Lutter contre le syndrome du veau pris de froid

Comment votre saison de vêlages s'est-elle déroulée ? Dans les fermes d'élevage de vaches-veaux, c'est la période la plus captivante de l'année ! Quand les vêlages vont bon train et que les jeunes veaux chancelants s'accrochent pour suivre le troupeau, le moral à la ferme est positif. Avec de bonnes mères, une bonne régie et une température clémente, votre saison de production est sur la bonne voie. Oh ! Ai-je bien dit une température clémente ? … bien que nous savons que nos animaux ont confiance à nos aptitudes de gestion, les conditions climatiques restent vraiment imprévisibles. On s'attend d'habitude à des températures extrêmement froides en février, puis à un certain répit au mois de mars. Cependant, cette année, la première semaine de mars nous a donné des températures de -30 °C dans le nord-est de l'Ontario, alors qu'à Walkerton, dans la partie centre-sud de la province, les températures nocturnes ont atteint -25 °C. Ces minimums nocturnes étaient bien plus bas comparativement aux normales à cette période de l'année pour ces régions, qui sont respectivement -12 °C et -9 °C.

Avec de tels froids, un veau qui naît à l'extérieur risque de mourir d'hypothermie s'il n'est pas rapidement abrité et réchauffé. Les bovins n'ont pas évolué pour donner naissance dans des conditions glaciales. Les espèces sauvages semblables à nos bovins comme l'orignal, le chevreuil et le bison n'iraient jamais mettre bas dans des conditions climatiques semblables à celles qui prévalent dans nos régions au mois de mars (et même avril) ! Ces espèces attendent jusqu'aux mois de mai et juin pour mettre bas, quand les températures sont clémentes et la nourriture abondante et nutritive. De plus, les naissances ne sont pas assistées par des obstétriciens. En général, ils sont capables de mettre leur rejeton au monde et les materner sans aide.

Revenons à notre étable. Si nous désirons des vêlages en hiver ou au début du printemps, nous devons être prêts. Il est indispensable d'avoir une étable ou des enclos de vêlage à l'abri des intempéries (chauffés du moins avec la chaleur corporelle des bovins). C'est particulièrement le cas quand les conditions climatiques deviennent mauvaises, comme les températures extrêmement froides, des indices de refroidissement du vent très élevés, des pluies glaciales ou la fatale pluie verglaçante à +1 °C. Pourquoi ces conditions sont-elles aussi dévastatrices ? Les réponses reposent sur la physiologie, la géométrie et la physique de la circulation de la chaleur.

Comparativement aux bovins adultes, les veaux sont relativement de petits animaux. En raison de la relation mathématique entre le volume et la surface, les petits animaux, comparativement aux gros animaux, présentent une surface beaucoup plus grande par rapport à leur volume. La perte de chaleur est directement liée à la surface, alors que la production de chaleur est liée au volume corporel. Cela signifie que les petits animaux sont extrêmement désavantagés par temps froids.

Comparativement aux gros animaux, les veaux dégagent leur chaleur dans l'environnement à un rythme beaucoup plus rapide, en relation au fonctionnement normal de leur métabolisme à produire de la chaleur. Quand le vent devient important, la perte de chaleur s'accentue à mesure que le courant d'air froid retire la chaleur de la surface du veau. S'il pleut par temps froid, l'effet de perte de chaleur double. Un pelage détrempé perd de ses propriétés isolantes et, l'humidité qui s'évapore du corps nécessite une quantité importante de chaleur corporelle. Combinez deux des facteurs suivants : air froid, vent ou veau au pelage détrempé, et vous avez la combinaison parfaite pour l'hypothermie ou la mort.

Comme le veau vient au monde couvert de fluide, il est déjà prédisposé au froid. La mère attentionnée va immédiatement lécher son veau pour l'assécher, stimuler sa circulation sanguine et l'inciter à se lever pour qu'il puisse commencer à s'allaiter. Tout décalage entre la naissance et l'assèchement augmente les risques pour le veau … et même la meilleure des mères est incapable d'affronter des températures de -30 °C ou un facteur de refroidissement éolien intense.

Alors, comment combattre le syndrome du veau pris de froid ? Des chercheurs de l'université de l'Alberta1 ont mené des essais pour déterminer les meilleures façons de réchauffer un veau gelé. Pour l'expérience, les veaux ont été refroidis à une température rectale de 28 °C. Les veaux ont été par la suite placés dans une pièce à 20 °C et réchauffés selon une des méthodes suivantes : bain chaud, friction vigoureuse jusqu'à assèchement et enveloppés dans une couverture, ou friction vigoureuse jusqu'à assèchement et réchauffés avec deux lampes chauffantes de 250 watts. Ils ont trouvé que le bain d'eau chaude fut le traitement le plus efficace, ne prenant qu'environ 1 heure et 20 minutes pour ramener la température rectale à la normale de 38 °C. Les méthodes qui utilisaient les couvertures et les lampes chauffantes ont efficacement réchauffé les veaux à leur température corporelle normale, mais la période de temps pour y arriver a été plus longue, environ 2 heures et 20 minutes.

Bien que la méthode du bain chaud s'est révélée la plus efficace, elle fut aussi la plus difficile à réaliser. Vous devez commencer avec de l'eau froide et y ajouter graduellement de l'eau chaude jusqu'à ce l'eau atteigne 38 °C. Il faut porter une attention constante au veau pour éviter la noyade. Les chercheurs recommandent de recourir à la méthode du bain chaud dans le cas des veaux gravement atteints d'hypothermie ou des veaux nés prématurément et légèrement gelés. Pour les veaux légèrement atteints d'hypothermie, les méthodes de la couverture ou des lampes chauffantes devraient convenir.

Plusieurs versions de « logettes chaudes pour veaux » ont été essayées avec le temps, avec divers résultats. Les spécialistes en vulgarisation de l'université du Névada2 ont fait une révision d'un certain nombre d'études et ont conclu que pour être sécuritaires et efficaces, ces systèmes doivent être dotés d'un ventilateur de circulation, d'une source de chaleur réglée par thermostat et d'une sortie d'air dans le plafond pour permettre l'évacuation de l'air rempli d'humidité. À défaut d'avoir ces équipements, le veau risque fortement d'être échaudé, surchauffé et soumis à un taux d'humidité élevé, le rendant vulnérable à la pneumonie.

Les experts3 de la Saskatchewan suggèrent d'utiliser un thermomètre rectal pour aider à identifier les veaux légèrement hypothermiques. Ils ont noté que les veaux gelés ont de la difficulté à absorber efficacement les fluides, il faut donc obligatoirement réchauffer le veau avant de le nourrir. Dans le cas d'un veau légèrement atteint d'hypothermie, servez-lui du colostrum tiédi quand il est alerte et capable de têter. Dans le cas d'un veau gravement atteint d'hypothermie, vous devrez peut-être le nourrir par gavage avec une sonde oesophagienne même lorsqu'il aura l'air d'être bien réchauffé. Il pourrait aussi bénéficier d'un soluté de réhydratation orale qu'on trouve dans le commerce et conçu pour lutter contre l'acidose.

Consultez toujours votre vétérinaire pour avoir des recommandations spécifiques à votre cas.

Bons vêlages !

  1. Université de l'Alberta, Dairy Research Center publication, Rewarming Chilled Calves, par Barry Robinson, Ph.D., Great Northern Livestock Consulting Ltd. [avec Dr. Bob Christopherson et Dr. Bruce Young, Université de l'Alberta]
  2. Adapté avec la permission de la Cooperative Extension de l'université du Névada à partir de sa publication, Care of Hypothermic (Cold Stressed) Newborn Beef Calves par Ron Torell, Bill Kvasnicka, Ph.D.; et Ben Bruce, Ph.D., University of Nevada Cooperative Extension specialists, CL 788.
  3. Adapté avec la permission du Farm Animal Council of Saskatchewan à partir de sa publication, Cattle FACS: Calf Scours Overview, General Principles.

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