Quelle est la meilleure façon de tarir les vaches?

Les objectifs de base d'un bon programme de tarissement sont les mêmes pour toutes les vaches - il devrait réduire les risques de mammite et assurer le confort des vaches

Une des questions les plus fréquemment posées par les producteurs à tous les séminaires portant sur la mammite est quelle est la meilleure façon de tarir une vache. Les producteurs veulent toujours savoir si les vaches doivent être taries brusquement, comme recommandé dans le passé par les chercheurs, ou plus graduellement, comme c'est souvent le cas dans de nombreuses fermes de l'Ontario. Déterminer la méthode de tarissement qui fonctionne le mieux sur une ferme n'est pas facile, car de nombreux autres facteurs peuvent avoir une incidence sur le taux de mammite chez les vaches en début de lactation. Une étude contrôlée pourrait aider à déterminer les caractéristiques importantes de la méthode de tarissement.

Effet du moment de la fermeture des trayons

Des informations récentes soulignent l'importance de réduire la production de lait avant le tarissement. Dans une étude portant sur 300 vaches réparties dans cinq troupeaux, des chercheurs de Guelph ont découvert que la fermeture rapide des trayons réduisait fortement la probabilité de nouvelles infections mammaires pendant la période sèche. La variabilité du taux de fermeture des trayons d'une vache à l'autre était étonnante. En examinant l'extrémité des trayons de ces vaches chaque semaine pendant les six semaines suivant le tarissement, les chercheurs ont constaté que plus de 50 % des extrémités des trayons étaient fermées au cours de la première semaine, mais près de 25 % sont restées ouvertes jusqu'à six semaines après le tarissement. Le niveau de production de lait avant le tarissement était le facteur le plus important qui influait sur la vitesse de fermeture des trayons. La fermeture des trayons était plus rapide chez les vaches avec une faible production. Chez les vaches produisant moins de 21 kilogrammes de lait par jour, 70 % des trayons s'étaient refermés la première semaine. Dans le cas des vaches ayant une production de lait élevée, seulement 43 % des trayons s'étaient refermés durant cette même période.

Si on tient compte de l'impact de la production de lait sur la fermeture des trayons, cette recherche expose clairement le lien entre l'importance de diminuer la production de lait pour réduire les nouvelles infections mammaires.

On peut facilement réduire la production de lait en apportant des changements au régime alimentaire. La recherche et l'expérience pratique ont démontré qu'il est possible de réduire la production de lait avant le tarissement, soit en diminuant la consommation de matière sèche de la vache ou la densité énergétique de la ration.

Les changements dans la fréquence des traites avant le tarissement sont un autre moyen de réduire la production de lait, mais elle peut avoir un impact sur la mammite. Dans une étude menée en Ohio sur 285 vaches réparties dans cinq troupeaux, on a comparé les taux de mammite de vaches traites deux ou trois fois par jour jusqu'à la fin de la lactation et de vaches traites une fois par jour pendant les sept jours avant le tarissement. Dans le cas où les vaches étaient traites une fois par jour, la production de lait a diminué d'environ 30 %, de sorte que les vaches produisaient environ 13 kg au tarissement comparativement à 18 kg pour le groupe à traite continue. Pour les vaches qui étaient à leur première lactation, le tarissement progressif a réduit de 3,5 fois le taux de mammite au cours de la lactation subséquente, tandis que chez les vaches multipares, le taux de mammite a augmenté de 2,8 fois. Il semble que l'avantage de réduire la production de lait chez les vaches plus âgées soit masqué par d'autres facteurs causant la mammite propres à ce groupe. La méthode de tarissement ne revêt peut-être pas autant d'importance si d'autres risques de mammite sont présents dans un troupeau.

Déterminer la production optimale de lait

Pour donner suite à la première étude, les chercheurs ont mené une deuxième étude qui vient d'être publiée. Cette fois, les chercheurs ont étudié 428 vaches taries réparties dans huit troupeaux. Les niveaux de production avant le tarissement ont eu un impact important sur la mammite au cours de la lactation subséquente. Le taux de mammite était plus élevé chez les fortes productrices. La méthode de tarissement n'a pas eu d'impact sur la mammite dans le troupeau, toutefois l'impact de la méthode de tarissement a varié dans les huit troupeaux. Dans certains troupeaux, la méthode de tarissement était liée à des mammites plus nombreuses, alors que dans d'autres troupeaux, elle ne l'était pas.

L'étude a démontré que le même programme de tarissement ne peut être recommandé pour tous les troupeaux. La combinaison des résultats des deux études a permis aux chercheurs de l'Ohio de suggérer que, pour être efficace, la méthode de tarissement devrait peut-être varier en fonction du troupeau et, peut-être, selon des groupes de vaches dans le troupeau. Des travaux additionnels sont nécessaires pour identifier les différences dans les risques de mammite d'un troupeau à l'autre, afin de déterminer la meilleure méthode de tarissement, brusque ou progressive, dans une situation donnée.

Des recherches sont toujours en cours pour déterminer le niveau optimal de production à cibler au tarissement pour réduire la mammite. Les chercheurs de Guelph ont démontré que, chez les vaches produisant moins de 21 kg de lait, les extrémités des trayons s'étaient refermées plus rapidement et que la mammite était réduite. Les chercheurs de l'Ohio ont trouvé qu'un abaissement de la production de lait à environ 13 kg avait principalement réduit la mammite chez les vaches de première lactation, mais pas chez les vaches plus âgées. Dans des travaux de recherche menés en Colombie-Britannique, les vaches produisant environ 24 kg de lait avant le tarissement ont vu leur production chuter à 14 kg et à 10,4 kg selon qu'elles appartenaient au groupe à tarissement brusque ou graduel. Parmi les vaches du groupe à tarissement brusque, environ trois fois plus de vaches ont eu des écoulements de lait dans les deux jours qui ont suivi la dernière traite. Étant donné que la production de lait est très variable, il est très difficile de déterminer un volume de lait qui fonctionne pour toutes les situations. Malgré cela, il a été démontré qu'une production de lait réduite avant le tarissement offre une protection contre la mammite lors de la prochaine lactation. Trouver la meilleure façon de réduire la production de lait avant la dernière traite constitue une bonne stratégie à l'échelle du troupeau pour abaisser les risques de mammites.

Autres avantages

La mammite n'est pas la seule conséquence à un programme de tarissement. L'inconfort de la vache doit aussi être pris en considération. Pour déterminer l'inconfort des vaches au tarissement, des chercheurs néo-zélandais ont étudié des vaches traites une ou deux fois par jour et ayant consommé une ration régulière ou une alimentation restreinte. Toutes les vaches de cette étude avaient produit moins de 10 kg de lait le dernier jour de traite avant le tarissement. Aucun changement de comportement n'a été noté chez les vaches traites une fois ou deux fois par jour.

La baisse de production était plus facile à réaliser en limitant la consommation de matière sèche à 8 kg au lieu de 16 kg plutôt qu'en réduisant la fréquence des traites. Les vaches ayant reçu leur ration complète avant le tarissement étaient couchées en position latérale plus souvent, mais n'ont montré aucun autre signe de positionnement ou de changements dans la durée en position couchée pouvant démontrer qu'elles étaient inconfortables. Les vaches dont l'alimentation était limitée ont vocalisé davantage, suggérant qu'elles avaient faim. Les auteurs suggèrent que les restrictions alimentaires en elles-mêmes réduisent efficacement la production de lait, mais qu'il pourrait être préférable de servir sans restriction une ration alimentaire de faible qualité et moins énergétique pour réduire la production de lait et atténuer l'effet de la faim.

Tarir les vaches de réforme

Bien que de nombreuses recherches ont été réalisées et continuent d'être réalisées sur les meilleures façons de tarir les vaches en fin de lactation, peu de travail a été fait sur les meilleures façons de tarir les vaches qui quittent le troupeau sans avoir terminé leur lactation. Les vaches sont éliminées du troupeau à diverses périodes de la lactation et pour diverses raisons. Parfois, l'élimination est due à une faible production, mais peut également être due à des problèmes de santé, comme la boiterie, la mammite, des blessures ou des problèmes de reproduction. Ces réformes peuvent survenir à une période autre qu'à la fin de la lactation, époque où la production de lait est plus élevée. La réforme implique souvent que la vache est transportée aux enchères pour être vendue. Les vaches laitières peuvent demeurer dans les enchères à bestiaux ou les aires d'attente pendant de longues périodes et peuvent être transportées pendant plusieurs jours avant d'atteindre leur destination finale. La plupart des vaches vendues dans les principales enchères de l'Ontario sont exportées vers les États-Unis. Au cours des cinq dernières années, plus de 200 000 vaches ont traversé la frontière chaque année pour se retrouver dans les abattoirs d'états comme la Pennsylvanie et le Wisconsin. Une fois qu'elles quittent la ferme, les vaches ne sont plus traites. Celles avec un gros pis sont plus susceptibles de subir des lésions au pis et aux trayons, ou des mammites, pendant le transport ou dans les enclos de groupe. Préparer les vaches en vue de ces déplacements devrait faire partie de la gestion courante de la vache. Ces vaches pourraient bénéficier d'un programme de tarissement stratégique.

La plupart des producteurs savent si une vache en particulier figure en haut de la liste de réforme du troupeau, et peuvent avoir une idée du moment de son départ et de sa destination. Quelques producteurs déclarent avoir séparé les vaches de réforme sept jours avant la date de leur départ. Ensuite, selon le niveau de production d'une vache, le producteur réduira la fréquence des traites ou cessera de la traire, et lui servira principalement du foin sec avant le transport.

Les producteurs sont parfois préoccupés par le tarissement des vaches de réforme, du fait qu'il pourrait déclencher une flambée de mammites et rendre ces vaches inaptes au transport ou à l'abattage. Il n'y a pas de recherche traitant directement de cette question, cependant, la recherche sur les procédures normales de tarissement peut aider. Dans les études portant sur les programmes de tarissement, les vaches ont été taries à divers niveaux de production de lait, dont plusieurs avaient des infections mammaires préexistantes, mais sans cas de mammite clinique rapporté. Dans l'étude néo-zélandaise, les vaches étaient plus susceptibles d'avoir des infections mammaires subcliniques si elles étaient alimentées au taux le plus élevé. Ces infections étaient presque toutes des streptocoques environnementaux. Les nouvelles infections mammaires n'ont pas augmenté chez ces vaches à la suite d'une fréquence réduite des traites. Dans la recherche de l'Ohio, aucune différence dans la mammite n'a été observée avec des changements dans la fréquence de traite. La recherche de Guelph a démontré l'importance de réduire la production de lait pour faciliter la fermeture des trayons. Il semble raisonnable de supposer que la réduction de la production de lait protège de la mammite autant les vaches de réforme que les vaches taries à la fin de leur lactation. Une modification dans la fréquence de traite n'entraîne pas une recrudescence des infections existantes. D'autres recherches pourraient être utiles, mais pour l'instant, il semble que la réduction de la production de lait des vaches destinées à l'abattage par la modification de leurs rations s'avère une bonne recommandation, et tant que les extrémités des trayons sont propres, les risques d'infection n'augmenteront pas lors de la diminution de la fréquence de traite.

Le volet bien-être des animaux de proAction exige que les producteurs disposent de procédures normalisées pour éliminer les vaches de leur troupeau. Bien que les deux pratiques qui suivent ne soient pas des éléments requis de proAction, il semble raisonnable de les inclure dans les procédures normalisées : réduire la densité énergétique des aliments et la fréquence de traite à partir du septième jour avant l'élimination des vaches du troupeau. D'autres recherches sur les protocoles de tarissement des vaches de réforme seraient aussi une bonne idée.

Réduire l'alimentation et les traites peut réduire les risques de mammite

Les objectifs de base d'un bon programme de tarissement sont les mêmes pour toutes les vaches. Un programme de tarissement devrait réduire les risques de mammite et assurer le confort des vaches pendant la période de transition qui les mène au tarissement. Cette étape les prépare en vue de la prochaine lactation, ou atténue l'inconfort et les risques des vaches qui quittent le troupeau. La réduction de la densité nutritive des rations, tout en maintenant le volume d'alimentation, est la meilleure façon de réduire la production de lait. Réduire la fréquence de traite peut soulager l'inconfort, bien que de plus amples renseignements à ce sujet soient nécessaires. Cependant, il est possible de réduire la fréquence de traite sans augmenter les risques de mammite, à condition que les extrémités des trayons soient propres et sèches en permanence.

Article initialement publié en anglais dans la revue « Milk Producer ».


Auteur : Ann Godkin, vétérinaire en chef/MAAARO
Date de création : mars 2017
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