Efficacité alimentaire dans les parcs d'engraissement

Pour les exploitants de parcs d'engraissement, le coût des aliments représente depuis longtemps 50 % à 70 % du coût de production et, pendant les périodes où le prix du maïs est élevé, ces coûts peuvent atteindre plus de 80 %. L'amélioration de l'efficacité alimentaire est un outil pouvant aider à réduire les coûts de production et à améliorer la rentabilité. Selon une étude du Beef Cattle Research Council, une amélioration de l'efficacité alimentaire de 1 % dans l'ensemble du secteur du bœuf permettrait aux parcs d'engraissement d'économiser jusqu'à 11,1 millions de dollars par année. Weaber (2011) a démontré qu'une amélioration de 1 % de l'efficacité alimentaire a le même effet qu'une amélioration de 3 % du taux de gain. L'amélioration de l'efficacité alimentaire est essentielle pour améliorer la rentabilité des bovins de boucherie grâce à des coûts d'intrants moins élevés. Elle offre également la possibilité d'améliorer la durabilité environnementale de l'élevage du bœuf de boucherie grâce à une utilisation réduite des intrants, se traduisant par une production réduite de gaz à effet de serre.

La plupart des éleveurs de bœuf ont une très bonne compréhension du taux de croissance. Le taux de croissance est une mesure de la vitesse à laquelle un animal croît ou prend du poids au cours d'une période donnée. Le taux de croissance ne tient pas compte de la quantité d'aliment nécessaire pour le gain de poids. L'efficacité alimentaire, correctement appelée Indice de conversion alimentaire (ICA), est la quantité d'aliment (matière sèche) requise pour produire une unité de poids. Chez les bovins de boucherie, cela se situe entre 4,5 et 7,5; un nombre inférieur est souhaitable. Comparés aux autres animaux d'élevage, les ruminants ont un faible indice de conversion alimentaire (ICA). Les volailles ont un ICA inférieur à 2:1 et les porcs ont un ICA inférieur à 3,5:1. L'ICA moyen des bovins de boucherie est de 6:1. Cela signifie qu'en moyenne, l'animal doit consommer six livres de nourriture (matière sèche) pour un gain de poids vif d'une livre.

L'exemple suivant illustre l'effet de la différence de l'indice de conversion alimentaire.

 
Bouvillon A
Bouvillon B
Poids au départ (lb)
900
900
Taux de croissance (lb/jour)
3,5
3,5
Prise de matière sèche lb/jour
21
28
Indice de conversion alimentaire
6:1
8:1
Coût de la ration ($/lb de MS)
0,085
0,085
Jours alimentés
200
200
Coût par jour ($)
$1,79
$2,38
Coût total d'alimentation ($)
$357
$476

(BCRC : Optimizing Feedlot Feed Efficiency, 2016)

Dans cet exemple, deux bouvillons arrivent dans un parc d'engraissement au même poids et grossissent au même rythme. Toutefois, le bouvillon A consomme 21 livres de matière sèche, tandis que le bouvillon B en consomme 28 livres pour un taux de croissance équivalent. L'indice de conversion alimentaire montre que le bouvillon A est un animal plus efficace, car il consomme moins de fourrage que le bouvillon B pour croître au même rythme. En supposant que l'aliment coûte 187 $ par tonne (matière sèche), il en coûte 0,59 $ par jour de plus pour nourrir le bouvillon B, l'animal le moins efficace. En supposant que les deux bêtes atteignent leur poids final en 200 jours, le bouvillon moins efficace (B) coûtera à l'éleveur 119 $ de plus que le bouvillon plus efficace (A). Comme le démontre cet exemple, l'optimisation de l'efficacité alimentaire est essentielle à la rentabilité d'un parc d'engraissement.

Depuis 1957, l'ICA chez la volaille a connu une amélioration de 250 %. Les travaux de recherche de Loy dans les parcs d'engraissement de l'Iowa ont démontré que l'ICA s'est amélioré de 0,047 lb par année entre 1978 et 1992. D'autres travaux menés par Loy dans les parcs d'engraissement du Midwest ont démontré que l'ICA s'est amélioré de 0,033 lb par année sur une période de trente ans, allant de 1985 à 2005. Comparativement aux améliorations de l'ICA chez la volaille et le porc, les améliorations de l'ICA chez les ruminants ont été modestes. Au cours des 30 dernières années, l'ICA chez les ruminants s'est amélioré d'environ 30 %. Cette amélioration est due, en grande partie, à l'amélioration de la gestion de l'alimentation. Les fourrages ont été largement remplacés par des céréales transformées dans les rations de finition. Ce développement a considérablement amélioré l'ICA dans les parcs d'engraissement. Le type de grains et leur qualité, ainsi qu'une ration alimentaire équilibrée contenant des vitamines et des minéraux, jouent tous un rôle dans l'amélioration de l'indice de conversion alimentaire.

L'utilisation de stimulateurs de croissance comme les ionophores, les implants et les bêta-agonistes dans les rations alimentaires des parcs d'engraissement peut considérablement améliorer l'efficacité alimentaire. Une étude menée en 2008 par Faucitano et coll. a démontré que les taux de croissance étaient de 21 % plus élevés et l'efficacité alimentaire de 23 % plus élevée chez les animaux d'engraissement ayant reçu à la fois un ionophore et un implant comparativement à des animaux n'ayant pas reçu de stimulateurs de croissance.

Pourquoi les ruminants sont-ils si peu efficaces? Contrairement aux porcs et aux volailles, les ruminants consomment beaucoup plus de fibres. Pour pouvoir digérer, les ruminants dépendent des microorganismes qui sont responsables de la fermentation ruminale. Pendant la fermentation dans le rumen, les bactéries produisent des sous-produits qui peuvent affecter l'efficacité de la digestion. En outre, les besoins d'entretien des ruminants sont très élevés comparativement aux autres animaux d'élevage. Les ruminants utilisent plus de 50 % de leur consommation alimentaire pour l'entretien. Il y a aussi beaucoup de variabilité dans l'efficacité alimentaire d'un individu à l'autre. La recherche européenne a démontré qu'il peut y avoir jusqu'à 20 % de différence dans l'ICA d'un groupe d'animaux, entre l'animal le plus efficace et l'animal le moins efficace du groupe. Cela peut avoir des répercussions importantes sur les coûts d'exploitation d'un parc d'engraissement. Les mécanismes biologiques qui sous-tendent la variation de l'efficacité alimentaire chez les animaux ayant des poids corporels et des taux de croissance similaires ne sont pas bien compris.

L'absence d'avancées réelles dans l'amélioration de l'ICA chez les bovins de boucherie est en partie attribuable à la préférence des éleveurs de vaches-veaux de sélectionner les animaux qui grandissent le plus rapidement. Une telle sélection donne des animaux de plus gros gabarit qui ont un besoin d'entretien plus élevé et, par conséquent, un indice de conversion alimentaire plus élevé. Une étude menée par Teagasc au Centre de recherche et d'innovation Grange Animal & Grassland de Dunsany, dans le comté de Meath, en Irlande, a démontré qu'il est difficile de sélectionner pour l'ICA, car le régime alimentaire des taureaux testés est rarement reproduit dans les fermes commerciales.

Par conséquent, le concept de l'ingestion alimentaire résiduelle (IAR) plutôt que de l'indice de conversion alimentaire (ICA) est devenu la méthode de mesure privilégiée de l'efficacité alimentaire. L'ingestion alimentaire résiduelle est la différence entre l'ingestion réelle d'un animal et l'ingestion qui était prévue en fonction de son poids corporel et de son taux de croissance. Cela signifie que les animaux ayant une faible IAR (souhaitée) consomment moins que prévu pour leur poids et leur taux de croissance

Il existe une variation considérable pour ce qui est de l'ingestion alimentaire résiduelle (IAR) au sein d'une race et d'une race à l'autre. Comme le caractère est héritable à environ 40 %, une sélection en vue d'avoir des bêtes ayant une faible IAR est possible. En Alberta, au Olds College, le Dr John Basarab et coll. ont utilisé le système GrowSafe pour mesurer l'ingestion individuelle des animaux. Ils ont démontré que les animaux ayant une faible IAR avaient un besoin alimentaire de 10 % à 12 % inférieur à ceux qui avaient une IAR élevée avec un poids corporel et un gain quotidien moyen identiques. Cela équivaut à une amélioration de 9 % à 15 % de l'indice de conversion alimentaire. Le Dr Basarab a démontré que la sélection des animaux pour une faible IAR n'avait aucun effet sur la qualité des carcasses, pourvu que l'IAR soit ajustée pour le gras, aucun effet sur le taux de conception, le taux de vêlage, le poids au sevrage, l'âge à la puberté, le modèle de vêlage et de gestation. La sélection pour une faible IAR signifie une amélioration significative de l'efficacité alimentaire sans effet sur la qualité de la carcasse ou d'autres caractères productifs souhaitables.

Les émissions de méthane provenant de l'élevage des bovins de boucherie étaient de 14 % plus faibles en 2011 qu'en 1981. Cette réduction est principalement due à l'augmentation de l'efficacité alimentaire au cours de cette période. On estime qu'en sélectionnant des sujets avec une faible IAR, les émissions de gaz à effet de serre pourraient être réduites de 15 % à 20 %, en raison d'une diminution des besoins en intrants.

Le Dr Danny Crews d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a été le premier à développer les écarts prévus dans la descendance (EPD) pour l'ingestion alimentaire résiduelle (IRA). Les premiers EPD développés avaient une précision de 59 %. On s'attend à ce que cela augmente à mesure que le nombre de taureaux testés augmente. Le Dr Crews a développé un indice de sélection multi-caractères qui inclut les IAR. L'indice aidera les producteurs à sélectionner les taureaux en fonction du rendement économique de leur progéniture dans les conditions d'un parc d'engraissement. On s'attend à ce que les taureaux à faible IAR produisent des veaux qui pourront générer des profits plus élevés dans l'industrie des parcs d'engraissement. La hausse potentielle des revenus dans ce type d'élevage devrait se traduire par des prix plus élevés pour les producteurs de vaches-veaux qui reproduisent ces types de bovins.

L'utilisation de l'indice de conversion alimentaire et de l'ingestion alimentaire résiduelle sont des outils très puissants pour améliorer l'efficacité alimentaire et la rentabilité de l'industrie bovine. La production de bovins plus efficaces sur le plan alimentaire permettra de réduire la quantité d'intrants nécessaires, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre.

Références :

  1. Alberta Agriculture & Forestry. (2016) Residual Feed Intake (Net Feed Efficiency) in Beef Cattle
  2. Beauchemin, K. (2018) Reducing Methane Emissions for the Cow-Calf and Feedlot Sectors. AAFC Lethbridge Research & Development Centre, Saskatchewan Beef Industry Conference
  3. Beef Cattle Research Council. (2016) Optimizing Feedlot Feed Efficiency.
  4. Faucitano, L., Chouinard, P.Y., Fortin, J., Mandell, I.B., Lafrenière, C., Girard, C.L., and Berthiaume, R. (2008) Comparison of Alternative Beef Production Systems based on Forage Finishing or Grain-Forage diets with or without Growth Promotants. J.Anim. Sci. 86(7): 1678-89.
  5. McGee, M. (2014) Feed Efficiency in Beef Finishing Systems, Teagasc, Grange Animal & Grassland Research and Innovation Centre, Dunsany, Co. Meath, Ireland
  6. Shike, D.W. (2013) Beef Cattle Feed Efficiency. Driftless Region Beef Conference, University of Illinois at Urbana-Champaign
  7. Weaber, R. (2011) Kansas State University, National Program for the Genetic Improvement of Feed Efficiency in Beef Cattle

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