Le vêlage au pâturage est-il avantageux?

La saison du vêlage est le moment de l'année le plus stressant pour la plupart des éleveurs vache-veau. Ils ont beaucoup investi dans ces vaches, des fourrages, des pâturages, des minéraux, un taureau, pour n'en mentionner que quelques éléments. Les vaches n'ont qu'une seule occasion par année de vous permettre de récupérer du capital. Vous voulez obtenir des veaux vivants, vigoureux, qui engraissent régulièrement, sans problèmes jusqu'au sevrage. Pour le vêlage en hiver ou au début du printemps, c'est parfois plus difficile tant pour les veaux que pour les humains! Les problèmes à la mise bas sont préoccupants, une fois que le veau est debout et que la vache le nourrit, le risque d'une flambée de diarrhée est toujours à craindre. Ces inquiétudes ramènent l'éleveur vers l'étable jour et nuit, et à mesure que la saison des naissances s'écoule, lui et sa famille se retrouvent épuisés.

Quand les troupeaux sont plus petits, le vêlage peut être confiné à l'étable. Il faut prévoir la litière et être à l'affût de l'apparition de maladies. Les vérifications nocturnes deviennent ardues, mais en petits nombres ce n'est pas si mal. Dès que le nombre d'animaux dépasse les 80 ou 100 vaches, la combinaison des coûts des bâtiments, de la main-d'œuvre au moment du vêlage et l'augmentation des risques d'une flambée de maladies deviennent un défi de taille. Existe-t-il une façon simple de gérer de grands nombres de vaches, de réduire le temps de main-d'œuvre au vêlage, le stress et le risque par vache?

Un travail en continu à la station de recherches en agriculture de New Liskeard1 (NLARS) a comparé le vêlage traditionnel à l'étable à la fin de l'hiver à la mise bas en pâturage au début de l'été. Un compte rendu récent de ces données incluait aussi les résultats de 1998 à 2012, dont 1 172 veaux nés l'hiver et 1 146 veaux nés l'été. Ces résultats, recueillis ces 15 dernières années, fournissent beaucoup de données sur ce à quoi s'attendre si les producteurs souhaitent passer du vêlage à l'étable à la mise bas en pâturage.

Le troupeau de bovins d'origine de New Liskeard a été séparé en deux groupes. Le groupe de vêlage en hiver a été accouplé en commençant en mai, pour vêler en février ou mars. Les vaches pleines ont hiverné dans une étable à façade ouverte, les vaches sur le point de vêler étaient déplacées vers des étables de mise bas fermées non chauffées. Après que le veau nouveau-né soit materné avec succès par la mère, les deux étaient retournés dans l'étable à façade ouverte. Ces paires d'animaux étaient mises au pâturage après le verdissement en mai.

Le groupe de vêlage du début de l'été a été mis à la monte dès le début septembre. Les vaches ont été mises au pâturage en mai, et elles ont vêlé sur les herbages en juin ou en juillet. Si une vache avait besoin d'aide à la mise bas, elle la recevait au pâturage ou était ramenée à l'étable en cas d'intervention plus grave. Après la saison de pâturage, les couples vache veau étaient déplacés vers les étables ouvertes, le sevrage se produisant en janvier.

Résultats de vêlage

Tout élevage vache veau a pour but d'obtenir des veaux vivants et des vaches en santé. Afin d'y arriver, il est courant pour les éleveurs de voir aux vaches à toute heure et d'intervenir vite s'ils pensent qu'une vache a des problèmes à la mise bas. Qu'arrive-t-il aux vaches qui vêlent au pâturage, loin de cette surveillance intensive?

Il semble que les vaches qui mettent bas au pâturage reçoivent beaucoup moins d'assistance que celles qui vêlent à l'étable (figure 1). Seulement 1,8 % des vaches à maturité qui mettent bas au pâturage reçoivent de l'aide, comparées à 4,6 % pour celles qui mettent bas à l'étable (tableau 1). Ainsi, le taux d'assistance aux vaches qui mettent bas à l'étable était de 2,5 fois plus grand que celui des vaches au pâturage. Les génisses qui vêlent pour la première fois montrent un modèle similaire, avec seulement 5,9 % des vaches qui vêlent au pâturage recevant de l'aide, alors que 15,5 % des vaches à l'étable sont assistées. Il en résulte un taux d'assistance des vaches qui mettent bas à l'étable de 2,6 fois supérieur à celui de celles qui ont vêlé au pâturage.

Rate of Calving Assistance

Texte

Les vaches qui ont mis bas au pâturage ont reçu beaucoup moins d'aide, mais la survie du veau en a-t-elle été compromise? La réponse est non… le taux de survie des veaux au pâturage était le même que celui des veaux à l'étable, soit d'environ 95 % de la naissance au sevrage. Ainsi, fournir moins d'assistance n'a pas compromis le taux de sevrage des veaux au pâturage. Il existe plusieurs explications possibles. Peut-être que les vaches mettant bas à l'étable ont reçu de l'aide qui n'était pas nécessaire, juste parce qu'elles étaient plus proches. Autre possibilité : les vaches qui mettent bas au pâturage étaient moins stressées à ce moment-là, du fait qu'elles n'étaient pas en milieu confiné et qu'elles étaient moins en observationintense de la part des humains. Elles ont peut-être pu alors exprimer plus complètement leur capacité innée de vêlage. Un autre important facteur est le poids à la naissance, les veaux nés au pâturage étaient en moyenne de 0,907 kg (2 lb) plus légers à la naissance.

Santé des veaux

Les dossiers de santé des veaux sont disponibles de 2005 à 2012. Ils ont été résumés pour obtenir à la fois la fréquence d'apparition des maladies séparément et le nombre total de traitements administrés (tableau 1). Par exemple, un veau identifié comme ayant la diarrhée et qui a été traité quatre jours consécutifs serait classé comme ayant eu une apparition de maladie et quatre traitements au total. Si le même veau a été traité plus tard pour des problèmes respiratoires et a reçu une suite de traitements s'étendant sur trois jours, il serait classé comme ayant eu deux apparitions de maladies et sept traitements au total.

Les résultats ont démontré que les veaux nés en hiver avaient une fréquence d'apparition des maladies qui étaient trois fois plus élevées que ceux qui sont nés en été (figure 2). De même, le nombre de traitements des veaux nés en hiver était 2,25 fois plus élevé que celui des veaux nés l'été. L'une des raisons probables du meilleur état de santé des veaux nés au pâturage est l'environnement dans lequel ils sont nés. Lors du vêlage en étable, la densité globale d'animaux et l'usage répété d'étables de vêlage peut causer une accumulation de microorganismes pathogènes, malgré un assainissement diligent et de grandes quantités de litière. La situation peut atteindre un niveau où les défenses du veau seront dépassées. Au contraire, l'environnement du pâturage semble abriter beaucoup moins de contamination puisque les animaux pénètrent au printemps dans un milieu relativement propre et bénéficient d'une zone plus vaste par tête qu'en milieu confiné.

Calf Health Outcomes

Texte

Rendement des veaux

Les veaux ont été pesés à un âge d'environ 200 jours, et leurs poids moyens ajustés au sevrage ont été calculés par BIO . Les veaux nés en hiver étaient légèrement plus lourds, avec un poids moyen ajusté de 293,0 kg (646 lb), comparé au poids des veaux nés en été de 287,1 kg (633 lb), un avantage de 5,9 kg (13 lb) pour le groupe de veaux nés l'hiver.

En résumé

Comparées aux vaches qui ont vêlé dans une étable l'hiver, les vaches qui ont mis bas en pâturage l'été ont nécessité un niveau beaucoup plus bas d'assistance au moment du vêlage. Malgré beaucoup moins d'interventions au vêlage, les veaux en pâturage ont montré un taux de survie également élevé de la naissance au sevrage. De même, les veaux en pâturage ont aussi démontré un état de santé beaucoup plus amélioré. Les veaux en étable avaient une fréquence d'apparition des maladies qui était de 300 % plus grande et un taux de traitements qui était de 225 % plus élevé que ceux en pâturage.

Dans cette étude à long terme, le vêlage en pâturage l'été a indiqué d'importants avantages par rapport aux mises bas à l'étable en termes de facilités de vêlage et d'état de santé des veaux. Ces avantages devraient être liés à des coûts de main-d'oeuvre plus faibles et à moins de stress pour les travailleurs au moment du vêlage, ainsi qu'à des coûts réduits des installations puisque les étables et les enclos de vêlage ne seraient plus nécessaires. La mise bas en pâturage semble une alternative valable pour les entreprises vache-veau traditionnelles qui souhaitent augmenter le nombre de vaches tout en réduisant le temps de main-d'œuvre et les coûts des installations par vache, ou pour le démarrage d'un nouveau troupeau de vaches de boucherie à grande échelle.

Tableau 1. Comparaison des systèmes de vêlage

 
Saison de mise bas
Signification statistique*
Hiver
Été
Vêlages assistés
- Génisses (%)
15,5
5,9
***
Vêlages assistés
- Vaches (%)
4,6
1,8
**
Survie des veaux, naissance - sevrage (%)
95,4
94,9
NS
Fréquence d'apparition des maladies
(Nbre par 100 veaux)
46,7
15,5
***
Total de traitements
(Nbre par 100 veaux)
83,0
37,0
***

*Explication : NS = non significatif; ** = p<.01; *** = p<.001

1Faisant partie du Coll'ge de Kemptville, Universit� de Guelph

2Beef Improvement Opportunities, Guelph. Poids moyen ajust� des animaux sevr�s � 200 jours, selon l'�ge de la m�re, le sexe du veau et les jumeaux

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