Numération des cellules somatiques dans le lait de chèvre

Les cellules somatiques sont essentiellement des globules blancs. Elles constituent la première ligne de défense contre les bactéries qui s'introduisent dans le canal du trayon. Un nombre élevé de cellules somatiques peut révéler l'infection du pis, qui peut nuire à la production de lait et réduire la qualité et la quantité de produits dérivés, tel le fromage. Il peut être utile de passer brièvement en revue certains faits pour mieux saisir l'importance du nombre de cellules somatiques dans le lait de chèvre.

Comparaison du nombre de cellules somatiques dans le lait de vache et le lait de chèvre

Les chèvres ne produisent pas leur lait de la même manière que les vaches. Le mode de lactation dans le trayon sain de la chèvre produit naturellement un lait ayant une plus grande teneur en cellules cutanées et en fragments de cellules contenant de l'ADN que le lait produit par une vache saine. Ces cellules cutanées et fragments de cellules sont comptés comme des cellules somatiques lorsqu'on analyse des échantillons par des méthodes de numération automatiques, comme celles qu'emploient le Laboratoire de l'agriculture et des aliments de l'Université de Guelph et les laboratoires d'analyse du lait ailleurs dans le monde. Cela explique le fait que le lait de chèvre contient plus de cellules somatiques que le lait de vache. De plus, le nombre de ces cellules a tendance à être plus élevé vers la fin de la lactation ainsi que chez les femelles présentant un plus grand nombre de lactations et dans les élevages où sévit l'arthrite encéphalite caprine. Tous ces facteurs contribuent à la supériorité de la numération " normale " de cellules somatiques (NCS) du lait de chèvre par rapport à celle du lait de vache. Quoi qu'il en soit, il importe d'assurer un suivi mensuel des résultats des numérations dans les réservoirs à lait afin de déceler d'éventuelles tendances à la hausse pouvant signaler l'infection de trayons.

En Ontario, la norme réglementaire relative à la NCS du lait de vache est inférieure à 500 000 cellules par millilitre (cellules/ml). Elle sera abaissée à 400 000 cellules/ml à compter du 1er août 2012, comme c'est déjà le cas dans plusieurs autres provinces (Colombie Britannique, Alberta et Nouveau Brunswick). Une NCS du réservoir de un million de cellules par millilitre dans du lait de vache révélerait l'existence de graves problèmes de santé des pis dans le troupeau. Or, la mesure de la même NCS dans un échantillon de lait de chèvre ne susciterait pas d'inquiétude. En fait, une NSC pouvant atteindre 1,5 million de cellules par millilitre respecterait la norme réglementaire des États Unis relative au lait de chèvre et serait donc acceptable. En Ontario, il n'existe pas de norme réglementaire particulière pour le lait de chèvre; cependant, de nombreux producteurs ontariens de lait caprin peuvent maintenir des NCS oscillant entre 600 000 et 800 000 cellules/ml.

Méthodes de numération

Il existe deux méthodes courantes de numération des cellules somatiques dans le lait de chèvre.

  1. La méthode microscopique directe de comptage des cellules somatiques par coloration au vert de méthyle pyronine, ou " méthode manuelle "

Il s'agit de la méthode approuvée aux États Unis pour la numération des cellules somatiques. On place un échantillon de lait de chèvre sur une plaque de microscope et on y applique un colorant spécial, du vert de méthyle pyronine, qui colore seulement l'ADN présent dans les cellules du lait. Cette méthode exige l'intervention de techniciens hautement qualifiés formés pour distinguer les cellules somatiques des autres cellules et des fragments de cellules par la taille, la forme et la couleur. Elle présente l'inconvénient majeur suivant : la numération finale est directement fonction du degré de formation et d'expérience du technicien. Dès lors, le résultat de la numération d'un échantillon donné peut varier grandement d'un technicien à l'autre. De plus, le degré d'exactitude et de précision peut laisser à désirer en raison de la variabilité de l'épaisseur de la couche de lait sur la plaque et de la distribution des cellules dans celle ci. Enfin, cette méthode prend du temps et est donc coûteuse.

  1. La méthode Fossomatic

En Europe, au Québec et en Ontario, on a recours à une méthode rapide et automatisée de numération des cellules somatiques dans le lait de chèvre. L'appareil FossomaticMC FC utilisé au Laboratoire de l'agriculture et des aliments de l'Université de Guelph compte les cellules somatiques dans un échantillon de lait à l'aide du procédé appelé cytométrie en flux. Un mélange de lait et d'une solution de coloration est passé dans une cuve à circulation dans laquelle les cellules colorées contenant de l'ADN sont exposées à une lumière d'une longueur d'onde particulière. Lorsqu'elles sont ainsi exposées, ces cellules émettent des impulsions de lumière fluorescente qui sont comptées et enregistrées. L'appareil Fossomatic assure une plus grande précision, un temps d'analyse plus court et une économie par rapport à la méthode manuelle.

Comparaison des méthodes

Chaque méthode présente ses avantages et ses inconvénients, mais les deux permettent de réaliser des estimations fiables du nombre de cellules somatiques dans le lait de chèvre.

Des chercheurs américains ont comparé les résultats de numérations de cellules somatiques dans du lait de chèvre à différents stades de la lactation obtenues par la méthode manuelle et par l'appareil Fossomatic étalonné avec des étalons de lait de chèvre ou de vache.

Les deux méthodes ont fourni des résultats comparables lorsque l'appareil Fotomatic était étalonné avec des étalons de lait de chèvre, tandis que les NCS obtenues par la seconde méthode avaient tendance à être supérieures d'environ 25 % lorsque l'appareil était étalonné avec des étalons de lait de vache.

Cela explique donc pourquoi les NCS obtenues par l'utilisation de l'appareil Fossomatic du Laboratoire de l'agriculture et des aliments de l'Université de Guelph sont légèrement supérieures à celles signalées par les organismes de réglementation américains, qui emploient la méthode manuelle. Cet appareil demeure toutefois un outil de gestion rentable pour les producteurs de lait de chèvre en ce qu'il révèle les tendances à la hausse des NCS qui peuvent permettre de détecter des mammites.

Étant donné que les appareils Fossomatic du Laboratoire de l'agriculture et des aliments servent en majeure partie à l'analyse du lait de vache, ils ont été étalonnés depuis leur mise en service avec des étalons de lait de vache. Il n'existe pas encore au Canada d'étalons de lait de chèvre vendus dans le commerce et soumis à un contrôle de qualité, mais on pourrait en produire si la demande était suffisante. Aux États Unis, plusieurs entreprises ont récemment mis des étalons de lait de chèvre à la disposition des producteurs laitiers. Toutefois, le nombre relativement limité de laboratoires pouvant analyser le lait caprin leur impose une limite quant au niveau d'assurance qualité qu'elles peuvent assurer, notamment par des essais comparatifs interlaboratoires. Par conséquent, même s'il existe dans le commerce des étalons de lait de chèvre, leur fiabilité sur les plans de l'exactitude et de la répétabilité des résultats ne peut pas être contrôlée.

Pour éviter les NCS élevées

Les pratiques de gestion suivantes aideront les producteurs de lait de chèvre à éviter les NCS élevées dans le réservoir et la propagation des cas de mammite dans les élevages.

  1. Méthodes de traite appropriées:
  2. a) préparation appropriée des pis (pour que les trayons soient propres, secs et désinfectés);

    b) nettoyage avant la prise du premier jet; et

    c) bain de trayons après la traite.

  3. Alimentation et stabulation adéquates. Les animaux propres, secs et bien nourris vivant dans des conditions de confort courent moins de risques de contracter des mammites et beaucoup d'autres maladies.
  4. Système de traite en bon état de fonctionnement et bien entretenu. Le système doit assurer un vide stable, des pulsations adéquates et une traite en douceur.
  5. Application de protocoles de traitement efficaces des cas de mammite, en collaboration avec les vétérinaires.
  6. Détection des cas de mammite par le recours fréquent au test de mammite de Californie pour tout l'élevage, et élimination des femelles souffrant de mammite chronique.
  7. Tenue de registres de santé animale et d'un historique des traitements.

L' Agency of Agriculture, Food and Markets (agence de l'agriculture, de l'alimentation et des marchés) du Vermont a produit une bonne source d'information sur la gestion des NCS élevées et de la mammite dans les élevages de chèvres : http://www.uvm.edu/newfarmer/production/livestock/SCCgoats2010.pdf (en anglais).


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
Auteur : Bruce Keown, scientifique, produits laitiers, Unité des services scientifiques de salubrité des aliments/MAAARO
Date de création : 1 août 2012
Dernière révision : 1 août 2012