Truies taries recherchent satisfaction!

De nos jours la truie en gestation connaît un problème semblable à plusieurs d'entre nous : elle aime manger mais elle doit surveiller son poids. Il faut restreindre la quantité d'aliments ingérés par la truie en gestation pour limiter un gain de poids excessif et un excès de gras, stimuler l'ingestion de la ration de lactation et augmenter la productivité globale de l'animal. Toutefois, quand sa ration est limitée la truie n'a pas l'impression d'avoir bien mangé et elle ne se sent pas rassasiée, ce qui donne lieu à de la frustration et au bout du compte, à des comportements stéréotypés. Si elle en avait l'occasion, une truie pourrait dévorer presque deux fois la quantité de ration qu'elle reçoit.


En temps normal, une hormone, la cholécystokinine, signale la fin du comportement d'alimentation. Toutefois, si le repas est léger, cette hormone n'atteint pas un seuil assez élevé pour se déclencher. Or sans ce déclencheur, la truie continue de vouloir s'alimenter même après avoir consommé sa ration. Elle réagit souvent en s'adonnant à des activités d'alimentation stéréotypées comme se frotter contre la mangeoire, mordre les barreaux, mâcher, jouer avec la tétine d'eau ou boire, pour tenter d'obtenir satisfaction.


De nos jours dans la production porcine on nourrit habituellement les animaux une fois tous les deux jours, ce qui est une façon de parer à la situation. En Iowa récemment des chercheurs sont passés à une autre étape en nourrissant les truies une fois aux trois jours. Ils ont comparé des truies qui recevaient une ration de pâtée à 12 % de maïs soya au rythme de 2 kg chaque jour, ou encore de 6 kg une fois aux trois jours. Le gain de poids des truies soumises à ces deux régimes n'était pas différent.


Le tableau 1 résume les résultats les plus intéressants de cette expérience. De manière générale selon les observations du comportement, le fait de donner aux truies un gros repas par intervalle diminuait substantiellement leur motivation à se nourrir et à l'éveil. Malgré le temps écoulé entre les rations, les truies nourries par intervalle n'ont pas compensé leur manque en consommant une quantité d'eau excessive les jours sans ration. En comparaison, les truies nourries chaque jour consacraient plus de temps à toute une gamme de comportements : ruminer dans le vide, boire ou jouer avec l'abreuvoir. Les chercheurs ont indiqué que ces comportements accroissent la dépense d'énergie jusqu'à 40 %, ce qui augmente les besoins alimentaires nécessaires pour maintenir le poids corporel et la bonne forme.

Tableau 1. Effet du régime alimentaire sur l'activité des truies, leur comportement et leur consommation d'eau

 
Groupe de truies Alimentées chaque jour
Groupe de truies Alimentées par intervalle
Activité (% de temps)
Être debout
19,9
12,7
Être active
26,7
15,8
Être inactive
73,2
84,1
Comportement (2 heures après avoir mangé)
Consomme ou cherche

à manger

10,15
1,69
à lécher
9,68
2,53
Boire
8,84
4,21
Ruminer dans le vide
36,89
8,75
Mâcher les barreaux
0,74
0,75
Se frotter
0,59
0,79
Consommation d'eau (L)
Jour de la ration
11,58
14,40
Lendemain de la ration
-
6,54
Jour précédant la ration
-
4,56
Moyenne
11,58
8,50

 


Selon cette recherche, il est clair que de nourrir les truies par intervalle permet d'augmenter leur niveau de satisfaction après qu'elles aient mangé. On pourrait aussi inclure des éléments nutritifs moins caloriques ou du fourrage grossier pour une plus grande impression de satiété, sans risque d'augmenter le gain de poids pendant la gestation.


En France les chercheurs ont démontré qu'en donnant des rations plus fibreuses, on peut réduire la motivation de manger et les comportements qui en résultent. Les truies ont reçu des pâtées composées de blé orge soya, avec des teneurs plus élevées de tourteau de tournesol, de son de blé, de pulpe de betteraves, d'enveloppes de soya et de gluten de maïs, pour atteindre des teneurs en fibres brutes de 3,3, 10,6 et 18,14 %. Les truies qui ont reçu les pâtées à hautes teneurs en fibre ont mangé plus lentement, mettant trois fois plus longtemps à consommer leur ration, et elles étaient plus calmes entre les repas.


Peu importe la ration qu'elles avaient reçu, de façon générale les truies s'adonnaient à des activités orales (alimentaires ou non) pour la même durée. Pour les truies ayant reçu la ration à faible teneur en fibres, cela voulait dire plus de temps consacré à des comportements stéréotypés comme lécher et mordre les barreaux. Les chercheurs ont signalé que la présence de substrats comme de la paille dans l'environnement de la truie, représente une source supplémentaire de fibres et peut potentiellement changer la nature des comportements adoptés.


La recherche a clairement démontré que les intervalles auxquels on nourrit les truies influent fortement sur la motivation des truies taries. Même si cet élément reste à confirmer, on présume que cette réduction de la motivation à s'alimenter améliore le bien-être animal. C'est clairement un pas dans la bonne direction pour une plus grande satisfaction des truies. Toutefois, les conséquences de l'adoption d'intervalles d'alimentation différents et le fait de donner des aliments à plus haute teneur en fibres doivent être analysés plus avant pour mieux en connaître les impacts sur les paramètres reproductifs et les portées subséquentes, de même que les effets possibles sur l'environnement.


Références


Douglas, M.W., Cunnick, J.E., Pekas, J.C., Zimmerman, D.R., and von Borell, E.H. 1998. Impact of feeding regimen on behavioral and physiological indicators for feeding motivation and satiety, immune function, and performance of gestating sows. J. Anim. Sci. 76:2589-2595.

Ramonet, Y., Meunier-Salaun, M.C., and Dourmad, J.Y. 1999. High-fiber diets in pregnant sows: Digestive utilization and effects on the behavior of the animals. J. Anim. Sci. 77:591-599.


Auteur : Greg Simpson - Spécialiste de la nutrition des porcs/MAAARO
Date de création : 18 August 2000
Dernière révision : 29 février 2012

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