Prévenir et traiter la maladie en améliorant la fonction intestinale

Cet article a été publié pour la première fois dans Better Pork, en octobre 2003.

Le sevrage est un évènement stressant dans la vie d'un porc, en raison de plusieurs adaptations environnementales, sociales et nutritionnelles auxquelles le porcelet est confronté et de la possibilité de maladie et de mortalité entraînée par la diarrhée. En raison de l'utilisation restreinte d'antibiotiques, ou même d'interdictions totales dans certains pays, les chercheurs tentent activement de trouver des stratégies de rechange en matière de nutrition. Ils font également des efforts considérables pour déterminer les conditions nécessaires afin d'optimiser l'écosystème gastro-intestinal pour prévenir en premier lieu les maladies intestinales graves.

Le tractus gastro-intestinal est un organe d'une grande complexité et sa santé et son développement sont la clé de la productivité pour tous les cheptels domestiques de même que pour la volaille. Le tractus a deux fonctions fondamentales qui sont essentielles à la croissance et au développement :

  1. l'obtention et l'absorption d'éléments nutritifs;
  2. le maintien d'une barrière protectrice contre l'infection causée par des microorganismes et des virus.

Quels sont les changements chez les porcelets sevrés qui les prédisposent à la maladie? Lors du sevrage, le régime alimentaire du porcelet est grandement modifié puisqu'il ne reçoit plus de lait de la truie, mais une ration solide. Les microbes de l'intestin doivent donc s'adapter rapidement. La modification du régime alimentaire entraîne généralement une diminution de la prise alimentaire, en deçà des besoins d'entretien, au cours de la première semaine. Cette faible prise alimentaire a un effet négatif sur la structure de l'intestin grêle, ce qui entraîne un raccourcissement des villosités (fines projections qui augmentent la surface de contact et la capacité d'absorption de l'intestin). La dégénérescence des villosités de l'intestin grêle est considérée comme un facteur prédisposant à des problèmes de santé postsevrage.

Voici certaines des maladies de l'intestin les plus importantes chez les porcs :

La colibacillose postsevrage est le trouble intestinal le plus fréquent chez les porcs immédiatement après le sevrage et est associée à la croissance rapide d'E.coli toxigène dans l'intestin grêle.

La dysenterie porcine est une forme de colite qui touche le caecum, le côlon et le rectum des porcs à l'engrais et est l'une des maladies de l'intestin chez les porcs qui ont le plus de répercussions économiques.

La salmonellose chez le porc est préoccupante pour deux raisons : il s'agit premièrement d'une maladie clinique du porc et la contamination des produits du porc avec des sérotypes de salmonelle peut également infecter les humains.

L'entéropathie proliférative porcine (appelée aussi iléite) peut être une pathologie aigüe ou chronique avec un changement pathologique sous-jacent fréquent qui apparaît sous la forme d'un épaississement de la muqueuse de l'intestin grêle et du côlon (l'intestin est comme un tuyau d'arrosage). Les pertes financières associées à l'iléite peuvent avoir pour résultat un indice de consommation plus faible, une période de temps plus longue avant de se retrouver sur le marché, une augmentation de la mortalité et des taux plus élevés d'animaux réformés.

Les ulcères gastriques dans l'estomac sont fréquents chez les porcs d'abattage et ces lésions entraînent une baisse du rendement de croissance.

L'infection par des endoparasites chez les porcs à l'engrais peut avoir une grave répercussion financière sur la production porcine en raison d'une baisse du rendement. À de faibles taux d'infection, les parasites comme l'Ascaris suum (les vers ronds) sont connus pour réduire le gain moyen quotidien et l'indice de consommation et peuvent même entraîner des taux plus élevés de mortalité.

Une étude récente effectuée au Danemark s'est concentrée sur des stratégies en matière d'alimentation afin d'accroître la fonction intestinale chez les porcs. À ce jour, les stratégies qui ont remporté le plus de succès comprenaient la manipulation de la composition des aliments ainsi que l'utilisation d'une bouillie liquide fermentée, d'aliments grossiers non granulés et d'acides organiques.
Les chercheurs danois suggèrent que le contrôle le plus important pour l'écosystème du tractus gastro-intestinal, et ultimement pour la santé du porc, est la quantité et le type de substrat auquel la population microbienne a accès.

En théorie, cela permettrait un contrôle direct au cours des processus de fermentation dans le tractus gastro-intestinal grâce à la composition des aliments. À ce jour, les résultats sont irréguliers, mais les études se sont concentrées sur la manière dont le contenu en fibre, en protéine et en gras du régime alimentaire touche la fermentation microbienne.

La bouillie liquide fermentée a été un sujet chaud en Europe au cours des 5 dernières années puisque ces pays cherchaient des solutions de rechange aux antibiotiques. L'alimentation avec une bouillie liquide fermentée réduit le pH dans l'estomac à 4 ou moins, ce qui inhibe la croissance de bactéries comme les coliformes et la salmonelle, et prévient également la diarrhée. Cependant, le rendement de croissance n'est pas amélioré par une alimentation avec une bouillie liquide fermentée même si les systèmes où seul le grain est fermenté se montrent prometteurs. Cela peut être en raison des améliorations connexes dans les composantes structurelles de l'intestin. Les résultats des porcelets alimentés avec un régime alimentaire liquide contenant du blé fermenté montraient une hauteur plus importante des villosités et une augmentation du rapport villosités/cryptes, ce qui suggère qu'il peut s'agir d'une façon de prévenir la dégénérescence de l'architecture de la muqueuse après le sevrage.

Les méthodes de traitement des aliments sont un autre facteur dont il faut tenir compte. Nourrir les porcs d'abattage avec des aliments grossièrement moulus comparativement à des aliments en fines boulettes entraîne une réduction du pH du contenu de l'estomac et augmente significativement la concentration d'acides organiques (comme l'acide lactique, l'acide acétique, l'acide propionique et l'acide butanoïque) dans l'estomac. Cela favorise la croissance de bactéries anaérobie dans l'estomac qui à leur tour produisent des acides organiques. Un désavantage évident des rations à texture grossière est la réduction des résultats en matière de rendement et il est évident que cela doit être tenu pour compte lorsque cette stratégie est utilisée.

L'ajout d'acides organiques au régime alimentaire entraîne des effets irréguliers sur l'écologie gastro-intestinale des porcs, en fonction de l'acide et de la dose utilisés. Le pH le long du tractus gastro-intestinal tend à être inférieur après l'ajout d'acides organiques, mais l'effet est souvent peu important. Généralement, les acides organiques ont un effet négatif sur les bactéries se trouvant le long du tractus gastro-intestinal, alors que l'effet sur le rendement de croissance est positif, avec des résultats qui varient en fonction du type d'acide et de régime alimentaire utilisé, et de la dose employée. Il est important de remarquer qu'en plus de pouvoir ajouter des acides directement au régime alimentaire, l'effet peut être simulé grâce à des stratégies comme les bouillies liquides fermentées ou les aliments avec une texture grossière, ce qui entraîne un accroissement des taux d'acides organiques dans l'estomac.

L'utilisation d'aliments liquides fermentés, d'aliments grossiers non granulés et d'acides organiques diminue le pH dans l'estomac, tue les bactéries comme E. coli et la salmonelle afin qu'elles ne puissent pas pénétrer dans le tractus gastro-intestinal où elles croissent et se multiplient normalement. L'estomac agit alors comme un obstacle afin de briser le cercle vicieux dans le cadre duquel les animaux deviennent une source d'infection pour eux-mêmes et pour les autres.

Les chercheurs danois suggèrent qu'une prise alimentaire suffisante constitue LE facteur le plus important pour maintenir le rendement et la santé des porcelets après le sevrage. Les porcelets qui reçoivent une alimentation complémentaire dans la case de parturition sont plus susceptibles de faire plus tôt la transition vers une prise alimentaire en postsevrage. La meilleure manière d'accroître la prise alimentaire durant la phase d'allaitement, de limiter les problèmes durant la phase de transition et après celle-ci est de faire passer l'âge du sevrage de quatre à cinq semaines (selon l'expérience danoise).

Source : Jensen BB., Hojberg O., Mikkelsen LL., Hedemann MS., et Canibe N. 2003. Enhancing intestinal function to treat and prevent intestinal disease. Travaux du 9e International Symposium on Digestive Physiology in Pigs. 14 au 17 mai 2003.

 

 


Auteur : Greg Simpson - Swine Nutritionist/OMAFRA
Date de création : 01 octobre 2003
Dernière révision : 29 février 2012

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