Progrès rapide dans le secteur du bœuf de boucherie canadien

Dans le passé, l'industrie du bœuf a toujours été considérée comme lente à évoluer et à adopter de nouvelles technologies ou des stratégies de gestion. Mais est-ce toujours le cas? La gestion des parcs d'engraissement est intensive et de plus en plus perfectionnée. Ces exploitations sont prises en charge par une équipe de professionnels, y compris des nutritionnistes et des vétérinaires. Les rations alimentaires sont équilibrées et ajustées pour être rentables sur le plan économique. Par ailleurs, certaines de ces exploitations utilisent des systèmes informatisés avancés pour surveiller la consommation d'eau et d'aliment et le poids de l'animal sur une base quotidienne. Des renseignements relatifs aux mesures de la carcasse commencent à revenir aux parcs d'engraissement. L'ensemble de ces pratiques indique un haut niveau d'adoption de la technologie et de l'innovation dans le secteur des parcs d'engraissement.

En revanche, le secteur vache-veau, qui repose sur des pratiques de production extensives, a généralement été guidé par des principes de coûts réduits avec un système à faibles intrants et à faibles rendements. Cela a limité en grande partie l'application de nouvelles technologies. Cependant, une tendance accélérée d'adoption de pratiques progressives semble s'installer depuis peu, comme une gestion des pâturages plus intensive, une saison de pâturage plus longue et l'hivernage des vaches à l'extérieur. Est-ce que ces observations indiquent un nouveau rythme de changement dans le secteur vache-veau?

Enquête sur les pratiques de gestion

Un récent document de recherche publié par Sheppard et ses collaborateurs fournit une excellente évaluation du taux de variation de certaines pratiques de gestion sur les fermes de bovins de boucherie du Canada. La période de référence de 5 ans de l'étude est un intervalle de temps très court pour mesurer les changements de gestion à l'échelle de l'industrie, donc tout changement important est très remarqué.

Les données pour l'étude ont été recueillies en interrogeant les éleveurs de boeuf à travers le Canada en 2005 et de nouveau en 2011 (voir le document original pour les détails de l'enquête et de l'analyse). Les participants ont été sélectionnés de manière à fournir un groupe représentatif des exploitations de chaque région selon la taille et le type d'exploitation. Au total, 1380 exploitations ont été échantillonnées en 2005 et 1009 exploitations en 2011. Le tableau 1 donne une ventilation des données par type d'exploitation.

Tableau 1. Nombre d'exploitations échantillonnées par type et par année.

Type d'exploitation
2005
2011
Pas indiqué
25 (1,8 %)
--
Finition seulement
140 (10 %)
33 (3,3 %)
Semi-finition seulement
69 (5,0 %)
46 (4,6 %)
Finition et semi-finition
25 (1,8 %)
12 (1,3 %)
Vache-veau seulement
824 (60 %)
575 (57 %)
Vache-veau + finition
51 (3,7 %)
22 (2,2 %)
Vache-veau + semi-finition
175 (13 %)
261 (26 %)
V-v + semi-finition + finition
71 (5,1 %)
60 (5,8 %)
Total d'exploitations
1380 (100 %)
1009 (100 %)
Total de bêtes
75 000
14 000
Nombre moyen de têtes par exploitation
165
107

La majorité des exploitations interrogées étaient de type vaches-veaux seulement (60 % en 2005 et 57 % en 2011), représentant plus de deux fois le pourcentage du second type, le vache-veau + semi-finition. En 2011, le nombre de gros parcs d'engraissement était proportionnellement moins élevé.

Les enquêtes ont permis de recueillir des données sur un grand nombre de paramètres, notamment les types de fourrages cultivés, les méthodes de récolte et d'entreposage, la gestion des pâturages, l'utilisation des engrais, l'entreposage et l'épandage des fumiers, les rations des parcs d'engraissement, les structures et des brise-vent. Cet article ne traite que d'une sélection de ces pratiques (voir le document original pour l'analyse complète).

L'analyse initiale a révélé qu'en général les différences géographiques importantes sont regroupées dans 4 régions (voir la figure 1) :

Carte du Canada montrant les régions géographiques

Figure 1. Régions comparativesi.

Pratiques inchangées

La gestion améliorée des pâturages a été une priorité à long terme des vulgarisateurs, en raison des avantages qu'elle génère en améliorant la capacité de charge animale et la qualité de l'alimentation. À l'échelle nationale, le pourcentage d'exploitations qui utilisaient le pâturage en rotation était élevé (70 %) en 2005, et similaire en 2011 (implanté = 75 %; indigène = 65 %). Ces données indiquent que l'intensité accrue du pâturage est bien acceptée par les producteurs de bœufs. En effet, deux tiers à trois quarts des exploitations l'utilisent.

En outre, très peu d'exploitations (6 % -11 %) ont servi un complément alimentaire dans les pâturages de juin à août, montrant ainsi que le pâturage pendant la saison de croissance était suffisant pour répondre aux besoins de la plupart des bovins.

Bien qu'inchangé au sein de leur région, il y avait une énorme différence entre l'Est et les Prairies dans la proportion de foin entreposé sous une forme d'abri (bâche ou toit). Dans l'Est, environ 75 % des balles étaient couvertes, comparativement à seulement 15 % dans les Prairies. Cela reflète le climat beaucoup plus humide de l'Est, donnant lieu à une détérioration excessive des balles lorsqu'elles sont à découvert.

Le pourcentage d'exploitations qui ont récolté des plantes fourragères vivaces, soit en une coupe ou en deux coupes, a été constant avec les années (1re coupe = 66 %, 2e coupe = 28 %). De plus, au cours des deux années, la plupart des exploitations (94 %) ont entreposé le fumier solide dans des piles à ciel ouvert, tandis qu'environ 29 % du fumier était couvert après une incorporation par travail du sol.

Les pratiques qui ont changé

Gestion des fourrages

L'augmentation du contenu en légumineuses des fourrages est encouragée, afin d'en améliorer la qualité et la quantité, de réduire les besoins en engrais azotés et d'améliorer la croissance pendant les périodes sèches. On a enregistré à l'échelle nationale une augmentation de 48 % de plantes fourragères vivaces à prédominance de légumineuses (tableau 2). Cette tendance a été observée tant dans l'Est que dans les Prairies (+ 12 % et + 60 %).

Une baisse importante de l'utilisation des engrais azotés dans les superficies fourragères (25 %-50 % de moins) a été notée à l'échelle nationale. Dans la région de l'Est, l'utilisation de l'azote a été réduite d'environ 50 %1, tant dans les cultures fourragères vivaces qu'annuelles. Dans les Prairies, il y a eu une baisse apparente de l'utilisation d'engrais azotés dans les plantes fourragères vivaces, tandis que dans les plantes fourragères annuelles, l'utilisation de N semble avoir augmenté1. Il est probable que la réduction d'engrais azotés appliqués soit en partie attribuable à l'accroissement du contenu en légumineuses des fourrages, bien que les auteurs de l'étude nt précisé que le prix plus bas des engrais de 2005 expliquerait une partie du changement.

La gestion de l'ensilage des fourrages démontre un changement majeur entre l'utilisation de silos-couloirs et l'utilisation de balles enrobées de plastique et de silos-sacs (BESS). À l'échelle nationale, en 2005, les BESS utilisés pour tous les types de fourrages représentaient 24 %, le reste des fourrages étaient entreposés dans des silos-couloirs. Ces données contrastent avec celles de 2011, où les BESS ont été utilisés pour entreposer 64 % des cultures fourragères vivaces et 30 % des cultures annuelles. Bien que ces données n'aient pas été évaluées statistiquement, les tendances de l'Est et des Prairies reflètent l'image nationale des plantes fourragères vivaces, avec une utilisation des BESS en 2011 qui est deux fois plus élevée que la valeur combinée en 2005. En 2011, la région de l'Est a utilisé beaucoup plus de BESS pour l'ensilage des fourragères annuelles que les Prairies (36 % et 21 % respectivement).

1non vérifié statistiquement

Tableau 2. Pratiques de gestion des fourrages en 2005 et 2011.

Paramètre Est Prairies Canada
% de fourrage fertilisé avec N minéral
2005 51a 41b 44 x
2011 (vivace) 19a 19 a 20 y
2011 (annuelle) 27 a 53 b 31 y
% de fourrage vivace contenant >50 % de légumineuses
2005 49 a 32 b 34 x
2011 55 a 51 a 48 y
Par rapport à tous les fourrages ensilés, le % de balles enrobées de plastique ou dans des silos-sacs (le reste dans des silos-couloirs)
2005 18 a 21 a 24 x
2011 (vivace) 57a 46a 64 y
2011 (annuelle) 36a 21b 30 x

a,b Les valeurs dans une même ligne avec différents exposants sont statistiquement différentes.

x,y Les valeurs dans une même colonne, pour un paramètre donné, avec différents exposants sont statistiquement différentes (p<0,001)

Région des Prairies

Un plus grand nombre de personnes interrogées dans la région des Prairies a permis une analyse plus détaillée, et quelques-uns des résultats sont présentés au tableau 3. Le pâturage d'hiver était au cœur des idées vulgarisées, car il peut à la fois diminuer les coûts d'alimentation et les dépenses liées à la gestion du fumier. Le pâturage d'hiver dans les Prairies a augmenté considérablement en 2011, soit par un facteur multiplicateur de 1,8 comparativement à 2005 (soit une augmentation de 180 %). Cela montre l'adoption très rapide d'une stratégie progressive de gestion.

Le pourcentage de parcs d'engraissement avec un abri a augmenté de 43 %, tandis que le pourcentage de parcs d'engraissement sans toiture a diminué de 36 %. Cela peut impliquer que plusieurs parcs d'engraissement ont investi dans un abri couvert. Toutefois, cela pourrait aussi être dû à la réduction du nombre réel de grands parcs d'engraissement dans l'échantillon de 2011, lesquels ont tendance à utiliser des monticules et des brise-vent. Il est possible qu'une partie de l'augmentation des abris puisse refléter une plus grande utilisation des brise-vent, mais cela n'a pas été spécifié dans l'enquête.

Tableau 3. Pâturage d'hiver et abris dans les parcs d'engraissement des Prairies.

Paramètre 2005 2011
% du bétail en pâturage d'hiver 24a 67b
% de parcs d'engraissement ayant des abris 63a 90b
% de parcs d'engraissement sans toiture 88a 56b

a,b Les valeurs dans une même ligne avec différents exposants sont statistiquement différentes (p<0,001)

Pâturage d'hiver des vaches sur une base régionale

Le prolongement de la saison de pâturage a été un sujet de recherche et de vulgarisation populaire, car il donne lieu à des économies importantes. En effet, cela diminue les frais liés à la récolte des fourrages, au transport et à la manutention du fumier. Il a été démontré que cette pratique est faisable dans de nombreux endroits au Canada, mais que son utilisation semble être limitée, en raison de conditions de sol humides et d'une couverture de neige excessive. La figure 2 donne une mesure de l'adoption de cette pratique avec des vaches sur une base régionale. Le pâturage d'hiver était à un niveau élevé d'adoption (57 %) dans la région des Prairies en 2005 et a augmenté considérablement en 2011 avec 86%; cette pratique a également augmenté considérablement dans la région du Bouclier boréal. Les régions de l'Atlantique et de l'Est ont suivi cette tendance, mais le changement n'a pas été significatif. Cela montre un très haut niveau d'adoption sur une base régionale d'une stratégie qui est particulièrement bien adaptée pour les zones plus sèches de l'Ouest.

Figure 2. Rapport entre le pâturage d'hiver et le pâturage d'été chez les vaches par région.Graphique à barres montrant le rapport entre le pâturage d'hiver et le pâturage d'été des vaches dans la légende située à gauche; les années 2005 et 2011 sont indiquées dans la légende située à droite. Les lettres pour les régions A, E, BS et P sont indiquées de gauche à droite le long de la légende en bas.

Résumé

Sur une période de temps très courte (5 ans), les exploitations de bœuf du Canada ont démontré une adoption rapide de plusieurs stratégies et technologies progressives. Cela a probablement été favorisé en partie par l'épisode d'ESB en 2003 qui avait fait chuter les prix de façon drastique. L'industrie du bœuf a démontré une capacité beaucoup plus grande à adopter des technologies sur un court laps de temps, comparativement à ce qui était traditionnellement assumé.

iSheppard, S.C., S. Bittman, M. Beaulieu et M. I. Sheppard. 2009. Ecoregion and farm-size differences in feed and manure nitrogen management: 1. Survey methods and results for poultry. Revue canadienne de science animale 89: 1-19.


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