Améliorer l'efficience du programme d'alimentation des bovins d'engraissement

La recherche de moyens pour améliorer l'efficience de la production à la ferme est importante pour accroître le bénéfice net d'une exploitation. Des marges de profit serrées signalent souvent la nécessité d'évaluer les améliorations qui peuvent être apportées à la ferme. Puisque l'alimentation animale constitue une part importante du coût des intrants d'un parc d'engraissement, il est logique d'examiner les stratégies d'alimentation afin de dresser un bilan des points permettant d'améliorer l'efficience de l'exploitation.

La mesure de l'indice de consommation est la méthode la plus courante d'évaluer l'efficience alimentaire. Souvent lorsqu'on discute de ce sujet, on a tendance à traiter surtout de ce qui contribue à améliorer l'efficience alimentaire dans les rations ainsi que des attributs génétiques des bovins qui ont un effet sur la conversion des aliments en gains de poids. Les propriétés des rations sont très importantes, et portent entre autres sur leur composition (ingrédients), la transformation du grain, les additifs et les stimulateurs de croissance.

Le présent article porte sur certains points pratiques de l'alimentation des bovins qui sont souvent négligés lorsqu'on aborde la question de l'amélioration de l'indice de consommation d'un programme d'alimentation animale. Il s'agit d'aspects qui ne devraient pas être sous-estimés lorsqu'on tente d'améliorer la productivité en vue d'augmenter la rentabilité d'une exploitation.

Évaluation des méthodes de conservation des fourrages

Selon les pratiques de conservation utilisées, la détérioration des fourrages peut être importante avant même que les fourrages se retrouvent dans la mangeoire. Pour tout type de fourrage entreposé, la présence d'oxygène peut entraîner la décomposition de l'ensilage par des organismes aérobies, causant ainsi des pertes de matière sèche. Dans un silo-couloir, l'altération peut être causée causé par un faible tassement, un recouvrement insuffisant de l'ensilage en tas, une exposition à l'oxygène ou un suintement d'eau sur les murs, ou encore par un mauvais entretien de la surface en face du. Un tassement permettant d'obtenir une densité apparente d'au moins 45 lb à la distribution/pied cube réduit l'exposition des fourrages à l'oxygène. IL est important de recourir à de bonnes pratiques pour retirer les fourrages d'un silo-couloir ou d'un silo-tour afin de réduire les pertes en matière sèche. Les taux de retrait recommandés sont de 4 po/jour en été et de 3 po/jour en hiver. Ces taux doivent être équilibrés afin qu'il soit possible de retirer juste assez de fourrages pour répondre aux besoins d'alimentation du bétail, étant donné que les pertes de matière sèche se produisent lorsque l'ensilage est exposé à l'oxygène. Une surface perturbée ou rude peut causer des pertes de matière sèche de l'ordre de 1 à 3 %.

Bien que les fourrages secs ne se détériorent pas aussi facilement, l'exposition aux éléments peut entraîner des pertes. L'entreposage des ingrédients utilisés pour l'alimentation animale dans des bacs, des hangars, des sacs, etc., contribue à réduire leur exposition à l'humidité et prévient leur détérioration et les pertes. On doit aussi protéger ces ingrédients des rongeurs et des dommages causés par la faune. Tous les ingrédients peuvent aussi réduire de volume lorsque les camions qui les transportent sont trop remplis et que des particules s'envolent au vent. Des abris protecteurs et des recouvrements placés sur les convoyeurs et sur les aires de chargement peuvent prévenir ce type de pertes.

Analyse des aliments destinés au bétail

Il peut s'avérer coûteux de présumer de la valeur nutritive des aliments que l'on prévoit servir au bétail, car on risque de leur en donner trop ou pas assez. On obtient une ration plus équilibrée et mieux adaptée si l'on consulte un conseiller en alimentation animale en mesure de faire analyser les ingrédients cultivés à la ferme ou achetés à l'extérieur. La technique récente de spectroscopie dans l'infrarouge proche (SPIR) a contribué à réduire les coûts des analyses de fourrages. Par ailleurs, les ingrédients achetés peuvent être assortis d'un certificat d'analyse ou d'analyse garantie, ce qui peut aider à réduire les coûts d'analyse. Le faible investissement requis dans l'analyse des fourrages peut faire épargner des milliers de dollars grâce à l'obtention de rations équilibrées plus précises au cours de la période d'alimentation.

Uniformité des mélanges

L'objectif d'une ration totale mélangée (RTM) est de favoriser l'uniformité du mélange d'ingrédients afin que chaque bouchée soit semblable. Une ration uniforme peut aider à améliorer l'efficience alimentaire et réduire les troubles digestifs. Un test du mélangeur permet aussi de vérifier si le mélange se fait uniformément. Ce test se fait habituellement en prélevant un ensemble d'échantillons (environ 10 échantillons) à intervalles égaux dans la mangeoire, tout de suite après la distribution des aliments ou directement à l'endroit où les fourrages sont livrés lorsque le camion ou le mélangeur est vidé. Un substrat (souvent un minéral) est analysé pour tous les échantillons afin d'établir à quel point le mélange est homogène ou uniforme. Les résultats d'analyse peuvent être utilisés pour calculer le coefficient de variation et établir si le mélange est adéquat. Les tests du mélangeur doivent être effectués régulièrement afin d'assurer l'uniformité de la ration, mais particulièrement quand des changements importants sont apportés à cette dernière, ou après des rajustements au matériel ou l'installation d'un nouvel équipement. Le test doit refléter les pratiques courantes utilisées pour les mélanges (heure du mélange, ordre d'ajout des ingrédients à la RTM, taille du lot, etc.).

Gestion des mangeoires

Une mauvaise gestion des mangeoires peut provoquer des troubles digestifs, une absorption irrégulière de matière sèche et une performance médiocre. On estime qu'une mauvaise gestion des mangeoires peut réduire de 10 à 15% l'ingestion de matière sèche et le gain moyen quotidien. Les exploitants avisés de parcs d'engraissement portent attention au comportement des bovins à la mangeoire en modifiant les rations quotidiennement et en prenant les mesures qui s'imposent si des problèmes de santé ou de performance se manifestent. Des chercheurs de l'Université de l'État du Dakota Sud ont mis au point un système d'évaluation des mangeoires en quatre points qui aide les exploitants de parcs d'engraissement à surveiller constamment et objectivement la prise de nourriture (tableau 1).

Tableau 1. Système d'évaluation des mangeoires en quatre points

Note
Description
0
Aucun reste d'aliment.
½
Quelques restes d'aliment épars; la plus grande partie du fond de la mangeoire est exposée.
1
Mince couche uniforme de restes d'aliment (d'une épaisseur d'environ un grain de maïs).
2
25 à 50 % des aliments restent dans la mangeoire.
3
Plus que 50 % des aliments restent dans la mangeoire; la surface des aliments entièrement remuée.
4
Aliments habituellement non touchés. La surface de la ration précédente demeure visible.

Adapté de R. Pritchard, Université de l'État du Dakota Sud.

Ce système d'évaluation aide les exploitants à estimer l'ingestion réelle de matière sèche plutôt que de se fier uniquement aux registres de distribution. Le fait de consigner ces données et de les représenter graphiquement leur permet de constater visuellement les tendances en matière d'ingestion de matière sèche durant une période d'alimentation. Bien que la gestion des mangeoires diffère selon les exploitations (p. ex. alimentation rationnée ou à volonté), la constance et la vigilance de la surveillance demeurent indispensables. Cette constance est notamment importante en ce qui concerne les aspects suivants :

  • Le moment des repas (pour de meilleurs résultats, servir les repas dans les 15 minutes qui précèdent ou suivent l'heure normale des repas quotidiens).
  • La détermination de la quantité des rations par enclos avant la première distribution d'aliments.
  • Le personnel qui détermine les quantités des rations par enclos.
  • L'ordre des ingrédients ajoutés au mélange et la durée du mélange.

Puisque le pH ruminal dépend du taux de digestion des aliments, la gestion des mangeoires doit tenir compte des facteurs qui ont un effet sur le pH ruminal, comme le ratio fourrages : concentré, la source des grains, les méthodes de transformation et la fréquence des repas.

Analyse des fèces

L'analyse des fèces est un autre moyen d'évaluer le programme d'alimentation de l'exploitation. La surveillance de la digestion de l'amidon chez les bovins d'engraissement représente un aspect important de l'évaluation de l'efficacité de l'utilisation des aliments, de la gestion des coûts des intrants et constitue un moyen d'acquérir une meilleure compréhension de la performance et de la santé du troupeau. Une analyse de l'amidon fécal est en effet utile pour évaluer la digestion de l'amidon puisque l'amidon fécal représente la portion non digérée de l'amidon contenu dans la ration, laquelle est en fait une portion non utilisée qui représente par conséquent un coût direct pour l'exploitant. Des chercheurs ont constaté qu'une augmentation de l'amidon fécal d'un pour cent entraînait une baisse de l'énergie nette de 0,162 Mcal des grains céréaliers assurant les besoins d'entretien. Par conséquent, l'analyse de l'amidon fécal fournit des renseignements importants sur l'efficience alimentaire. Un examen de ce qui pourrait améliorer cette dernière devrait donc être entrepris en présence de valeurs élevées d'amidon non digéré.

L'évaluation des concentrations d'amidon fécal peut être utilisée à titre d'indicateur de l'effet du traitement des grains sur la digestion de l'amidon dans l'ensemble du tractus digestif lorsque les grains céréaliers constituent la principale ou l'unique source d'amidon dans la ration. La plupart des laboratoires commerciaux offrent des services d'analyse de l'amidon fécal, soit par le procédé SPIR (spectroscopie de réflectance dans le proche infrarouge) ou par chimie humide. Idéalement, les concentrations d'amidon fécal devraient être aussi faibles que possible, mais une concentration supérieure à 13 % indique que des modifications sont requises pour améliorer l'indice de conversion alimentaire.

Réduction du stress environnemental

L'exposition aux diverses composantes de l'environnement peut réduire la performance du bétail et accroître ses besoins en énergie ainsi que la demande en matière sèche. L'entretien des enclos et le raclage des allées contribuent à minimiser les pertes d'énergie qui se produisent lorsque les bovins déambulent dans d'épaisses couches de fumier (ou dans la boue dans le cas des enclos extérieurs). De plus, la réduction des obstacles pour atteindre la mangeoire (comme les épaisses couches de fumier ou la boue) favorise l'ingestion alimentaire.

Tenue de dossiers

Finalement, on ne peut que trop insister sur l'importance et l'utilité de la tenue de dossiers pour aider à comprendre l'origine du manque d'efficience et trouver les moyens d'accroître la rentabilité de l'exploitation. Ce constat s'applique à l'ensemble des variables en matière de production et de finances dans tous les types d'entreprises. La tenue de dossier est indispensable à tout programme de certification, mais elle est également nécessaire pour réussir une planification rigoureuse, comparer les résultats et prendre de bonnes décisions concernant le parc d'engraissement.

Conclusions

Bien que chaque type d'aliment pour animaux comporte des exigences particulières, plusieurs pratiques peuvent contribuer à améliorer les marges de profit associées à l'alimentation à la ferme. Ces pratiques peuvent être adoptées dans tout parc d'engraissement. La réduction du gaspillage, l'analyse des fourrages et d'échantillons fécaux pour mieux équilibrer la ration, la gestion des mangeoires, la réduction du stress d'origine environnemental et une tenue rigoureuse de dossier sont des exemples de pratiques à utiliser pour améliorer les marges en alimentation animale.

Références

Clark, Holmes, et Musk, Feedout Losses from Forage Storage Systems, dans Focus on Forage, Vol 4 : no 7, 2008.
Lundy, E., Loy, D. et Dahlke, G., Iowa Beef Center : Feed Bunk Management, Iowa State University Extension and Outreach, 2015.
Stanford, K., Swift, M., McAllister, T., Gibb, D., Fine tuning fecal starch can cut your feed bill, Beef Cattle Research Council, 2015. Consulté le 27 avril 2020.


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