Blanchette et le monstre du méthane

La vache Blanchette était couchée à l'ombre du grand érable, son endroit favori pour ruminer après avoir brouté le matin. Blanchette était contente de son travail, elle savait qu'elle faisait partie de l'une des rares espèces animales capables de transformer des plantes dures, à haute teneur en cellulose comme des tiges de graminées et de maïs, en protéines de qualité qui serviront à nourrir la population humaine toujours en croissance. Elle était fière de s'allier aux millions de microbes de son rumen qui permettaient de libérer toute l'énergie emmagasinée dans les fibres des plantes. Blanchette savait que son espèce avait une contribution particulièrement importante pour les pays en voie de développement, où les carences en protéines animales dans le régime alimentaire étaient à l'origine de maladies pour des millions de gens. De temps en temps, Blanchette laissait entendre un rot discret et satisfait. C'était agréable d'être une vache!

Toutefois, le calme de Blanchette a soudain volé en éclats quand sa meilleure amie Marguerite s'installa près d'elle et lui parla d'un article de journal intitulé « L'ONU blâme les vaches pour le réchauffement climatique ». L'article citait des extraits de « Livestock's Long Shadow »1, rapport publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui affirmait que le secteur de l'élevage agricole était responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), ce qui était supérieur à la portion du secteur du transport. L'article continuait en indiquant que le bétail était responsable de 37 % de la production de méthane due aux activités humaines, dont la plus grande proportion provenait du tube digestif des ruminants. Blanchette rota à nouveau, cette fois c'était plutôt une sensation inconfortable. Soudain, être une vache ne semblait pas être une chose si agréable que ça.

Une semaine plus tard, Blanchette et Marguerite partageaient à nouveau le même endroit ombragé. Blanchette n'avait plus eu une seule bonne nuit de sommeil de la semaine. Elle faisait constamment des cauchemars où elle était hantée par le « monstre du méthane » qui pointait sur elle un doigt gris, gazeux et accusateur. Blanchette avait maintenant l'air squelettique, son pelage autrefois soyeux était devenu rêche. Elle avait épluché les médias pour en savoir plus sur la production de méthane par les vaches et le réchauffement climatique. Il lui semblait que peu importe où elle regardait, le message était négatif. Les vaches étaient blâmées comme principales contributrices au réchauffement climatique, leur production de méthane était mentionnée partout, des nouvelles nationales aux revues pour adolescents. Elle avait même lu qu'une initiative de la Communauté européenne « Moins de viande, moins de chaleur » et une autre, les lundis sans viande (Meatless Mondays) aux États-Unis. Être une vache lui semblait de plus en plus s'apparenter à quelque chose de criminel plutôt qu'avantageux pour le monde entier.

Marguerite, toujours mince et en santé, s'installa et d'un air pensif elle commença à mâcher. Blanchette demanda à son amie comment elle pouvait rester si calme alors qu'elles étaient tant blâmées pour une si grande part du réchauffement climatique. Marguerite expliqua qu'elle avait trouvé beaucoup plus de renseignements depuis qu'elle lui avait parlé la première fois. Plus précisément, elle avait lu une entrevu du Dr Frank Mitloehner, de l'University of California à Davis2. Le Dr Mitloehner, spécialiste de la qualité de l'air, avait signalé que certaines des affirmations dans le résumé du rapport de la FAO n'étaient pas exactes, particulièrement celle que le secteur de l'élevage du bétail était responsable de 18 % des CO2e (équivalents de CO2, qui comptent pour la capacité de réchauffement différente de divers gaz), et que c'était une part plus importante que le transport. Le Dr Mitloehner soulignait que le rapport de la FAO avait généré un total pour le secteur de l'élevage du bétail qui incluait non seulement les gaz émis par les animaux eux-mêmes, mais aussi par la culture des aliments pour animaux et la transformation de la viande et du lait en aliments. Ainsi, le Dr Mitloehner avait aussi précisé que les autorités supérieures s'entendent qu'aux États-Unis, l'élevage bovin et porcin pour l'alimentation ne comptait que pour environ 3 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre, alors que le transport était responsable d'environ 26 %.

Émissions à l'échelle mondiale de GES par secteur.

Figure 1. Émissions à l'échelle mondiale de GES par secteur.3

Marguerite avait tenu à lire le rapport de la FAO dans son entier et avait remarqué que le total pour le « bétail » des gaz à effet de serre incluait également ceux qui étaient le résultat de la production d'engrais azoté, de la déforestation et de la désertification du terrain! Marguerite et ses consoeurs étaient blâmées pour de nombreux facteurs qui étaient totalement hors de leur contrôle. En fait, quand Marguerite appliqua ses méthodes arithmétiques de cowgirl avec les données de la FAO, elle s'était rendu compte qu'en ne calculant que les gaz à effet de serre réellement produits par les animaux eux-mêmes (des processus digestifs et de la production de fumier), les bovins de boucherie ne comptaient que pour 4,4 % de la production de GES liée aux activités humaines. Des choses comme brûler du charbon, du mazout et du gaz naturel pour produire de la chaleur et de l'électricité, le recours à l'essence et au carburant diesel pour les voitures et les camions, étaient des facteurs de beaucoup supérieurs dans le total de la production de GES. En fait, la production d'énergie, le transport, l'industrie et la foresterie comptaient pour jusqu'à 75 % des émissions de GES liées aux activités humaines.

Blanchette et Marguerite discutent du changement climatique.

Figure 2.  Blanchette et Marguerite discutent du changement climatique. [Crédit photo : Robin Michetti Photography]4

Après cette conversation avec Marguerite, Blanchette se sentait beaucoup mieux. Elle n'était plus mal à l'aise de ses petits rots quand ses microbes digéraient les fibres. Elle pensait aux millions d'acres de terres dans le monde qui convenaient à la culture des fourrages, et aux tonnes de résidus de cultures que les humains ne pouvaient pas consommer. Elle eut aussi une pensée pour les 1,3 milliards de personnes qui travaillaient de par le monde dans l'industrie de l'élevage et aux nombreuses personnes des pays en voie de développement qui avaient de la difficulté à obtenir dans leur alimentation assez de protéines animales. Elle se dit qu'elle pouvait bien dormir ce soir-là. C'était merveilleux d'être une vache!

Références

  1. LIVESTOCK'S LONG SHADOW: environmental issues and options. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Rome, 2006. http://www.fao.org/docrep/010/a0701e/a0701e00.HTM
  2. Don't Blame Cows for Climate Change. [interview with Dr. Frank Mitloehner UC Davis News and Information. Dec 7, 2009. http://www.news.ucdavis.edu/search/news_detail.lasso?id=9336
  3. GIEC, Climate Change 2007: Synthesis Report Summary for Policymakers http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar4/syr/ar4_syr_spm.pdf [image adaptée par T. Hamilton]
  4. Robin Michetti Photography. http://www.robinmichetti.com/

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