La nutrition du troupeau de brebis

Introduction

La nutrition constitue l'un des éléments de gestion les plus importants dont l'éleveur doit se préoccuper. Les brebis qui sont nourries de rations bien équilibrées sont plus fertiles, elles sont plus faciles à traire et elles sèvrent plus d'agneaux qui connaissent une croissance plus rapide. Non seulement les brebis bien nourries sèvrent plus de livres d'agneau par année, mais elles sont en meilleure santé et plus résistantes aux infections et aux maladies que celles qui souffrent de stress nutritionnel. Si vous visez la rentabilité de votre élevage, la gestion de la nutrition du troupeau de brebis doit constituer votre préoccupation première.

Sur un élevage de moutons moyen en Ontario, les coûts des aliments comptent pour environ 80 % des dépenses directes de la ferme. Selon le programme d'analyse des exploitations agricoles de l986, une brebis moyenne (sur 30 éleveurs, 5070 brebis) coûte 62,48 $ à nourrir par année. Ce coût représente 82 % des dépenses directes de la ferme et 50 % des dépenses totales de la ferme. Les coûts des aliments constituent les charges d'exploitation les plus importantes des fermes d'élevage ovin en Ontario. Il est donc très important que le propriétaire du troupeau évalue les ressources alimentaires dont il dispose et qu'il réussisse à maintenir une bonne nutrition de ses brebis et à générer un bénéfice raisonnable par brebis.

Le problème le plus dommageable qui affecte les troupeaux de moutons de l'Ontario est d'avoir " le ventre creux " (Empty Gut Disease). Si votre troupeau commence à être sous-alimenté, cette situation peut réduire vos bénéfices à zéro ou entraîner des pertes économiques. La sous-alimentation est causée par un apport inadéquat d'éléments nutritifs. Nous fournissons cinq éléments nutritifs au troupeau : l'eau, l'énergie, les protéines, les vitamines et les minéraux. L'élément le plus limitant sur la plupart des fermes est souvent l'énergie. L'énergie est fournie par le mélange de fourrages et de grains. Une sous-alimentation chronique peut survenir si on ne donne pas assez d'aliments concentrés pour animaux (mélanges de grains) au troupeau. Ce problème survient si le producteur a mal évalué les ressources alimentaires et qu'il omet d'effectuer l'évaluation de l'état corporel des ovins. Cette sous-alimentation est la principale cause du faible rendement de l'élevage des ovins.

Comment l'éleveur peut-il éviter la sous-alimentation?

  1. Faire analyser les aliments
  2. Comprendre les changements des besoins en éléments nutritifs selon le cycle de production
  3. Formuler les rations
  4. Évaluer l'état corporel
  5. Aménager les distributeurs d'aliments
  6. Fournir une source adéquate d'eau propre.

Faire analyser les aliments

L'éleveur doit identifier les ressources disponibles.

Fourrages : le foin (fourrage grossier) est la source alimentaire la plus variable sur la ferme. C'est très difficile d'en connaître la qualité sans une analyse détaillée. La qualité du foin dépend d'un certain nombre de choses, de la composition des espèces (% de graminées, % de légumineuses), de la période de la fauche (en juin ou en août) et de la fertilité du sol.

La phléole des prés a une teneur en protéine brute (% P.B.) qui s'échelonne de 17 % à 7,8 % et en unités digestives totales (% U.N.T.) de 65 % à 50 % selon le moment de la fauche. La luzerne varie entre 20 et 12 % P.B. et 66 à 59 % U.N.T. du stade végétatif tardif au stade de maturité de la croissance. Le stade de croissance a un effet important sur le pourcentage de protéine brute et, dans une moindre mesure, sur le pourcentage d'U.N.T. dans l'échantillon de fourrage. La teneur des espèces aura aussi quelque incidence.

Par exemple : foin coupé à mi efflorescence

Échantillon 1

75 % luzerne 25 % phléole des prés = % P.B. = 15 %

Échantillon 2

25 % luzerne 75 % phléole des prés = % P.B. = 11 %

Comme il existe une grande variation dans la qualité des fourrages, leur analyse est primordiale et doit comprendre la teneurs des éléments nutritifs suivants : protéine brute, fibre au détergent acide (FDA), calcium, phosphore, magnésium, potassium et peut-être même les oligoéléments (cuivre, manganèse et zinc).

Comprendre les changements des besoins en éléments nutritifs selon le cycle de production

Pour gérer facilement l'élevage des ovins et répondre à leurs besoins, il est primordial de savoir en tout temps le cycle de production de chaque groupe de brebis, pour pouvoir séparer les ovins et assurer une gestion adéquate de chaque groupe. Peu importe le système de production adopté par l'éleveur (accéléré ou une fois l'an), la rentabilité est étroitement liée à une nutrition adaptée selon le cycle de production (et savoir à quelle étape de production sont les brebis que vous nourrissez) et à la réduction des coûts de l'alimentation animale en évitant une suralimentation non nécessaire.
On considère généralement que le cycle de production de la brebis comporte six (6) importants stades de production : entretien, alimentation intensive, début de gestation, fin de gestation et début de lactation. La gestion en général, et plus particulièrement la gestion de la nutrition doivent être modifiée à chacun de ces stades si l'éleveur veut que le troupeau soit sain et surtout obtenir un prix de vente satisfaisant.

En rapport à la nutrition, les besoins alimentaires sont moindres pendant l'entretien et en début de gestation, et ils sont plus grands à la fin de la gestation et durant la lactation (surtout chez les brebis qui portent plusieurs fœtus et qui allaitent deux agneaux ou plus). Le diagramme qui suit indique bien l'évolution des besoins nutritifs que vit la brebis aux divers stades de production.

Besoins approximatifs en énergie digestible (ED) quotidienne des brebis de reproduction de 65 à 70 kg aux divers stades de production.

Figure 1. Besoins approximatifs en énergie digestible (ED) quotidienne des brebis de reproduction de 65 à 70 kg aux divers stades de production.

Texte explicatif pour la figure 1

Entretien (0 à 16 semaines)

À ce stade de production, les seuls besoins nutritifs de l'animal consistent à maintenir le poids corporel désiré. Aucune forme de production n'est en cours (la brebis n'est pas en lactation ou pleine). À tous les autres stades, les besoins doivent donc être plus élevés que pendant le stade d'entretien. La durée dépend du système de production; dans certains programmes d'agnelage accélérés, elle peut s'échelonner de 0 jours jusqu'à 16 semaines dans le cas d'un agnelage une fois l'an. Comme les brebis ne font que maintenir leur poids, aucune alimentation en grains n'est nécessaire pendant cette période.

Reproduction et alimentation intensive

Par alimentation intensive on entend une augmentation des aliments et de la teneur en éléments nutritifs des rations. Elle a pour but d'augmenter le taux d'ovulation et ainsi le taux d'agnelage. La réaction à l'alimentation intensive dépend de l'âge de la brebis (une brebis plus mature aura une réaction plus grande qu'une brebis de un an), de sa race, de l'état corporel et du stade de la saison de reproduction. La réaction la plus marquée survient au début et à la fin de la saison de reproduction; l'alimentation intensive est moins efficace pendant la période de pointe de la saison de reproduction pour augmenter le pourcentage d'agnelage. L'alimentation intensive est surtout bénéfique pour les brebis maigres qui n'ont pas encore récupéré du stress de la lactation précédente.

L'alimentation intensive consiste habituellement à fournir aux brebis des pâturages frais, des suppléments de fourrage, ou jusqu'à 454 g (une livre) de grains par brebis par jour, selon le stress lié à l'environnement (temps de l'année), la disponibilité des fourrages et l'état corporel des brebis. L'alimentation spéciale commence d'habitude au moins de 2 à 4 semaines après le début de la saison de reproduction. On veut ainsi s'assurer que l'embryon est bien fixé sur la paroi de l'utérus, réduisant le nombre de morts embryonnaires précoces. L'alimentation intensive ne doit pas durer trop longtemps, une période d'alimentation riche et prolongée est onéreuse sans raison. Il faut éviter le surconditionnement pendant la gestation, ainsi que des diminutions spectaculaires ou prononcées des quantités d'aliments qui sont donnés. Une quantité normale de grains serait d'environ 230 à 454 g (½ à 1 lb) de grains mélangés par brebis par jour.

Début de gestation (les 15 premières semaines)

En début de gestation, la croissance fœtale est minime et les besoins alimentaires de la brebis diffèrent peu de ceux observés au stade de l'entretien. On peut donc donner aux brebis une ration similaire en quantité un peu plus élevée. C'est rare que les grains soient nécessaires en début de gestation à moins que le fourrage ne soit de piètre qualité et que l'état corporel des brebis s'en ressente.

Fin de gestation (les 4 dernières semaines)

Outre la lactation, c'est le stade le plus exigeant du point de vue nutritionnel à cause de la croissance foetale et du développement du potentiel de production de lait. Plus de 80 % de la croissance fœtale se produit pendant les six dernières semaines de gestation. Une nutrition carencée (surtout en énergie) pendant cette période a des effets nuisibles sur la production de lait de la brebis, sur le poids à la naissance, la vigueur (potentiel de survie) des agnelets. Les brebis doivent recevoir au moins 335 g (0,75 lb d'un mélange de grains par brebis par jour, pour celles qui ont un pourcentage d'agnelage supérieur à 200 %.

Lactation (6 à 12 semaines)

Les brebis lactantes atteignent d'ordinaire leur production maximale de lait de 3 à 4 semaines après l'agnelage et elles produisent 75 % de leur rendement total de lait pendant les 8 premières semaines de lactation (Boylan, 1984). La brebis qui allaite deux agnelets produit de 20 à 40 % plus de lait que celle qui n'en nourrit qu'un.

Comme la croissance de l'agneau est primordiale et qu'elle dépend de la production de lait de la brebis, il est essentiel d'optimiser la production de lait. Trop souvent on voit des troupeaux où les brebis ne reçoivent pas les quantités suffisantes d'aliments en rapport au nombre d'agnelets qu'elles allaitent. Dans la plupart des cas, les rations ne contiennent pas une proportion de grains suffisante pendant les 4 à 6 premières semaines de la lactation, ce qui se traduit par une carence énergétique et souvent aussi protéinique. Chez la brebis, la production de lait dépend de l'alimentation au même titre que chez les bovins laitiers.

Avec du foin de qualité moyenne à bonne, les brebis qui allaitent un seul agnelet auront besoin d'environ 680 g (1,5 lb) d'un mélange de grains mélangés chaque jour, celles qui en allaitent deux auront besoin d'en consommer de 900 g à 1 375 g (2 à 3 lb) par jour.

Agnelage accéléré

L'information qui précède traite des stades de production dans le cas de l'agnelage une fois par année que ce soit l'été ou l'hiver. Pour réussir, les éleveurs qui adoptent un programme d'agnelage accéléré doivent s'assurer que l'état de santé de leurs brebis soit supérieur à la moyenne. Les brebis ne devraient pas perdre trop de poids pendant la lactation si l'éleveur s'attend qu'elles mettent bas à nouveau et donne un bon rendement quant au nombre d'agnelets et au poids de ces derniers au sevrage.

Évaluer l'état corporel

L'étape la plus souvent négligée pour une bonne nutrition du troupeau est l'évaluation de l'état corporel. L'éleveur doit mesurer l'état corporel de son troupeau pour déterminer comment les brebis réagissent aux aliments qui leurs sont fournis. Si cette étape est négligée, l'échantillonnage des fourrages et l'évaluation des rations seront inutiles! L'éleveur doit évaluer comment le troupeau réagit aux aliments qui lui sont fournis. En l'absence d'une évaluation de l'état corporel, on ne peut arriver à une bonne nutrition du troupeau.

Aménager les distributeurs d'aliments

Il faut prévoir un espace adéquat aux distributeurs d'aliments pour chaque brebis, soit de 40 à 45 cm (16 à 18 po) pour que toutes puissent manger en même temps. En l'absence de l'espace nécessaire, la brebis plus petite et plus productive perd sa bonne forme et sa productivité s'en ressent. Avec un espace adéquat aux distributeurs on s'assure que toutes les brebis auront des chances égales de consommer leur ration quotidienne.

Fournie une source adéquate d'eau propre

C'est souvent l'élément nutritif le moins cher à fournir au troupeau de brebis. Les animaux doivent avoir accès en tout temps à une source d'eau fraîche et propre. C'est particulièrement important pour les brebis en lactation et les agnelets. Les brebis en lactation ont besoin de beaucoup d'eau si on veut qu'elles fournissent beaucoup de lait. Les brebis taries ont besoin de moins d'eau que les brebis lactantes et, pendant l'hiver, la neige peut être leur source d'eau, au besoin. On recommande une surface d'eau d'environ 0,09 mètre carré (un pied carré) par 40 brebis.

Gestion des béliers

Avant que l'éleveur puisse gérer efficacement les ressources alimentaires dont il dispose, il doit déterminer le statut reproductif du troupeau. Il ne peut fournir la nutrition adéquate à un troupeau dans lequel les brebis ne sont pas au même stade de production. Ainsi, il est difficile de répondre aux exigences de toutes les brebis quand certaines doivent mettre bas en janvier et d'autres, en avril. Les besoins alimentaires sont différents selon le stade de production. C'est ici qu'entre en ligne de compte la gestion des béliers. Le tableau suivant présente un exemple de calendrier de reproduction.

Première mise à la reproduction

Date de mise à la reproduction

  • 15 août. avec béliers
  • 14 sept. sans bélier

Dates d'agnelage

  • 9 janv. au
  • 8 févr.

Deuxième mise à la reproduction

Date de mise à la reproduction

  • 20 nov. avec béliers
  • 20 déc. sans bélier

Dates d'agnelage

  • 16 avr. au 16 mai
  • Les béliers qui sont avec les brebis en nov. - déc. doivent porter un harnais de marquage pour déterminer quelles brebis mettront bas en janvie

Troisième mise à la reproduction

Date de mise à la reproduction

  • 5 avr. avec béliers
  • 5 juin sans bélier

Dates d'agnelage

  • 1er sept. au 1er nov.
  • Dans un programme accéléré

Ce type de calendrier permet de séparer le troupeau en groupes d'agnelage.

Il faut coordonner toutes les étapes pour améliorer la nutrition des brebis. Si on procède à une ou deux étapes seulement, l'amélioration ne sera pas évidente. Quand certaines étapes sont omises, comme l'évaluation de l'état corporel et l'espace adéquat aux mangeoires, l'éleveur pourrait se voir obliger de graduellement mettre à la réforme les brebis les plus productives du troupeau à cause de leur incapacité à conserver un état corporel satisfaisant. Comme les brebis très productives ont besoin de plus d'aliments leur état corporel régresse plus vite que le reste du troupeau si elles ne reçoivent pas les éléments nutritifs suffisants.

L'alimentation animale représente le coût le plus important de l'exploitation ovine, soit environ 80 % des dépenses directes totales de la ferme. Pour offrir à son troupeau une alimentation convenable, le producteur doit évaluer les ressources alimentaires disponibles (et faire analyser les aliments); comparer ces ressources aux besoins en éléments nutritifs du troupeau (composition des rations); fournir des installations avec un accès facile aux distributeurs d'aliments et à l'eau; enfin effectuer régulièrement le classement des animaux selon leur état corporel pour évaluer si le programme de nutrition répond aux besoins. Il doit aussi déterminer le statut reproductif du troupeau, et le moyen le plus efficace est la gestion des béliers.

Règle générale le propriétaire du troupeau le nourrit de fourrages pour satisfaire l'appétit des animaux; il lui donne des grains pour que les bêtes atteignent un état corporel souhaitable et aussi des suppléments de sel iodé de cobalt et des minéraux pour ovins au choix. L'éleveur doit coordonner les opérations en vue d'obtenir une bonne nutrition, en commençant par l'analyse des aliments jusqu'à l'évaluation de l'état corporel et à la gestion des béliers s'il veut obtenir un troupeau productif et viable.


Auteur : Jillian Craig - Spécialiste des petits ruminants/MAAARO
Date de création : 01 août 1997
Dernière révision : 11 avril 2016

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca