Besoin de « P » dans les minéraux pour vos vaches? Donnez-vous trop de phosphore au bétail?

Le phosphore dans les régimes du bétail - Aspect économique et environnemental

Il n'y a pas si longtemps nous avons encouragé le fait de donner des suppléments de phosphore (P) au bétail pour nous assurer qu'il en avait assez. Par nous, je veux dire, les organismes gouvernementaux de réglementation sur les aliments pour animaux, l'industrie des aliments pour animaux, les consultants en nutrition, les producteurs ainsi que les chercheurs. Depuis, nous avons appris que le phosphore en quantité excessive avait des répercussions tant environnementales qu'économiques. Dans l'environnement cet élément fait proliférer les algues dans les eaux de surface, et c'est l'une des principales raisons pourquoi son utilisation est régie en Ontario par la Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs. Seulement environ un tiers de la teneur en phosphore des rations quitte la ferme sous la forme de viande ou d'autres produits animaux, les autres deux tiers s'accumulent donc sur les lieux. C'est une bonne nouvelle, la plus grande partie du phosphore s'intègre au cycle des cultures ou des fourrages et de ce fait il va éventuellement hausser les teneurs en P de tous les aliments pour animaux issus de cultures commerciales et fourragères, produits à la ferme.

Les céréales ont une teneur élevée en phosphore

Le maïs, l'orge, le blé et les autres céréales fourragères ont en général des teneurs en phosphore d'environ 0,3 %. En comparaison, les besoins en phosphore d'un bouvillon de 362,9 kg (800 lb) dont le gain de poids quotidien est d'environ 1,70 kg/jour (3,75 lb/jour) sont en moyenne de 0,25 %. Exprimés en pourcentage de la ration, les besoins en P tendent à baisser à mesure que les bovins ont pris du poids, et ils sont réduits à des taux de gain de poids plus faibles.

Un autre développement important relatif au phosphore est l'usage de drêches de distillerie et d'autres sous-produits céréaliers comme le gros gluten de maïs et l'eau de macération. Par la nature même du processus de fermentation, la teneur en phosphore (et en de nombreux autres éléments nutritifs) est multipliée par trois dans les drêches de distillerie. Par conséquent, les rations qui comportent ces drêches sont certainement un autre cas où le P n'est pas limité. En réalité, souvent il y a trop de phosphore. Les éleveurs de bovins d'engraissement aux céréales ont appris à formuler habilement des rations sans supplément de phosphore.

Les cultures fourragères ontariennes pourraient contenir assez de phosphore

Quelles sont les leçons à tirer pour les secteurs s'appuyant sur les fourrages comme les exploitations vache veau et les éleveurs de bovins semi-finis, du secteur des grains et des céréales fourragères? Faut-il réévaluer la pratique du supplément de P, du fait aussi que c'est un élément nutritif onéreux? Par le passé, on a beaucoup privilégié l'idée qu'un prémélange de minéraux et de vitamines à haute teneur en P favorisait la fertilité chez les vaches de boucherie. Il semble que ces recommandations ne provenaient pas de conditions d'élevage intensif comme ce que l'on trouve ici en Ontario. Les besoins d'une vache en lactation et d'un bouvillon semi-fini (en pâturage) sont d'environ 0,22% et 0,20% respectivement.

Voici aussi quatre autres références ou sources d'information où il est démontré que de nombreux pâturages et fourrages de l'Ontario comportent déjà assez de phosphore pour les vaches de boucherie et les bovins sur l'herbe sans supplément de P. La seule façon de le savoir est de prélever des échantillons et d'en faire l'analyse. Pour ce faire, voir :

  1. 2012 Forage Summary, A&L Labs, London
  2. 2012 Forage Summary from SGS Labs, Guelph
  3. Données sur les pâturages de Grey-Bruce en 2012, voir la figure 2.

Photo de plusieurs vaches de boucherie au pâturage

Figure 1. En Ontario, de nombreux pâturages et cultures fourragères en réserve pour alimenter les vaches de boucherie ont une teneur assez élevée en phosphore (P) pour permettre des mélanges de minéraux sans aucun supplément de P, et ils ont été implantés avec des rations à hautes teneurs en céréales pendant la dernière décennie.

Ces quatre sources de données nous indiquent que dans l'ensemble les fourrages ont en général des résultats d'analyse supérieurs à 0,25 % de teneur en phosphore, et nombre de résultats tendent vers une teneur en P égale ou supérieure à 0,3 %, une tendance qui était aussi évidente les années précédentes comme le montre le lien du MAAARO au numéro trois. La plupart de ces valeurs moyennes dépassent le seuil minimal nécessaire de 0,22 %, indiquant ce que de nombreuses analyses individuelles de laboratoires devraient confirmer. Il est possible que les données des sources 1 à 3 (résultats de laboratoire) soient biaisées envers les producteurs laitiers, étant donné la possibilité grandissante qu'ils participent aux analyses fourragères. La source indiquée en 4, toutefois, représente les fermes de bovins en pâturages seulement.

Teneurs en phosphore d'échantillons de fourrages du pâturage de Grey-Bruce

Figure 2. Teneurs en phosphore d'échantillons de fourrages du pâturage de Grey-Bruce

Texte

Les données sur le phosphore ont été recueillies dans les pâturages du comté de Grey Bruce en 2012 dans le cadre d'une recherche financée par l'OCA sur les teneurs en oligoéléments, et sont illustrées à la figure 2. Le graphique indique des besoins des vaches en lactation de 0,22 % de P sous la forme d'une ligne rouge horizontale. Les neuf colonnes à l'extrême droite représentent des espèces pures provenant du même enclos sur une ferme. Deux des exploitations indiquent clairement une faible teneur en P, il faudrait un supplément du minéral, deux indiquent périodiquement une teneur plus faible, et les autres répondent aux besoins avec le temps et n'exigent probablement pas de supplément de P pour les vaches en lactation.

Les oligoéléments sont nécessaires

Tout en rappelant que le phosphore est l'un des nombreux éléments nutritifs parmi une multitude d'oligoéléments qui sont essentiels et forment un " mélange de minéraux ", il reste toutefois primordial que ces suppléments répondent à des besoins réels en cas de teneurs limitées ou faibles. L'Ontario est presque entièrement carencé dans le cas du sélénium, c'est donc un élément qui doit retenir l'attention. Le sel, le zinc, le cuivre et d'autres oligoéléments peuvent aussi être limités. En cas de confinement ou d'alimentation des animaux en hiver, on voudra être attentif aux vitamines A, D et E. Par ailleurs, ce n'est pas parce que l'un des éléments peut être omis du mélange, que ce mélange peut être négligé, si les autres éléments exigent de l'attention. Évidemment, il existe aussi les cas très clairs où il y a carence de P, qui doit alors être supplémenté comme dans la figure 2.

Vos vaches ont besoin de P… ou pas?

Les suppléments de phosphore pour le bétail (sous la forme de phosphate acide de calcium ou de phosphate de bicalcium) sont onéreux. Il y a de bonnes chances que vos bêtes n'en aient pas besoin! La seule façon de le savoir est d'entreprendre des analyses des fourrages et de constituer avec le temps une bibliothèque de données afin que vous puissiez prendre des décisions éclairées au sujet des mélanges de minéraux complémentaires pour vos pâturages et vos fourrages cultivés à la ferme. À l'aide de cette information, vous et votre consultant en nutrition, ou vos partenaires de l'industrie, pourrez économiser sur les composants minéraux dont vous n'avez pas besoin et vous concentrez sur ces minéraux ou additifs alimentaires qui sont nécessaires! « Analysez et supplémentez au besoin » est la règle d'or à respecter sur le phosphore dans votre programme de nutrition vache veau.

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