Étude approfondie des niveaux d'inclusion de monensin dans les rations alimentaires des parcs d'engraissement

Le monensin est couramment utilisé dans les parcs d'engraissement au Canada pour stabiliser l'ingestion de matière sèche chez les bovins et améliorer la conversion alimentaire. Dans le passé, l'étiquette recommandait des taux d'inclusion allant jusqu'à 33 ppm; toutefois, depuis peu, l'Agence canadienne d'inspection des aliments a augmenté le taux d'inclusion maximal pour les bovins d'engraissement à 48 ppm. Le monensin ionophore modifie la population microbienne du rumen en changeant les acides gras à chaîne courte (AGCC) qui sont produits en prédominance par les populations microbiennes du rumen. Le changement de profil des AGCC qui en résulte favorise la production de propionate au détriment de l'acétate, ce qui entraîne une meilleure utilisation des éléments nutritifs contenus dans les aliments. Bien que de nombreuses études ont réussi à déterminer les effets du monensin aux taux d'inclusion classiques de 22 ppm ou 33 ppm, les études visant à déterminer la réponse des bovins d'engraissement à des doses plus élevées de monensin sont beaucoup moins nombreuses.

Une récente étude de l'Université de la Saskatchewan publiée dans le Journal of Animal Science a examiné de manière plus approfondie l'impact des niveaux d'inclusion de monensin sur la digestibilité dans l'ensemble du tube digestif, sur la concentration des AGCC du rumen et sur l'absorption des AGCC du rumen. Dans une expérience en carré latin, quatre génisses Hereford croisées munies d'une canule ruminale ont été nourries d'une ration de finition riche en grains (76 % d'orge-grain, 12 % d'ensilage d'orge) et ont reçu soit 0 ppm, 22 ppm, 33 ppm ou 48 ppm de monensin.

Prise alimentaire, performance et digestibilité

Tout au long de l'expérience, les poids corporels des génisses sont demeurés semblables avec les différents niveaux d'inclusion de monensin. Les prises alimentaires individuelles mesurées à la fin de chaque période d'alimentation ont révélé que les quantités d'aliments ingérées ont diminué avec l'augmentation de la concentration de monensin (tableau 1), y compris une diminution de l'ingestion de matière sèche avec le niveau d'inclusion de 48 ppm. Une diminution numérique dans la variation quotidienne de la prise d'alimentation a également été constatée, et les génisses ayant reçu 48 ppm de monensin ont démontré la plus faible variation de consommation au cours de la période d'évaluation. Ceci laisse sous-entendre que l'utilisation de monensin au taux d'inclusion le plus élevé pourrait s'avérer utile à des moments où les prises alimentaires pourraient être très variables, dans l'optique qu'une prise alimentaire variable peut augmenter les risques d'acidose ruminale et d'une mauvaise efficacité alimentaire.

La digestibilité des éléments nutritifs est un facteur important pour optimiser l'efficacité des exploitations de parcs d'engraissement et réduire la perte d'éléments nutritifs. Dans cette étude, la digestibilité dans l'ensemble du tube digestif n'a pas été touchée par le niveau d'inclusion de monensin. Cependant, la digestibilité des glucides solubles à l'éthanol (sucres simples) a augmenté de façon linéaire avec l'augmentation du niveau d'inclusion de monensin. Bien qu'on ne connaisse pas vraiment la raison pour laquelle des variations mineures surviennent dans la digestibilité des glucides solubles à l'éthanol, les niveaux d'inclusion accrus de monensin n'ont pas un impact négatif sur la digestibilité dans l'ensemble du tube digestif.

Tableau 1 : Poids corporel, prise alimentaire, pH du rumen et concentration des acides gras à chaîne courte (AGCC) chez les génisses nourries avec une ration riche en céréales et différentes concentrations de monensin.

 
Traitements alimentaires
Valeur P
0 ppm
22 ppm
33 ppm
48 ppm
Erreur-type
Linéaire
Quadratique
Poids corporel, kg
358
347
347
357
10,2
0,82
0,25
Ingestion de matière sèche, kg/j
10
10
9,3
9,1
0,35
0,012
0,37
Écart-type pour l'ingestion de matière sèche, kg/j
0,93
0,62
0,48
0,47
0,213
0,13
0,6
Digestibilité dans l'ensemble du tube digestif, %
79,4
77,3
76,3
78,8
1,62
0,60
0,17
pH moyen du rumen
5,83
6,03
5,75
5,88
0,125
0,97
0,66
Concentration totale d'AGCC du rumen, mM
132,7
128,4
133
132,2
3,88
0,93
0,51
Acétate, %
49,9
49,4
49,2
48,5
1,79
0,59
0,91
Propionate, %
31,2
31,9
33,5
35,9
3,41
0,35
0,73
Butyrate, %
14,7
13,3
13,7
12,7
1,75
0,54
0,95

pH du rumen, concentration et absorption des acides gras à chaîne courte (AGCC)

Un pH ruminal bas peut être une indication d'acidose ruminale et donner lieu à une conversion alimentaire médiocre et de mauvaises performances au cours de la dernière période d'engraissement. Le pH moyen du rumen était similaire entre tous les niveaux d'inclusion de monensin, ce qui indique que le monensin a un impact sur le pH du rumen. Les concentrations d'AGCC du rumen (acétate, butyrate et propionate) n'ont pas différé en fonction des niveaux d'inclusion de monensin. Cependant, le ratio entre l'acétate et le propionate a montré une amélioration linéaire avec l'augmentation des niveaux d'inclusion de monensin (figure 1). Cela indique que les nouveaux niveaux d'inclusion de monensin supérieurs correspondent aux impacts connus sur la fermentation ruminale et peuvent présenter une efficacité alimentaire améliorée, mais cela doit être vérifié avec des expériences supplémentaires.

Ratio entre l'acétate et le propionate dans le rumen chez les génisses ayant reçu différentes concentrations de monensin.

Figure 1: Ratio entre l'acétate et le propionate dans le rumen chez les génisses ayant reçu différentes concentrations de monensin.

Texte

Un aspect qui reste indéterminé est comment le monensin influence l'absorption des AGCC dans le rumen. Cette question est importante, car les AGCC sont la principale source d'énergie pour les bovins de boucherie. Chez les bovins, l'absorption des acides gras à chaîne courte peut être mesurée à l'aide d'une canule ruminale utilisée selon la technique du rumen lavé. Pour cette technique, le rumen est vidé de tous ses digestats puis lavé, et l'ouverture de l'œsophage et de l'omasum est temporairement bloquée. Ensuite, on introduit dans le rumen une solution chaude avec des concentrations connues d'AGCC en mélange continu. La solution est échantillonnée de temps à autre pour déterminer l'élimination des AGCC de la solution, ce qui équivaut à l'absorption des AGCC dans le rumen (figure 2). Le taux d'absorption des AGCC (acétate, butyrate et propionate) n'a pas différé selon les niveaux d'inclusion de monensin (figure 3), ce qui indique que l'absorption des AGCC n'a pas été significativement affectée par la concentration de monensin.

Technique du rumen lavé et temporairement isolé pour mesurer l'absorption des acides gras à chaîne courte (AGCC) dans le rumen.

Figure 2. Technique du rumen lavé et temporairement isolé pour mesurer l'absorption des acides gras à chaîne courte (AGCC) dans le rumen.

Texte

Absorption dans le rumen, tel que déterminé par l'utilisation de la technique du rumen lavé chez les génisses ayant reçu différentes concentrations de monensin.

Figure 3 : Absorption dans le rumen, tel que déterminé par l'utilisation de la technique du rumen lavé chez les génisses ayant reçu différentes concentrations de monensin.

Texte

Devriez-vous considérer l'utilisation du taux accru de monensin de 48 ppm?

Comme il y a très peu d'impacts négatifs sur l'animal quant à l'utilisation du nouveau taux d'inclusion de 48 ppm, la décision d'augmenter le taux d'inclusion de monensin à 48 ppm dans la ration peut s'avérer une décision économique, et ces nouveaux niveaux d'inclusion pourraient donner lieu à un rendement positif de l'investissement dans les parcs d'engraissement commerciaux. Comme l'étude a été réalisée sur un petit nombre d'animaux, il n'a pas été possible d'évaluer les performances de croissance générales, ni les mesures d'efficacité alimentaire aux taux d'inclusion plus élevés. Toutefois, si le coût du monensin se situe environ à 6 cents par jour avec 33 ppm, une augmentation au taux de 48 ppm coûtera environ 8,75 cents par jour. Si le coût des aliments se chiffre à 1,6 $ par kg de gain/jour, une amélioration approximative de 2 % de la conversion alimentaire sera nécessaire pour atteindre le seuil de rentabilité. En outre, si on tient compte des baisses observées de la prise d'alimentation et de la réduction possible de la variation de la prise d'alimentation, l'inclusion de 48 ppm de monensin peut aider à normaliser la prise d'alimentation, ce qui peut avoir un impact positif sur la santé du rumen.


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