Servir des aliments gelés à des ruminants

Selon l'année et l'endroit, l'Ontario peut être assez froid avec des précipitations variables à travers la province. L'alimentation de produits fourragers durant les mois d'hiver présente certains défis. Un des défis est la probabilité de servir de la neige et de la glace à même les fourrages qui sont préparés pour l'alimentation.

Au cours des derniers hivers, une question a soulevé des discussions : « Est-ce que les aliments gelés ont un impact sur les ruminants? ». Si oui, quel est-il? À la suite d'un examen de la recherche réalisée jusqu'à présent sur l'alimentation d'aliments gelés, ou sur des animaux qui s'abreuvent en consommant de la neige ou de la glace, nous avons noté un manque de données sur le sujet, particulièrement chez les chèvres, mais aussi chez les ruminants comme les ovins et les bovins. Cet article présente un résumé des recherches menées sur le sujet.

Pour que le rumen fonctionne adéquatement, il est important que sa température reste stable, car les microbes du rumen sont plus efficaces dans un environnement stable. Des études montrent que l'ingestion d'eau et d'aliments gelés peut abaisser rapidement la température du rumen et que plusieurs heures sont requises pour ramener cette température à la normale. L'ingestion d'aliments gelés affecte non seulement la température du rumen, mais la température corporelle globale de l'animal, tel que démontré par une baisse de la température rectale. Ces mêmes études montrent que même si les ruminants sont logés dans une étable chaude, mais qu'ils ont seulement accès à des sources d'eau gelée, ils sont incommodés par le froid et le démontrent en frissonnant et en beuglant. Cela indique que l'ingestion d'eau ou d'aliments gelés peut provoquer un «choc thermique froid», une diminution rapide de la température interne et l'induction de frissonnements, indépendamment d'autres facteurs. Les effets à long terme sur la santé et la performance des animaux ayant subi un tel choc n'ont pas été évalués. Lorsqu'un animal consomme de la nourriture gelée, il est possible de réduire le choc dû au froid en lui servant en même temps des fourrages secs pour tamponner le rumen, ou en lui donnant de l'eau chaude pour contrecarrer les effets de la nourriture gelée.

Des études font état d'une autre préoccupation liée aux ruminants qui consomment des aliments gelés, soit la diminution de la consommation de matière sèche (MS). La raison exacte pour laquelle la consommation de MS diminue avec les aliments gelés est inconnue, bien qu'il existe quelques théories. Un chercheur a conclu que la consommation de MS diminue en raison de l'effort accru nécessaire pour sectionner et mâcher les aliments gelés comparativement à des aliments non gelés. Une solution possible est de simplement hacher l'aliment gelé en morceaux plus gérables. Un autre chercheur a proposé une théorie plus complexe. Si les aliments ont une digestibilité médiocre, l'animal dépensera une quantité importante d'énergie à les réchauffer et à les digérer, laissant peu d'énergie résiduelle pour l'entretien ou le gain de poids. Les ruminants réagissent donc en diminuant leur consommation pour préserver leur énergie. Cette théorie souligne l'importance de fournir aux ruminants des aliments de haute qualité, particulièrement pendant les mois d'hiver, lorsque les aliments risquent d'être froids ou gelés. Il a été démontré que la supplémentation des aliments gelés avec des fourrages dégelés peut se traduire par une consommation normale de MS. Par conséquent, les études suggèrent que si des aliments gelés doivent être servis à des animaux, il existe plusieurs façons de maintenir la consommation de MS, notamment, hacher l'aliment en morceaux faciles à manger, fournir une alimentation hautement digestible et ajouter des fourrages dégelés aux aliments gelés.

Le maintien de la température corporelle, indépendamment des influences extérieures, s'appelle la thermorégulation. Une fois que la température corporelle tombe en dessous de la température inférieure critique, l'animal doit augmenter sa production de chaleur métabolique pour maintenir sa température. Lorsque l'eau ou les aliments ingérés sont gelés, les ruminants doivent d'abord réchauffer la nourriture à la température du rumen avant qu'elle puisse commencer à être digérée. Le réchauffement des aliments augmente la production de la chaleur métabolique des ruminants. L'aliment commence à se réchauffer dès qu'il est mastiqué dans la bouche et qu'il passe dans l'œsophage. Une fois qu'il atteint le rumen, le flux sanguin vers le rumen augmente et l'énergie est détournée vers le rumen. Une partie de l'énergie emmagasinée sous forme de graisse ou utilisée pour d'autres fonctions, comme la lactation, est maintenant détournée vers le rumen. On ne sait pas exactement quelle quantité d'énergie est nécessaire pour réchauffer les aliments gelés, car elle varie en fonction du taux d'ingestion et de la qualité de l'aliment, mais on sait que ces besoins en énergie supplémentaires augmentent les besoins énergétiques de l'animal. C'est pourquoi il est important de veiller à ce que tous les animaux soient en bonne condition physique et aient accès à des aliments riches en énergie lorsqu'ils consomment de l'eau ou des aliments gelés.

Voici d'autres questions qui se posent sur les aliments gelés : « La qualité de l'aliment est-elle affectée? » et « Les ruminants sont-ils capables d'extraire la même quantité nutritive des aliments gelés que des aliments dégelés? » Malheureusement, il n'y a pas beaucoup de recherches qui portent sur ces questions. Cependant, la recherche que nous avons suggère que les aliments gelés ont une teneur en protéines brutes inférieure à celle des aliments dégelés. Cette étude a noté que les aliments gelés semblent également avoir une teneur en lignine, la partie non digestible des plantes, plus élevée, suggérant ainsi une diminution de la digestibilité des aliments gelés. Cependant, il ne s'agit que d'une seule étude et d'autres recherches sont nécessaires pour conclure exactement comment le gel affecte la qualité des aliments.

Gérer l'alimentation des ruminants qui consomment des aliments gelés peut constituer un défi pendant les mois d'hiver de l'Ontario. Bien sûr, l'aliment gelé ne devrait jamais être la seule source de nourriture à laquelle l'animal a accès. Des recherches ont été menées pour illustrer les effets à court terme de l'ingestion d'aliments gelés sur les ruminants. Bien que certaines études aient conclu que la consommation d'aliments gelés a des effets négatifs sur les ruminants, ces effets négatifs peuvent être facilement surmontés. Pour contrer la baisse de la température corporelle et la baisse de la consommation de MS, on peut simplement servir aux ruminants des fourrages grossiers non gelés et des aliments de haute qualité. Le fait de veiller à ce que tous les animaux soient en bonne condition physique avant les mois d'hiver permet également de contrecarrer ces effets négatifs. Les effets à long terme sur la santé et l'élevage de ruminants qui consomment des aliments gelés n'ont pas encore été évalués. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour étudier les effets à long terme et les mesures d'atténuation possibles.

Les références pour cet article sont disponibles sur demande.

* Une version de cet article a également été publiée dans le numéro de décembre de la revue Livestock Alliance.


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