme novateurs pourraient fixer des tarifs de location qui tiennent compte des améliorations agroécologiques à long terme, de la productivité, de l'esthétique et de la valeur ajoutée aux terres agricoles louées.

Dernières réflexions concernant le locataire de choix

Les propriétaires fonciers peuvent bénéficier de la location de terres agricoles pour le pâturage du bétail. Les producteurs de bœufs doivent inclure dans leur vocabulaire des expressions comme «agroécologie», «habitat», «santé des sols» et «patrimoine cultural» pour exprimer aux propriétaires potentiels la valeur que le pâturage des bovins de boucherie pourrait apporter aux régions rurales de l'Ontario. C'est particulièrement le cas si ces derniers recherchent des conditions spécifiques! Malheureusement, aucun de ces attributs n'est généralement quantifié dans le paiement du loyer de la terre, mais la beauté de l'Ontario rural est en grande partie la raison pour laquelle les gens retournent à la campagne et achètent des terres agricoles. Les producteurs de bœuf peuvent l'exprimer et contribuer à la beauté de l'Ontario!


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