Résultats des recherches sur les systèmes de gestion des troupeaux de bovins

L'industrie des vaches-veaux en Ontario est caractérisée par une combinaison unique de variations et de traditions. On retrouve une grande variété dans les races, les producteurs et la grosseur des exploitations. Il est donc peu surprenant que l'on retrouve également beaucoup de diversité et d'innovation en ce qui concerne l'organisation des systèmes d'élevage et de production de veaux. Les traditions sont aussi bien ancrées dans l'évolution de l'exploitation de vaches de boucherie. On a commencé avec la ferme mixte où quelques vaches à aptitudes mixtes dans l'étable fournissaient à la fois du lait et de la viande. Avec seulement quelques têtes de bétail à garder, le vêlage à l'étable était une stratégie efficace. Chaque naissance était un événement à célébrer et on pouvait facilement garder les enclos propres. Mais le vêlage et la gestion intensive à l'étable commencèrent à disparaître avec l'avènement des fermes spécialisées et la concentration accrue des animaux. La diarrhée du veau devint un problème courant de la saison de vêlage.

Des recherches ont été effectuées sur diverses options de vêlage à la station de recherche de New Liskeard de l'université de Guelph entre 1997 et 2004. On voulait comparer le rendement des animaux, le coût de production et le rendement de la main-d'œuvre de deux systèmes de gestion très différents. Le groupe conventionnel a été élevé pour vêler entre la mi-février et la mi-avril avec un accès à des étables aérées naturellement pendant l'hiver, le vêlage se faisant dans des enclos spéciaux non chauffés à l'intérieur. Le groupe de comparaison passait l'hiver de façon similaire mais était élevé pour vêler en juin et juillet lorsqu'il était au pâturage. Pour créer les groupes, le troupeau existant a été divisé en deux sous-groupes comparables ayant des caractéristiques génétiques et des structures d'âge similaires. Chaque année, les mêmes géniteurs ont été utilisés dans les deux groupes pour s'assurer que les différences observées étaient dues au système de gestion et non pas aux caractéristiques génétiques des animaux. D'autres expériences réalisées avec le troupeau pendant cette même période, comme la synchronisation de l'œstrus, ont été reproduites dans les deux groupes. Ces deux groupes suivaient le même protocole de santé et les mêmes critères de réforme.

Paires de vache-veau en pâturage
Figure 1 : Paires de vache-veau en pâturage

Un résumé quinquennal des résultats a montré des différences importantes entre les systèmes. Les veaux nés en pâturage avaient généralement beaucoup moins besoin d'aide pendant le vêlage (tableau 1). En fait, les génisses nées dans l'étable avaient un taux d'aide qui était de plus de trois fois supérieur à celui des veaux nés à l'extérieur tandis que les vaches donnant naissance dans l'étable avaient un taux d'aide qui était de cinq fois supérieur à celui des vaches en pâturage. Ceci est probablement dû en partie au poids plus faible à la naissance observé chez les veaux nés en été (en moyenne six livres de moins que les veaux nés en hiver). Un autre facteur pourrait être l'emplacement des enclos qui facilitait l'observation des vaches pendant le vêlage bien que les vaches en pâturage étaient également vérifiées au moins deux fois par jour.

Le groupe de veaux dans l'étable a également connu un taux d'intervention beaucoup plus élevé pour des questions de santé, comme la présentation manuelle du colostrum aux animaux et le traitement à l'aide de produits contre la diarrhée (tableau 2). Ces interventions entraînent des dépenses et du travail supplémentaires. Le taux de survie des veaux était le même pour les vaches adultes dans les deux groupes mais les génisses en pâturage avaient un taux de sevrage beaucoup plus élevé (92 %) que celles dans l'étable (80 %). Pour ce calcul, le taux de sevrage était défini comme le nombre de veaux sevrés divisé par le nombre de femelles enceintes provenant de la saison précédente. Ce chiffre comprenait donc les veaux avortés, mort-nés, morts peu après la naissance et tout autre veau mourant entre sa naissance et son sevrage.

Les veaux nés en pâturage sont plus en santé
Figure 2 : Les veaux nés en pâturage sont plus en santé.

Il est plus dispendieux de donner naissance à des veaux dans l'étable (tableau 3). Environ 30 % de litière de plus a été utilisée chaque année pour le vêlage dans l'étable pour les enclos servant au vêlage et à la période après le vêlage. De plus, une plus grosse main-d'œuvre a été requise pour gérer le système de vêlage dans l'étable. Le coût moyen de traitement par veau était beaucoup plus élevé pour le groupe dans l'étable que pour le groupe en pâturage.

Le coût de l'élevage des veaux était plus élevé pour le groupe conventionnel (dans l'étable) que pour le groupe en pâturage (tableau 3). Il en coûtait environ 47 $ de plus par vache donnant naissance en hiver par rapport à celle vêlant en été. Lorsque les coûts ont été déduits des revenus dans chaque système, le groupe en pâturage était clairement gagnant. La marge nette pour le groupe en pâturage était 113 $ par vache exposée à la reproduction, un montant de 45 % supérieur à 78 $ par vache pour le groupe conventionnel. Le système de vêlage estival était nettement gagnant pour ce qui est de la rentabilité.

Les résultats de la recherche ci-dessus étaient basés sur une comparaison de troupeaux de la même taille mais ils peuvent également être extrapolés au niveau de la ferme en se fondant sur une analyse des facteurs qui limitent la taille des troupeaux. Plusieurs problèmes ont été identifiés comme limitant la taille du troupeau sur les fermes et, par conséquent, la rentabilité globale des entreprises d'élevage-naissage. Un des facteurs porte sur le moment de la naissance. Avec des vaches gérées intensivement, des vérifications pendant la nuit des vaches prêtes à mettre bas et le nombre de veaux qui ont besoin d'aide pendant le vêlage et de traitement peuvent poser des contraintes. Il s'agit du moment de l'année le plus stressant dans les troupeaux de vaches de boucherie et le besoin de main-d'œuvre ainsi que le niveau de stress augmentent avec le nombre de vaches enceintes. Un autre facteur pouvant poser des contraintes est la valeur des dépenses en capital dans les installations de vêlage nécessaires pour les naissances en hiver et au début du printemps. Si le nombre d'animaux dans le troupeau augmente sans élargir les installations requises, les risques d'une flambée de cas de diarrhée augmentent.

Selon les résultats de cette recherche, les calculs théoriques prédisaient que pour une quantité de main-d'œuvre donnée, 25 % plus de vaches pourraient être gardées avec un système de vêlage en pâturage comparativement au système de vêlage dans l'étable. Un plus grand nombre de vaches se traduit par un profit total plus gros pour chaque exploitation agricole. Selon ces projections, la marge nette de l'entreprise augmenterait d'environ 80 % si la taille du troupeau pouvait passer de 80 à 100 têtes lorsque l'on convertit du vêlage dans l'étable au vêlage en pâturage. Le fait d'établir ou d'accroître la taille d'un troupeau pour avoir 200 vaches ou plus est un gros défi avec un système de gestion traditionnel basé sur le vêlage dans l'étable en hiver ou au début du printemps. L'adoption d'un système de gestion plus intensif avec le vêlage en pâturage à la fin du printemps et pendant l'été pourrait être une option viable et rentable.

Tableau 1 : Caractéristiques de vêlage des groupes saisoniers.
Caractéristiques Hiver Été Probabilité
Poids à la naissance (lbs)1 105,6 99,5 P<0,05
Facilité de vêlage2 1,4 1,1 P<0,05
% de vêlage assisté      
Génisses 63 17 P<0,05
Vaches 18 3 P<0,05
1 Redressé pour tenir compte de l'âge de la mère, du sexe du veau et du type de naissance
2 Échelle de 1 à 4, 1=non assisté, 2=tirage facile, 3=tirage difficile, 4=intervention chirurgicale

 

Tableau 2 : Caractéristiques concernant la santé et la gestion des groupes saisonniers.
Rubrique Hiver Été Probabilité
Taux d'intervention (%) 33 14 P<0,05
Traitements par veau 2,8 0,6 P<0,05
Taux de sevrage1(%)      
Génisses 80 92,2 P<0,05
Vaches 96,3 92,7 s.o.
1 Taux de sevrage = nombre de vaches sevrant des veaux / nombre de vaches enceintes gardées x 100

Tableau 3: Certains coûts variables par vache gardée, par groups saisonnier ($)
Rubrique Hiver Été
Main-d'oeuvre pendant la saison de vêlage1 41 30
Médicaments pour les veaux 4,21 1,28
Pâturage 68 74
Aliments entreposés 294 293
Litière ($/vache) 48 37
Installations (dépréc.) 67 40
Total 522,21 475,28
1 Main-d'oeuvre pour les vérifications dans les enclos/au pâturage, entretien des enclos de vêlage, transformation et traitement des veaux.

 

Tableau 4 : Marge nette par vache exposée, par groupe de gestion ($)
Rubrique Hiver Été
Revenus 611 592
Coûts 533 479
Marge nette 78 113

 


Auteur : Tom Hamilton - Chef de programme - Système d'élevage de bovins de boucherie/MAAARO
Date de création : 29 novembre 2007
Dernière révision : 29 novembre 2007

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