Chanvre, maïs tropical et autres cultures fourragères annuelles de remplacement : possibilités pour le bovin de boucherie en cinq leçons faciles

avec la contribution de l'équipe de nutrition du MAAO et MAR

Améliorer les choix de fourrages

À la suite de la pénurie et du prix élevé des fourrages en 2012, le personnel du MAAO et MAR et les chercheurs de l'Université de Guelph ont décidé d'étudier davantage les possibilités d'affouragement pour les producteurs de bétail de l'Ontario. Une des orientations de l'étude a été de réadapter et de caractériser un certain nombre de cultures qui existent déjà ou de nouvelles cultures à des fins d'entreposage. Chacune des cultures soumises à l'étude en 2013 a démontré un certain potentiel à cet effet. Leçon n° 1 : Si elle peut être cultivée (si elle peut pousser sur la ferme), il y a de bonnes chances que les bovins puissent en faire usage!

Parmi les cultures annuelles étudiées, il y a le chanvre, actuellement cultivé pour la biomasse et la fibre, les cultures spécialisées destinées à la production de biocarburants, les cultures d'édulcorants (le millet à forte teneur en sucre et le sorgho à forte teneur en sucre) et deux variétés de maïs tropical spécia« lisé de saison longue développées par le Dr Fred Below à l'Université d'Illinois. Comme le maïs est une culture qui provient des tropiques, la dénomination maïs tropical » nécessite une explication. La particularité ici est que le maïs tropical n'a pas été sélectionné en vue d'une adaptation à la photopériode et que, de ce fait, sa saison de croissance est exceptionnellement longue. Le millet, le sorgho et les variétés de maïs ont été cultivés à l'emplacement de la foire agricole Canada's Outdoor Farm Show (Woodstock) et le chanvre sur des parcelles privées près de Kemptville. Il est à noter que des parcelles de maïs, de sorgho et de millet ont également été ensemencées près d'Elora, mais qu'elles ont été abandonnées en raison de semis tardifs et d'un contrôle des mauvaises herbes en temps inopportun. Leçon n° 2 : Les dates de semis et le désherbage sont cruciaux pour réussir des fourrages annuels. C'est un fait agronomique!

La figure 1 montre l'évolution des éléments digestibles totaux (TDN) en pourcentage des différentes cultures en fonction de la date. Comme on peut le voir, les cultures qui produisent des grains (par exemple, le sorgho et le millet) ont des courbes de TDN différentes comparativement aux cultures qui n'en produisent pas, comme les graminées vivaces qui démontrent une réponse typique et diminutive de la qualité alimentaire par rapport à la maturation. Les données quant à la teneur en fibres au détergent neutre (NDF) n'ont pas été incluses dans le graphique, mais se résument comme suit :

  • Chanvre : la teneur en NDF a varié de 40 % à 59 % dans trois échantillonnages répétés, mais pas de façon progressive.
  • Millet sucré : la teneur en NDF a varié de 55 % à 65 % dans des échantillonnages répétés et, de façon générale, avec une tendance à la hausse à mesure qu'il mûrissait.
  • Sorgho sucré : la teneur en NDF a varié de 46 % à 60 % dans des échantillonnages répétés, mais aucune tendance réelle associée à la maturité.
  • Maïs tropical : la teneur en NDF a varié de 56 % à 62 % dans trois échantillonnages répétés, et là encore, pas de façon progressive.

À titre de référence, la teneur en TDN et en NDF de la paille de blé de l'Ontario se situe souvent autour de 45 % et 75 % respectivement. La paille de blé a été incluse dans de nombreux régimes alimentaires pour bovins de boucherie en 2012 et 2013. Leçon n° 3 : De nombreuses cultures existantes et émergentes ont une valeur nutritive supérieure à ce que nous leur accordons!

La figure 1 montre la tendance de la teneur en TDN de 4 types de plantes fourragères pour la saison de croissance 2013. Les espèces représentées sont le chanvre, le millet sucré, le sorgho sucré et le maïs tropical. À titre de référence, le point de départ du graphique se situe à 52 %, bien au-dessus de 45 % qui est la teneur en TDN typique pour la paille de blé de l'Ontario quand elle est utilisée dans l'alimentation du bétail. La plus faible teneur en TDN observée a été celle du millet sucré (57 %) et elle était égale à la teneur en TDN de nombreuses premières coupes de foin de l'Ontario.

Espèces ayant un potentiel en Ontario

Le reste de cet article contient des informations sur les espèces représentées dans cet échantillonnage et discutées jusqu'ici. À l'avenir, il faudra peut-être effectuer des vérifications d'appétence et de prise alimentaire pour s'harmoniser aux analyses chimiques des parcelles d'essais de 2013. Leçon n° 4 : D'autres pays possèdent déjà des informations sur le potentiel fourrager de cultures que nous ne considérons pas encore comme des fourrages.

Chanvre

Du chanvre de grande qualité est cultivé partout au Canada. Il est possible de récolter du chanvre à des fins d'ensilagei. Les vaches nourries d'un mélange d'ensilage de chanvre et d'ensilage de maïs ont amélioré leur gain de poids. Le chanvre est une culture commune dans les Pays-Bas, car il est utilisé pour remplacer la paille, il a une faible teneur en poussière et est très absorbant. Un article dans la presse grand public des Pays-Bas a indiqué que les vaches laitières nourries au chanvre produisaient un peu plus de lait et semblaient vraiment en bonne santé. Pour en cultiver, il est important de savoir que tous les producteurs de chanvre doivent obtenir un permis du gouvernement du Canada.

Millet perlé sucré

Le millet perlé sucré est couramment cultivé pour la production de biocarburants et les résidus qui en découlent sont souvent utilisés dans l'alimentation du bétailii. En plus du millet perlé sucré, d'autres variétés de millet perlé ordinaire et de millet perlé à nervure brune sont disponibles. Bien que le millet à nervure brune ait démontré une meilleure qualité en raison d'une digestibilité accrue, son rendement est plus faible, ce qui neutralise en quelque sorte sa valeur. Par conséquent, la valeur alimentaire globale par unité de surface cultivée est à peu près égale pour les deux types de millet, ordinaire et à nervure brune. Le millet sucré diffère du millet ordinaire en ce que la plante a des feuilles plus longues et plus étroites, un tallage nodal abondant avec une maturité asynchrone, des épis courts et fins et de très petits grainsiii. Le millet sucré s'est révélé avoir deux fois plus de sucre soluble par rapport aux variétés de millet perlé ordinairesiv, d'où son nom.

Le millet a longtemps été cultivé pour le grain et le fourrage dans des régions de l'Afrique et de l'Asie et dans le sud des États-Unis. Mais, un hybride de millet perlé a été développé dans les années 1990 pour être cultivé dans les sols sablonneux de l'Est canadienv.

Sorgho sucré

Le sorgho sucré est une culture très efficace dans les zones à haut risque de sécheresse, en raison de son système racinaire étendu et de son efficacité d'utilisation de l'eau. En condition de sécheresse contraignante, le sorgho est en mesure de maintenir une activité physiologique similaire à un sorgho bien alimenté en eau, contrairement au cas d'un maïs stressé par la sécheresse. La production totale de biomasse du sorgho en situation de stress hydrique est réduite d'environ 40 % comparativement à une réduction de près de 50 % dans le cas d'un maïs stressé par la sécheressevi. Une étudevii a été menée en 2009 pour comparer du sorgho sucré et des variétés de sorgho de type à nervure brune et de sorgho-grain. L'étude a révélé que le sorgho sucré avait une teneur en lignine plus faible que les deux autres variétés et que, par conséquent, la digestibilité du sorgho sucré était plus élevée que celle des variétés de sorgho-grain ou à nervure brune.

Photo représentant des tiges de sorgho sucré dans la boîte d'une camionnette.

Figure 2. Tiges de sorgho sucré.

La figure 2 montre Ron Lackey (MAAO et MAR) avec du sorgho sucré cultivé à l'emplacement de la foire agricole Canada's Outdoor Farm Show (octobre 2013). Ces tiges ont été entreposées dans des mini-silos pour en déterminer le potentiel dans le cadre d'un projet pilote.

L'ensilage de sorgho sucré s'est révélé un produit adéquat pour remplacer l'ensilage de maïs dans l'alimentation de veaux en croissance. Dans une autre étude , des veaux de races Hereford et Angus ont été nourris soit à l'ensilage de sorgho, à l'ensilage de maïs, ou au foin de fétuque. Il a étéviii établi que les aliments étaient comparables pour ce qui est de l'apport en matière sèche, en protéines brutes et en énergie brute. L'ensilage de sorgho sucré peut aussi se révéler un substitut adéquat à l'ensilage de luzerne dans l'alimentation de vaches en lactation. Bien que selon la rechercheix, la production de lait des vaches laitières nourries au sorgho sucré était plus faible, l'ingestion de matière sèche, le rendement du lait corrigé pour l'énergie et l'indice de consommation étaient similaires pour les deux aliments.

Maïs tropical

On dispose actuellement que de connaissances très limitées sur la culture du maïs tropical dans les régions allant du centre au nord des États-Unis et au sud de l'Ontario. Toutefois, un essai dans le Wisconsixn à 45° de latitude Nord nous a permis de constater que le maïs tropical cultivé à cet endroit à des fins d'ensilage était dépourvu d'épis et n'a produit aucun grain. L'ensilage de maïs sans épis a été inclus dans le régime alimentaire de génisses Holstein à 50 % de matière sèche et semble ne pas avoir eu d'effet significatif. Avec un contenu en grain inférieur à celui des hybrides de maïs conventionnels ou de zones tempérées, le maïs tropical peut être utilisé entre autres dans le régime alimentaire des vaches de boucherie, car son rendement est aussi élevé que celui de l'ensilage de maïs, mais avec un contenu en grains beaucoup plus faible ou nul.

Photo d'un homme tenant une tige de maïs tropical.

Figure 3. Variété de maïs tropical fourrager.

La figure 3 montre une variété de maïs tropical fourrager cultivée dans les parcelles d'essai du Canada's Outdoor Farm Show. Remarquez l'épi immature sur cette photo prise le 4 octobre 2013. Cette variété a été développée et gracieusement fournie par le Dr Fred Below de l'Université d'Illinois.

Quand il est semé au milieu de l'été dans le sud des États-Unis, le maïs tropical donne un rendement en matière sèche et en grains supérieur aux hybrides de zones tempérées semés au même moment. Il en est ainsi parce que les hybrides de zones tempérées sont développés pour des semis de printemps et qu'ils ne sont pas aussi productifs quand ils sont semés plus tard durant l'étéxi,xii. Cela montre le potentiel du maïs tropical en tant que plante de seconde récolte plus tard dans la saison.

Photo de plants de maïs dans la boîte d'une camionnette et d'un homme tenant un plant de maïs tropical.

Figure 4. Variété de maïs tropical destiné à la production de biocarburant.

La figure 4 montre une variété de maïs tropical destiné à la production de biocarburants développé par le Dr Below. Cette photo a également été prise le 4 octobre. Notez la taille immense du plant et l'absence d'épis.

Photo d'un homme qui entasse une culture de remplacement hachée dans un seau de plastique.

Figure 5. Fabrication de mini-silos de cultures annuelles de remplacement.

La figure 5 illustre la fabrication de mini-silos afin d'évaluer l'aptitude à l'ensilage de deux variétés de maïs tropical annuel, du millet sucré et du sorgho sucré dans des seaux de 20 litres. Cela se fait au moyen d'un vérin hydraulique normalement utilisé pour entasser la matière dans des silos, tout particulièrement dans des silos de petite taille. Des photos sur l'alimentation ont été publiées sur Twitter @CtophWand en décembre 2013.

Possibilités de plantes fourragères accrues pour les producteurs de bovins

Bien que cet article porte davantage sur les plantes annuelles proposées, un certain nombre de cultures semées à des fins industrielles ou fourragères peuvent également être disponibles et servir à des fins alimentaires dans les systèmes de production bovine de l'Ontario. Certaines d'entre elles ont été mises à l'essai en Ontario comme le montrent les figures 2, 3, 4 et 5. Ces plantes peuvent être cultivées de façon ciblée ou être des aliments occasionnels ou récupérés ou des aliments à servir en cas d'urgence, mais il n'en reste pas moins que ce sont des options culturales en dehors des cultures courantes pouvant être utilisées en cas de besoin. Leçon n° 5 : Les choix de plantes fourragères sont nombreux et cet article ne fait qu'effleurer le sujet quand vient le temps d'alimenter des animaux aussi polyvalents que les bovins de boucherie!

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