Laisser les bébés avec maman plus longtemps !

« D'accord, vous m'avez convaincu des bienfaits du vêlage au printemps et au début de l'été. Ça va vraiment bien. Cependant je ne sais pas quoi faire des veaux. Dois-je les sevrer tôt et les vendre comme veaux légers ou les laisser sous la mère ? »

J'ai eu cette conversation avec plusieurs éleveurs ces dernières années et ils sont nombreux à passer au vêlage plus tard au printemps ou au début de l'été, en mai ou en juin. Pour répondre à la question, il vaut peut-être mieux les laisser sous la mère jusqu'au début de l'hiver avant de les sevrer.

Des recherches à la New Liskeard Agricultural Research Station (NLARS) semblent indiquer que les veaux et les vaches qui broutent des pâturages de réserve tard à l'automne se débrouillent très bien, même comparés aux animaux nourris d'aliments premier âge dans un parc d'élevage. Depuis un certain nombre d'années, les chercheurs de la NLARS ont étudié les vaches taries qui broutaient des graminées de réserve. La mise en réserve des herbages est la conduite du pâturage selon laquelle on laisse une partie de l'herbe sur pied pendant une plus longue période à la fin de l'été, pour la faire brouter plus tard à l'automne. La recherche a démontré que les besoins nutritionnels des vaches taries seront comblés et qu'elles se porteront très bien en consommant des fourrages de réserve. Avec la hausse du vêlage de printemps et d'été, de nombreux éleveurs ne vont pas sevrer leurs veaux avant le début de l'hiver. Comment vont les couples vaches veaux qui paissent des graminées de réserve? Une équipe de recherche de l'Université de Guelph, sous la direction du Dr Ira Mandell1, a décidé de répondre à cette question en utilisant les vaches qui ont vêlé en été parmi le troupeau de bovins de boucherie de la NLARS. L'équipe a laissé 40 couples vaches veaux brouter pendant l'automne, et les 75 vaches qui restaient ont été mises en parc d'élevage avec de l'avoine fourragère comme aliment principal pour les vaches. Les deux groupes de veaux avaient librement accès à des aliments premier âge.

Incidence du système de gestion sur le poids corporel de la vache au cours de l'essai.

Figure 1. Incidence du système de gestion sur le poids corporel de la vache au cours de l'essai.

Le fourrage de réserve était composé à 80 % de graminées (phléole des prés, pâturin, alpiste roseau, dactyle pelotonné) et à 20 % de légumineuses (lotier corniculé, trèfle blanc hollandais et trèfle alsike). Les bovins de pâturage avaient accès à des fourrages frais grâce à une clôture électrique à multiples fils en plastique déplacée une ou deux fois par semaine, selon le sous-groupe auquel ils appartenaient. L'essai a commencé en octobre et s'est terminé au début décembre.

Une recherche précédente avait indiqué que les vaches taries en gestation ont de bons résultats avec les fourrages de réserve. Et les vaches en lactation? Dans ce cas, les vaches ont d'abord gagné du poids au pâturage, puis elles en ont graduellement perdu pendant la période de pâturage. Les vaches en lactation dans l'étable ont perdu du poids au début quand elles consommaient de l'avoine fourragère, pour en reprendre graduellement pendant le reste de l'expérience. Globalement, à la fin de l'essai (comme illustré à la Figure 1), les vaches des deux groupes ont connu la même performance. Dans les deux groupes les animaux ont perdu un poids similaire (env. 3 % de leur poids initial) et ils ont aussi perdu environ 0,40 unités de leur note d'état corporel.

Selon l'analyse nutritionnelle de l'avoine fourragère comparée aux échantillons des pâturages, l'avoine contenait moins de protéines et plus de fibres NDF et ADF que les herbages des pâturages, c'est peut-être l'une des raisons pourquoi les vaches au pâturage ont gagné initialement du poids. Cependant, à mesure qu'arrivent le temps froid et la neige, les vaches au pâturage ont commencé à perdre du poids. À cinq occasions les vaches au pâturage ont dû manger au travers de plus de 10 cm de neige. Des études précédentes avaient démontré que la profondeur de la neige peut devenir un facteur influant sur la consommation de fourrage. Le refroidissement éolien, le refroidissement nocturne et la baisse graduelle de qualité du pâturage avec le temps ont aussi contribué à la perte de poids des vaches au pâturage. Toutefois, à la fin de l'essai les changements de poids nets des groupes de vaches étaient similaires.

Les vaches et les veaux broutent au travers de la neige à la mi-novembre.

Figure 2.  Les vaches et les veaux broutent au travers de la neige à la mi-novembre.

La Figure 2 illustre les conditions auxquelles étaient soumises les bovins de pâturage au milieu de novembre. Comment s'en sont tirés les veaux ? Aucune différence n'a été notée dans le poids des veaux au début et à la fin de l'expérience entre le groupe du parc d'élevage et celui du pâturage. Curieusement, la performance des veaux était la même à l'étable ou au pâturage, avec un gain quotidien moyen d'environ 2,40 lb par jour par veau. Toutefois, les veaux du parc d'élevage ont consommé beaucoup plus d'aliments premier âge que ceux des graminées de réserve. Les chercheurs ont indiqué quelques raisons potentielles, par exemple la population de vaches qui limiterait l'accès des veaux aux mangeoires de fourrages entreposés, l'ennui, ou un réel besoin nutritionnel. La consommation accrue d'aliments premier âge par les veaux pouvait peut-être aussi expliquer en partie pourquoi les vaches du parc d'élevage avaient pris du poids dans la dernière partie de l'essai, alors que les veaux soutiraient moins d'énergie nutritionnelle de leurs mères.

E laissant les veaux au pis et au pâturage avec leur mère aussi longtemps que possible, l'éleveur peut réaliser d'importantes économies d'aliments pour animaux. La figure 2 montre des vaches et des veaux au pâturage au milieu de novembre. Ainsi, les veaux à l'étable ont consommé 83 kg (183,4 lb) d'aliments premier âge par veau, tandis que les veaux déplacés vers un pâturage frais deux fois par semaine ont mangé 16,3 kg (36,0 lb) et les veaux transférés une seule fois n'ont dévoré que 6,35 kg (14,1 lb). Si on considère un prix de 250 $ la tonne pour les aliments premier âge, les veaux à l'étable ont consommé chacun pour environ 21,00 $ d'aliments comparés aux veaux déplacés deux fois par semaine dont la valeur consommée s'élève à 4,00 $, et ceux transférés une seule fois ont mangé l'équivalent de 1,50 $ d'aliments premier âge pour la durée de l'essai. Les coûts des pâturages et de l'avoine fourragère n'ont pas été pris en compte, cependant on considère généralement les fourrages sur pied des pâturages comme une source d'aliments beaucoup plus économique que toute autre forme de fourrages moissonnés et entreposés à la machine.

Avec le vêlage de printemps la période traditionnelle de vente à l'automne ne sera peut-être pas la même. Il vaut mieux vendre les veaux au début de l'hiver ou les garder jusqu'au printemps suivant.

Les producteurs bovins qui souhaitent réduire les coûts pourraient vouloir combiner le vêlage en mai ou en juin et la mise aux pâturages de réserve à l'automne, avec le sevrage tardif, pour à la fois abaisser les coûts des aliments pour animaux et optimiser les possibilités de commercialisation.

Pour le résumé technique détaillé de cet essai, voir "Stockpiled Permanent Grass Pasture for Fall and Early Winter Grazing of Beef Cows and Calves in Northern Ontario."

1 I.B. Mandella, T.A., Hamiltonb, L. Giesena, C.P. Campbella, et J.G. Buchanan-Smitha

a Université de Guelph, b Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario


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