Comparaison entre le pâturage prolongé et le fourrage entreposé pour les bovins de boucherie

Les producteurs de bovins de boucherie s'efforcent sans cesse de réduire leurs coûts tout en maintenant ou an améliorant la productivité de leur exploitation. Puisque l'alimentation représente le plus important poste budgétaire dans la production vache-veau, les stratégies visant à diminuer les coûts de l'alimentation sont très importantes pour la rentabilité de ces fermes. Depuis quelques années, il est de plus en plus courant de prolonger la période de pâturage. Le fait de laisser les vaches à l'extérieur après la fin habituelle de la saison de pâturage (fin de l'été/début de l'automne) peut en effet réduire considérablement les coûts. Des économies sont ainsi réalisées puisque les animaux se procurent eux-mêmes les aliments et épandent eux-mêmes leur fumier, ce qui épargne des coûts de machinerie et de main-d'œuvre et réduit ou élimine la quantité de litière utilisée.

Voici quatre méthodes pour prolonger la saison du pâturage :

  1. mise en réserve des fourrages vivaces;
  2. semis de cultures annuelles comme le maïs ou les petites céréales, à faire brouter lorsqu'elles sont sur pied;
  3. semis de cultures annuelles mises en andains et laissées au champ pour être broutées;
  4. semis de cultures annuelles qui sont fauchées et mises en balles, lesquelles sont laissées au champ et données aux animaux.

Essais

Une étude réalisée au Centre de recherche de Brandon d'Agriculture et Agroalimentaire Canada par Legesse et ali a permis de comparer six systèmes de production vache-veau sur une période de cinq ans. Les vaches British x Continental et leurs veaux (288 couples/an) ont été mis en pâturage pour l'été, dans le cadre d'un programme de rotation, dans des champs de graminées ou des prairies mixtes de luzerne et graminées. D'octobre à janvier, après sevrage, les vaches gravides (240 têtes/an) ont été soit placées en pâturage (2 types) soit en parc d'élevage (3 types).

  1. Pâturage de fourrages vivaces mis en réserve.
  2. Pâturage d'annuelles en andains.
  3. Parc d'élevage avec foin.
  4. Parc d'élevage avec un mélange d'ensilage d'orge et de paille d'avoine.
  5. Parc d'élevage avec un mélange d'orge roulé et de paille d'avoine.

Exemples de fourrages vivaces mis en réserve :

  1. Avoine (en andains)
  2. Millet japonais (en andains)
  3. Maïs (sur pied ou en balles)
  4. Triticale (en andains)

Après la période d'alimentation hivernale, mais avant le retour au pâturage, on a donné le même régime alimentaire, dans le parc d'élevage, aux vaches ayant déjà vêlé au moins une fois. La ration était composée d'un choix de foin de graminées et de 1 kg/jour de supplément contenant de l'orge. Les femelles sur le point de vêler pour la première fois ont été nourries séparément avec une ration formulée selon les normes du Conseil national de rechercheii. Les vêlages ont eu lieu de février à avril, dans une étable, et les couples vache-veau ont été gardés après le vêlage dans un abri pendant une à deux semaines avant d'être mis au pâturage. Les couples vache-veau ont été placés dans des pâturages de graminées ou de luzerne, dans le cadre d'un programme de rotation, jusqu'à la fin de la saison habituelle de pâturage. Par après, les vaches ont été soit placées dans un parc d'élevage et nourries avec des aliments de réserve, soit placées dans l'un des groupes en pâturage prolongé, d'octobre à janvier. Les vaches ont gardé le même régime alimentaire pour toute la durée de l'essai.

Rendement des vaches

Les vaches pour lesquelles on a prolongé la période de pâturage ont pris moins de poids du milieu à la fin de la gestation et leur poids avant le vêlage était moins élevé. La cote de chair des vaches au moment du sevrage était semblable au sein des groupes nourris avec des fourrages d'hiver. Toutefois, la cote de chair des vaches avant le vêlage était moins élevée pour les vaches restées plus longtemps au pâturage que pour les vaches dans les parcs d'élevage, bien que l'écart ait été faible (cote de chair de 5,14 comparativement à 5,06).

Rendement des veaux

La prolongation de la saison de pâturage pour les vaches taries ou gestantes n'a pas eu d'effet négatif sur le rythme de croissance des veaux nés de ces vaches, comparativement à ceux qui provenaient des vaches placées en parc d'élevage et nourries avec du foin, de l'orge à ensilage et de la paille d'avoine ou du grain d'orge et de la paille d'avoine. Le poids au sevrage des veaux et leur gain de poids au pâturage étaient semblables pour tous les régimes d'alimentation hivernaux.

Reproduction

La performance de reproduction est une composante importante de la production vache-veau. Le taux de conception par insémination artificielle à temps fixe était similaire parmi les vaches soumises aux différents régimes alimentaires, tout comme l'intervalle entre les vêlages et le nombre de naissances. De plus, la prévalence de dystocie, de présentation anormale du veau et le nombre de naissances n'étaient pas différents selon les groupes. Ces résultats montrent que les vaches de boucherie peuvent rester au pâturage tard l'automne et au début de l'hiver sans que leur performance de reproduction soit affectée.

Productivité du troupeau

La productivité globale du troupeau était similaire dans le cas des vaches gardées en parc d'élevage durant l'hiver comparativement à celles qui étaient laissées plus longtemps au pâturage. Les poids des veaux au sevrage étaient semblables, tout comme l'intervalle entre les vêlages, le pourcentage de naissances, et le pourcentage de naissances assistées. Bien que le poids des vaches laissées plus longtemps au pâturage ait été légèrement inférieur à celui des autres au moment du vêlage, leur rendement ni celui de leurs veaux n'en a pas souffert. Il est intéressant de remarquer que le taux de réforme des vaches laissées plus longtemps au pâturage était plus faible avant le retour au pâturage et que le taux de survie des veaux au sevrage était plus élevé.

Effet de la température

L'humidité est un facteur déterminant pour la croissance de toutes les cultures, y compris les vivaces et les annuelles semées pour prolonger la saison du pâturage. Les années ou les précipitations, durant la saison de croissance, sont moyennes ou supérieures à la moyenne, les vaches placées plus longtemps au pâturage étaient parmi les plus lourdes de tous les groupes étudiés (fig.1). Toutefois, lorsque les précipitations étaient sous les moyennes saisonnières, les vaches gardées plus longtemps au pâturage étaient celles dont le poids était le moins élevé. Les auteurs soulignent qu'après cette étude, la sécheresse a compromis les récoltes d'annuelles, et les essais de pâturage prolongé dans des prairies d'annuelles ont dû être interrompus.

La couverture neigeuse peut également avoir un effet sur la capacité des vaches à avoir accès aux aliments dans les pâturages tard en saison. Dans cette étude, les précipitations mensuelles de neige ont été de 20,9 à 9,2 cm. La hauteur de la couverture neigeuse quotidienne au sol variait de 9,2 à 21,7 cm. Selon des recherches réalisées en Ontario, une couverture neigeuse supérieure à 25 cm peut restreindre l'ingestion des vaches au pâturage. Cet aspect peut revêtir une plus grande importance dans les régions qui reçoivent plus de neige, comme à plusieurs endroits en Ontario, comparativement aux climats plus secs que l'on retrouve habituellement dans les Prairies et les parcs d'élevage dans l'Ouest canadien.

Résumé

La prolongation de la saison de pâturage en utilisant les fourrages vivaces mis en réserve ou les cultures annuelles peut réduire les frais d'alimentation animale ainsi que les coûts de main-d'œuvre et les besoins en litière dans les élevages de bovins de boucherie. Lorsqu'il y a suffisamment de fourrages, les vaches qui restent plus tard en saison au pâturage affichent un rendement semblable à celles qui sont gardées dans des parcs d'élevage ordinaires et qui sont nourries de fourrages entreposés. Toutefois, lorsqu'on prolonge la saison de pâturage, les risques associés à la température sont plus importants et les producteurs devraient donc prévoir des stratégies de rechange en matière d'alimentation en cas de pénurie ou d'excès de pluie ou de surplus de neige.

i LEGESSE, G., J.A. SMALL, S.L. SCOTT, E. KEBREAB, G.H. CROW, H.C. BLOCK, C.D. ROBINS, M. KHAKBAZAN et W.P. MCCAUGHEY. " Bioperformance evaluation of various summer and winter feeding strategies for cow-calf production ", dans Can. J. Anim. Sci., 2012, 92: 89-102.

ii National Research Council, " Beef Cattle Nutrient Requirements " 1996.

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