Le secret des grands troupeaux de vaches de boucherie : Faire moins avec plus

Information de base

Non, il n'y a pas d'erreur typographique dans le titre, mais il nécessite quelques explications. Tout d'abord, quelques informations :

Historiquement, faire de l'argent avec un troupeau de vaches de boucherie a toujours été un défi. Mais malgré cela, en raison de sa nature même, l'exploitation de vaches de boucherie est populaire en Ontario, avec un bon nombre de petits troupeaux, quelques-uns de taille moyenne et quelques grands troupeaux.

Quelle est la raison d'une telle popularité? Pour les agriculteurs qui veulent une exploitation avec des coûts d'investissement relativement bas (pas de quota, un logement minimal), qui exige peu de main d'œuvre et qui peut être adaptée à la superficie réelle des terres qu'ils possèdent et du temps dont ils disposent (y compris, une carrière à l'extérieur de la ferme), l'élevage de vaches de boucherie peut constituer une bonne solution. En contrepartie, le revenu annuel par vache est relativement faible. Le potentiel de profit dépend donc, dans une large mesure, à la fois de la possibilité d'avoir des coûts d'exploitation inférieurs à la moyenne ou de la capacité d'allouer certains coûts fixes à une autre activité agricole ou encore d'en faire un mode de vie (par exemple, les vaches de boucherie sont un complément aux cultures, le tracteur est une nécessité pour déblayer la neige dans l'allée, je veux vivre à la campagne et posséder une terre). Ainsi, dans certains cas, l'élevage de vaches de boucherie a été le sous-produit d'une propriété ou un choix de vie plutôt qu'une activité économique de base. Quelle que soit la motivation, avec un faible coût de production et de bons programmes d'élevage et de commercialisation, les vaches peuvent largement compenser les coûts d'exploitation au cours de presque toutes les années, sauf au cours d'années plus difficiles ( ESB ), et combler une partie importante des coûts fixes au cours des bonnes années, ce qui s'est avéré suffisant pour que ces fermes demeurent en affaires.

Les grands troupeaux sont différents

Néanmoins, il y a toujours eu quelques grands troupeaux de bœufs de boucherie où les vaches sont au cœur de l'entreprise et doivent générer suffisamment de revenus pour couvrir tous les coûts liés à la production, ainsi que les frais de subsistance de la famille. Une partie du succès de ces entreprises est due à leur pouvoir de commercialisation qui leur permet de profiter des primes accordées à un plus grand nombre de groupes uniformes de veaux et de bouvillons et au fait qu'ils sont prêts dans le parc d'engraissement (vaccinés, habitués aux fourrages, etc.). Par conséquent, élever un grand nombre de vaches a quelques avantages inhérents, mais les réalités économiques bien documentées au sujet des petits troupeaux indiquent qu'il y a probablement quelque chose de vraiment différent dans la structure économique des grands troupeaux à part le volume. Comment ces grands élevages arrivent-ils à ces résultats? Les années que j'ai passées à étudier l'industrie bovine et à compiler des données d'enquête, de recherche et d'entreprises agricoles m'ont amené à des conclusions possibles pouvant expliquer comment et pourquoi ces troupeaux de vaches diffèrent des exploitations moyennes de vaches de boucherie de l'Ontario :

Ces entreprises ont atteint un modèle de production qui leur permet à la fois de produire un plus grand volume pour une quantité donnée de travail et de capital et un coût de production inférieur par unité.

Autrement dit, grâce à l'innovation et à l'utilisation rationnelle du capital, elles ont changé le paradigme de la production vache-veau. Ces grands troupeaux ne sont pas simplement des unités plus grandes qui utilisent les mêmes méthodes que les petites entreprises.

En quoi sont-elles différentes?

Voici quelques-unes des principales différences qui expliquent comment des entreprises de grande taille de vaches de boucherie fonctionnent# :

  1. Beaucoup de vaches

    Avec un revenu net par vache relativement faible, une échelle de production beaucoup plus grande que la moyenne est nécessaire pour générer des revenus nets suffisants, ainsi que pour utiliser le potentiel du parc de machineries, afin de réduire considérablement les coûts de production.
  2. Peu de main-d'œuvre et d'investissement par vache

    Le système de gestion doit inclure une main d'œuvre très efficace et nécessiter un investissement minimum en bâtiments (vêlages au pâturage, hivernage à l'extérieur, brise-vent à la place d'une étable).
  3. Vendre des bouvillons d'un an

    Garder les veaux jusqu'au stade de bouvillons d'un an pour augmenter le revenu net par vache (les frais d'élevage des vaches sont les mêmes que vous vendiez des veaux ou des bouvillons d'un an).
  4. Réduire les coûts d'alimentation

    Le pâturage en rotation augmente la capacité de charge d'une terre donnée, ce qui améliore le rendement à l'acre. Prolonger la saison de pâturage avec une mise en réserve d'herbages, l'affouragement de balles de foin, le pâturage de cultures annuelles, etc. permet de réduire les coûts d'alimentation d'hiver et les coûts d'enlèvement du fumier.
  5. Terres à prix relativement faible

    Permet d'exploiter une terre qui convient davantage à la production fourragère et qui ne pourrait guère être utilisée à d'autres fins.

Dans l'ensemble, les gestionnaires de grands troupeaux en font moins avec plus. En effet, ils ont beaucoup plus de vaches que la moyenne et chaque vache nécessite beaucoup moins de travail et d'investissement. Sur une base globale, ils bénéficient d'un double avantage en ayant un profit plus élevé par vache et un plus grand nombre de vaches pour générer des profits. La combinaison de ces facteurs a vraiment un impact sur la rentabilité d'une exploitation. En raison de leur nature, les grands troupeaux fonctionnent avec un type de modèle d'affaires qui diffère de celui des troupeaux de taille moyenne ou petite.

# Noter que de nombreux petits troupeaux utilisent également une ou plusieurs des stratégies 2-4

Analyses des revenus et des dépenses pour un large éventail de grosseurs de troupeaux

Vous verrez plus bas plusieurs graphiques qui ont été tirés des résultats d'une feuille de calcul budgétaire pour des entreprises de vaches de boucherie/bouvillons d'un an, laquelle a été créée pour comparer les performances économiques d'exploitations ayant de 25 à 300 vaches. Les composantes de production et économiques ont été compilées à partir des données et des commentaires provenant de nombreuses sources.ii,iii

Ce modèle, comme tout autre modèle, dépend des données de départ et des hypothèses sous-jacentes. Ce modèle a été créé pour avoir une base de comparaison entre les différentes tailles de troupeaux. Il pourra ainsi faire ressortir les différences relatives d'importance des scénarios étudiés, plutôt que de fournir de simples chiffres générés par des calculs. Le modèle tient compte des différences importantes dans les techniques de production entre les troupeaux de petites et moyennes tailles [25-100 vaches] et les grands troupeaux [150 vaches et +]; ces différences sont décrites ci-dessous. En tenant compte des deux systèmes de production distincts, des courbes de tendance ont été tracées séparément pour les troupeaux dans la fourchette des 25 à 100 têtes et la fourchette des 150 à 300 têtes. Il a été supposé que tous les troupeaux gardaient les veaux après le sevrage pour vendre des bouvillons de 850 lb. Le modèle a été réalisé avec 3 régimes de prix différents, afin de représenter les grandes variations que le marché du bœuf a connues au cours des cinq dernières années (voir le tableau 1).

Tableau 1. Description du modèle

  • Les bouvillons d'un an sont vendus à partir des pâturages @ 850 lb; taux de remplacement des vaches = 15 % pour les troupeaux <150 vaches, 18 % pour les troupeaux >= 150; production de veaux sevrés = 92 % pour les troupeaux <150 vaches, 88 % pour les troupeaux >= 150 vaches; revenu par vache = valeur de la vente de bouvillons d'un an X 83 % [tient compte des génisses de remplacement et des pertes dues à la mortalité des veaux et des bouvillons d'un an] + valeur de la vente des vaches de réforme X 12 %;
  • Régimes de prix
    • Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $
    • Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $
    • Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $
  • Primes pour les lots de plus grande taille (voir le tableau 2)
  • Les revenus et les dépenses sont présentés sur la base par vache saillie, ce qui inclut les coûts d'élevage des sujets de remplacement, les pertes par mortalité, etc.
  • Les troupeaux de vaches qui comptent moins de 150 têtes recourent à une certaine forme de système de vêlages en aire confinée avec des frais d'exploitation de 800 $/vache saillie. Les troupeaux de vaches qui comptent 150 têtes et plus recourent à une certaine forme de vêlage extensif avec des frais d'exploitation de 720 $/vache saillie.
    • La différence de 80 $/tête est due à des coûts plus élevés pour la manutention du fumier, la litière, les frais de vétérinaire, l'entretien des bâtiments, etc.
  • Les grands troupeaux (150 +) ont un éventail de coûts fixes par tête inférieur comparativement aux petits troupeaux, en raison d'un investissement beaucoup plus faible dans les bâtiments et les machines par animal. Au sein de chaque groupe de taille de troupeau, les coûts fixes/tête diminuent quand la taille du troupeau augmente, puisque les coûts relatifs aux bâtiments et aux machines sont répartis sur un plus grand nombre de vaches.

Résultats

Ce graphique linéaire présente les prix bas, moyens et élevés par vache en fonction de la taille du troupeau. Les montants par vache saillie sont indiqués sur le côté gauche. Les montants commencent en bas de l'axe avec 600 $ et augmentent par tranches de 100 $ jusqu'à 1500 $ en haut du graphique. Le nombre de vaches est indiqué sur l'axe du bas et commence avec 0 à l'extrême gauche pour finir avec 300 à l'extrême droite. La ligne verte du haut avec des triangles indique le prix élevé. La ligne rouge du milieu avec des carrés indique le prix moyen. La ligne bleue du bas avec des losanges indique le prix bas.

**Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $

Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $

Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $

Ce graphique linéaire indique la marge d'exploitation à des prix bas, moyens et élevés en fonction de la taille du troupeau. Les montants par vache saillie sont indiqués sur le côté gauche. Les montants  commencent en bas de l'axe avec 100 $ et augmentent par tranches de 100 $ jusqu'à 800 $ en haut du graphique. Le nombre de vaches est indiqué sur l'axe du bas et commence avec 0 à l'extrême gauche pour finir avec 300 à l'extrême droite. La ligne verte du haut avec des triangles indique le prix élevé. La ligne rouge du milieu avec des carrés indique le prix moyen. La ligne bleue du bas avec des losanges indique le prix bas.

**Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $

Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $

Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $

Ce graphique linéaire indique la marge d'exploitation par entreprise à des prix bas, moyens et élevés en fonction de la taille du troupeau. Les montants par entreprise sont indiqués sur le côté gauche. Les montants  commencent en bas de l'axe avec ­25 000 $ et vont jusqu'à 225 000 $ en haut du graphique. Le nombre de vaches est indiqué sur l'axe du bas et commence avec 0 à l'extrême gauche pour finir avec 300 à l'extrême droite. La ligne verte du haut avec des triangles indique le prix élevé. La ligne rouge du milieu avec des carrés indique le prix moyen. La ligne bleue du bas avec des losanges indique le prix bas.

**Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $

Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $

Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $

Ce graphique linéaire indique la marge bénéficiaire nette par vache à des prix bas, moyens et élevés en fonction de la taille du troupeau. Les montants par entreprise sont indiqués sur le côté gauche. Les montants commencent en bas de l'axe avec ­50 000 $ et vont jusqu'à 200 000 $ en haut du graphique. Le nombre de vaches est indiqué sur l'axe du bas et commence avec 0 à l'extrême gauche pour finir avec 300 à l'extrême droite. La ligne verte du haut avec des triangles indique le prix élevé. La ligne rouge du milieu avec des carrés indique le prix moyen. La ligne bleue du bas avec des losanges indique le prix bas.

**Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $

Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $

Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $

Ce graphique linéaire indique la marge bénéficiaire nette par entreprise à des prix bas, moyens et élevés en fonction de la taille du troupeau. Les montants par entreprise sont indiqués sur le côté gauche. Les montants  commencent en bas de l'axe avec ­50 000 $ et vont jusqu'à 200 000 $ en haut du graphique. Le nombre de vaches est indiqué sur l'axe du bas et commence avec 0 à l'extrême gauche pour finir avec 300 à l'extrême droite. La ligne verte du haut avec des triangles indique le prix élevé. La ligne rouge du milieu avec des carrés indique le prix moyen. La ligne bleue du bas avec des losanges indique le prix bas.

**Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $

Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $

Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $

Ce graphique linéaire indique la marge bénéficiaire nette par équivalent temps plein à des prix bas, moyens et élevés en fonction de la taille du troupeau. Les montants par entreprise sont indiqués sur le côté gauche. Les montants  commencent en bas de l'axe avec ­40 000 $ et vont jusqu'à 80 000 $ en haut du graphique. Le nombre de vaches est indiqué sur l'axe du bas et commence avec 0 à l'extrême gauche et augmente par tranches de 50 vaches pour finir avec 350 à l'extrême droite. La ligne verte du haut avec des triangles indique le prix élevé. La ligne rouge du milieu avec des carrés indique le prix moyen. La ligne bleue du bas avec des losanges indique le prix bas.

**Bas : bouvillons d'un an @ 0,90 $, vaches de réforme @ 0,55 $

Moyen : bouvillons d'un an @ 1,20 $, vaches de réforme @ 0,76 $

Élevé : bouvillons d'un an @ 1,60 $, vaches de réforme @ 0,95 $

Tableau 2. Niveaux des variables selon la taille du troupeau
Nombre de vaches par troupeau
Taille moyenne des lots (têtes)
Bonification (%)
Coûts variables /tête ($)
Coûts fixes /tête ($)
Employés à temps plein par troup.
25 5 0 800 400 0,50
50 10 2,0 800

340

0,70
75 15 3,1 800 310 1,00
100 20 3,6 800 280 1,20
150 30 4,5 720 200 1,20
200 40 5,5 720 190 1,60
250 50 6,5 720 185 2,00
300 60 7,2 720 180 2,25

Discussion

En raison de la longueur de cet article, la section sur la discussion sera présentée dans le prochain numéro de ce bulletin (Boeuf virtuel du MAAO et MAO)

i Remarque : La grande partie de l'information utilisée dans cet article a été recueillie avant et indépendamment de l'étude consultative du Beef Farmers of Ontario sur l'expansion de l'industrie du bœuf dans le nord de l'Ontario réalisée de la fin de 2013 à la mi-2014. Toutefois, l'auteur tient à souligner la contribution intellectuelle de Al Mussell (George Morris Center, Guelph), ainsi que Wayne Stark et Mike Farley (Pursuit Development Labs Inc, Toronto) pour l'inspiration dans l'approche de ce travail. Merci également à John Molenhuis (MAAO et MAO) pour sa contribution antérieure dans la budgétisation et l'analyse des coûts de production.

ii Bibliographie

  1. Profil des exploitations vache-veau de l'Ontario 2007. Molenhuis. MAAO et MAO.
  2. Rapport annuel 2013. Ontario Cattlemen's Association.
  3. Nutrient Requirements of Beef Cattle. Lalman. Oklahoma State University.
  4. Economic Evaluation of a Production Protocol for a Biologically Efficient and Economically Profitable Beef Cow-calf Industry in Northeastern Ontario. Hamilton. MAAO et MAO. 2013.
  5. Producer Survey of Calving Systems in Ontario. Hamilton, Noecker, Potter. MAAO et MAO. 2003.
  6. Decision Guide for Backgrounding Beef Cattle. Hamilton. MAAO et MAO. 2012
  7. New Liskeard Agricultural Research Station - Beef Cow Herd Production Systems Data Review 1998 - 2012. Hamilton. MAAO et MAO. 2013.
  8. Diverses publications du NLARS Beef Research Program. Ontario Beef Research Update 1999 - 2004.
  9. Buying and Selling Feeder Cattle: Factors affecting price. Kansas State U. 1996

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