Ulcères gastriques chez le cheval adulte

Table des matières

  1. Introduction
  2. Causes ou étiologie
  3. Traitement
  4. Pronostic
  5. Prévention et recommandations
  6. Références

Introduction

Le terme d'ulcères se rapporte à une rupture ou à l'érosion de la muqueuse de l'œsophage, de l'estomac ou du petit intestin. La profondeur de l'érosion détermine la gravité de l'ulcère. Les ulcères de l'estomac sont plus courants et surviennent principalement dans la région non glandulaire (squameuse) de l'estomac (voir Figure 1). Il est moins courant de voir des ulcères dans la région glandulaire de l'estomac. La présence d'ulcères de l'estomac est commune chez les chevaux de tous âges, mais elle est plus élevée parmi les poulains et les chevaux qui subissent un entraînement intensif. Des études sur les chevaux ont montré la grande prévalence d'ulcères de l'estomac : environ 90 % des Standardbred et des pur-sang à l'entraînement en sont affectés. Les signes cliniques de l'ulcère passent inaperçus chez la plupart des chevaux. Ceux qui présentent des signes cliniques peuvent avoir une performance athlétique médiocre, une perte de poids et des coliques. Ils peuvent également avoir une apparence chétive, et une légère diarrhée. Chez les poulains, le bruxisme (signe de douleur) et l'hypersalivation sont courants. Les ulcères se situent parfois dans la première partie du petit intestin (duodénum) et dans l'œsophage.

Figure 1 est un dessin de l'estomac d'un cheval.

Figure 1. Les aliments pénètrent dans l'estomac en passant par l'œsophage, le quittent par une ouverture nommée pylore et sont évacués dans la première partie du petit intestin (duodénum). L'estomac se compose d'une région squameuse et d'une région glandulaire.

Causes ou étiologie

Les ulcères sont causés par divers facteurs, notamment :

  • l'alimentation et la gestion de l'alimentation - notamment une alimentation intermittente, un régime riche en concentrés, une privation de nourriture et les genres d'aliments ingérés (phléole des prés par opposition à la luzerne);
  • le stress de l'entraînement et le stress de la maladie;
  • les médicaments comme les corticostéroïdes;
  • des reflux biliaires.

Il y a une grande différence entre l'ulcère du cheval et l'ulcère des êtres humains dont on pense que la bactérie Helicobacter pylori est responsable de la pathogenèse de 90 % des ulcères duodénaux et d'environ 70 % des ulcères gastriques (1).

L'alimentation et sa gestion pourraient jouer un rôle déterminant dans la présence d'ulcères chez les chevaux. Les chevaux sont, par nature, des animaux qui paissent et qui passent la plus grande partie de la journée à se nourrir. Mis au pâturage, le cheval a un flux constant de salive et d'herbe dans l'estomac qui le protège contre l'acidité gastrique (2). La plupart des chevaux paissent dans les pâturages tout au long de l'année. Cependant, de nombreux chevaux, p. ex., les chevaux de course et les chevaux de compétition, sont traités comme s'ils mangeaient par intermittence et ne peuvent paître de façon continue. Ils sont nourris par intermittence avec du foin et des concentrés, toute l'année ou durant la plus grande partie de l'année. (Les concentrés sont un mélange de grains, concassés ou entiers, et des vitamines et minéraux combinés sous diverses formes ou textures (p. ex., aliments mélassés, en boulettes) pour compléter les nutriments qui se trouvent dans le foin).

Une alimentation riche en concentrés augmente la production d'acides gras volatils. Cela, ajouté à l'habitude de les nourrir ponctuellement entraîne de soudaines chutes du pH gastrique et endommage les cellules de l'estomac et de l'intestin.

Des mesures du pH gastrique ont révélé que l'acidité (< pH 2.0) était plus élevée chez les chevaux privés de nourriture (3). Un mode d'alimentation alternant privation de nourriture et alimentation libre au foin par périodes de 24 heures a causé des érosions et des ulcérations de la muqueuse gastrique après un cumul de 48 heures de privation seulement (3). Il est important de se rappeler que les chevaux anorexiques (qui ne mangent pas) ou partiellement anorexiques en raison d'un trouble médical sous-jacent, peuvent développer des érosions et ulcères dans la région squameuse de leur muqueuse gastrique en un jour ou deux.

Lorsque les chevaux étaient été nourris au foin de phléole des près, les mesures de pH gastrique étaient souvent supérieures à pH 6 (3). Un régime de foin de luzerne et de grains donnait un pH gastrique encore plus élevé que le régime de foin de phléole des prés. Cela pourrait être attribuable aux éléments qui composent la luzerne, mais il faut effectuer des recherches plus poussées sur les effets du type de fourrage sur le pH gastrique (3).

Le stress causé à l'animal par l'entraînement libère des corticostéroïdes, ce qui diminue l'afflux de sang dans la muqueuse gastrique. Cela entrave le mécanisme naturel de protection et les acides gastriques créent encore plus de dommages.

Des médicaments comme les corticostéroïdes (prednisolone, dexaméthasone) ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) (p. ex., la phénylbutazone ou " Bute ", flunixin meglumine ou Banamine), peuvent également causer des ulcères gastriques.

Les acides biliaires, qui sont normalement secrétés dans le duodénum, peuvent refluer dans l'estomac et endommager la muqueuse gastrique.

Traitement

Le traitement des ulcères de l'estomac comprend une combinaison de changements à la gestion de l'alimentation, une thérapie médicale, et une réduction du stress du cheval. La méthode qui amène la guérison la plus rapide des ulcères est une mise à l'herbe verte et une modification du régime alimentaire. Si les concentrés sont ajoutés à la nourriture, ils devraient être donnés fréquemment, mais en petites quantités.

Les médicaments disponibles pour traiter les ulcères comprennent, entre autres :

  • les antiacides (hydroxide d'aluminium et magnésie hydratée) qui réduiront l'acidité de l'estomac pendant une brève période, mais qui doivent être administrés toutes les deux heures pour être efficaces.
  • Antagonistes des récepteurs de l'histamine. La cimétidine (Tagamet) et la ranitidine (Xantac) sont communément utilisées pour les chevaux et elles sont considérées très efficaces pour prévenir et traiter les ulcères. Elles réduisent à la fois la production d'acide gastrique de base et la production induite (p. ex., par l'alimentation) en inhibant compétitivement l'histamine aux récepteurs H2 des cellules pariétales (4).
  • L'oméprazole (Gastroguard, Pepsid) est le médicament antiulcéreux le plus puissant qui soit sur le marché. Cet inhibiteur de la pompe à protons, bloque la sécrétion d'acide gastrique en s'interposant aux ions d'hydrogène à l'étape finale de la sécrétion d'acide. Ce médicament est administré oralement une fois par jour, ce qui permet au propriétaire de l'animal de respecter d'administrer le médicament comme il se doit. L'élément chimique brut de l'oméprazole est disponible dans les pharmacies qui composent elles-mêmes des préparations. Ce genre de produit est moins onéreux que les préparations commerciales. Cependant, des études ont montré que les médicaments génériques, les remèdes composés, peuvent être moins efficaces. Il n'y a pas de contrôle de la qualité des produits composés. Par ailleurs, la quantité d'ingrédients actifs présents dans le produit composé peut être très variable.
  • Le sucralfate (Carafate) est un autre type de médicaments utile dans le traitement des ulcères de l'estomac, surtout chez les poulains. Après ingestion, le sucralfate réagit avec l'acide hydrochlorique de l'estomac pour former un complexe pâteux qui va se lier avec les exsudats protéiques qui sont généralement présents sur les ulcères. Ce complexe non soluble forme une barrière sur le site et protège l'ulcère des dommages causés par la pepsine, l'acide et la bile (4). Le sucralfate adhère à l'ulcération pendant plus de six heures (1). Comme il a besoin d'un environnement acide pour être efficace, il devrait être administré au moins une demi-heure avant la cimétidine ou les antiacides.

Pronostic

Parfois, les ulcères de l'estomac du cheval ont des issues négatives. Les ulcères peuvent se perforer dans la cavité abdominale et entraîner une péritonite infectieuse et une mort rapide. L'œsophage, le pylore ou le duodénum peuvent aussi cicatriser, ce qui crée des problèmes de déglutition, de vidange de l'estomac et des coliques.

Prévention et recommandations

L'alimentation des chevaux devrait contenir au moins 50 % (et de préférence >70 %) de matière sèche à ingérer sous forme de long foin sec ou d'herbe verte.

  • Si de hauts niveaux de concentrés sont nécessaires (plus de 2,5 lb deux fois par jour), les chevaux devraient être nourris plus souvent, en petites quantités, p. ex., toutes les 4 à 6 heures. Comme cela demande beaucoup de travail et que ce sera plus ou moins suivi, l'utilisation de systèmes d'alimentation informatisés ou mécaniques pourrait aider à respecter cet horaire.
  • Une mise à l'herbe, ou mieux encore, un accès quotidien aux pâturages est un bon moyen de réduire le stress des chevaux et de leur fournir un accès permanent aux nutriments.
  • Les chevaux qui sont privés de nourriture pendant de longues périodes (plus de 12 heures), p. ex., avant une opération, pour soigner des coliques ou pour toute autre raison, devraient surveillés de près pour voir s'ils n'ont pas développé un ulcère (3).

Références

  1. MacAllister CG. A review of medical treatment for peptic ulcer disease. EVJ Suppl. 1999; 29 : 45 à 49.
  2. Collier DSTJ. Editorial - Gastric Ulceration: Response to an unnatural environment. EVJ Suppl. 1999; 29 : 5 et 6.
  3. Murray MJ. Pathophysiology of peptic disorders in foals and horses: a review. EVJ Suppl. 1999;29 : 14 à 18.
  4. Plumb DC. Veterinary Drug Handbook 4th ed. St. Paul: Iowa State Press, 2002.



Auteur : Dr. Dan Kenney - Collège de médecine vétérinaire de l'Ontario, Université de Guelph; Dr. Bob Wright - Prévention des maladies/Chevaux et animaux non traditionnels/ MAAARO
Date de création : 01 juin 2004
Dernière révision : 01 juin 2004

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