Influence de la saveur des rations sur le rendement des porcs avant sevrage

Une saveur est l'impression sensorielle que procure un aliment ou une substance, surtout déterminée par les sens du goût et de l'odorat. Les saveurs des aliments pour animaux sont généralement utilisées dans les rations des pouponnières porcines pour améliorer la sapidité des aliments et en stimuler la prise. Cependant, il existe peu d'éléments probants que l'ajout de saveurs aux aliments de tout premier âge présente des effets potentiels sur la prise d'aliments avant sevrage et le rendement.

Par le passé, les premières recherches sur l'alimentation complémentaire étaient basées sur le fait que les aliments de toute la portée avaient complètement disparu pour déterminer que ces aliments avaient été consommés. Cette méthode pouvait se révéler trompeuse parce qu'elle supposait que tous les porcelets d'une portée avaient consommé des aliments premier âge. Les études plus récentes ont eu recours à des couleurs de marquage des aliments et elles ont montré que seulement une certaine proportion des porcelets avait réellement consommé les aliments complémentaires. Ces " mangeurs " ont montré une plus grande prise alimentaire initiale après sevrage et une meilleure croissance que ceux de la portée qui n'avaient pas consommé de ces aliments.

Par la suite, les chercheurs ont voulu identifier quels facteurs augmentent la proportion de consommateurs au sein d'une portée pour améliorer le rendement global en pouponnière. On a remarqué que l'odeur des aliments premier âge constituait l'un des facteurs clés. Il semble aussi que l'exposition à la saveur pendant la période avant sevrage peut aussi améliorer le rendement après sevrage quand cette même saveur est ajoutée aux aliments de pouponnières.

Dans une étude récente, des chercheurs de Kansas State University ont examiné le rôle de l'ajout de saveur dans les aliments pour animaux sur le rendement avant et après le sevrage. Dans la première partie de l'expérience les chercheurs ont utilisé deux régimes expérimentaux, un premier avec des aliments complémentaires sans saveur ajoutée et un deuxième avec des aliments avec saveur ajoutée. Les deux régimes ont été offerts en libre accès du jour 18 de lactation jusqu'au sevrage, le jour 21. De plus, ces deux régimes d'aliments comportaient une couleur de marquage qui a servi à évaluer lesquels des porcelets en mangeaient et lesquels n'en consommaient pas. Toutes les truies ont reçu la même ration de lactation; l'eau était offerte en libre accès aux truies et aux porcelets.

Les résultats de l'étude ont démontré que le poids global de la portée au sevrage, le gain de poids total et le gain moyen quotidien (GMQ) entre les groupes de porcelets qui avaient consommé des aliments avec ou sans saveur n'étaient pas différents. Sur une base individuelle, le poids au sevrage du porcelet, le gain de poids total et le GMQ entre les deux régimes ne différaient pas non plus. L'ajout d'une saveur aux aliments complémentaires n'a pas influé sur l'ingestion quotidienne moyenne (IQM) ou totale ni sur le nombre de mangeurs de ces aliments au sein de toute la portée (figures 1 et 2).

Le manque d'intérêt envers la saveur dans les aliments est peut-être attribuable à la durée limitée pendant laquelle ces aliments étaient offerts. Dans cette étude les chercheurs ont opté pour une durée de trois jours, ce qui reflète la pratique courante chez les éleveurs porcins américains, qui donnent des aliments complémentaires pendant deux à sept jours avant le sevrage. Les chercheurs croyaient que si l'ajout de saveur produisait un effet celui-ci serait évident à court terme.

Précédemment, les chercheurs de Kansas State University avaient montré que 75 % de l'ingestion d'alimentation complémentaire totale se produisaient pendant les derniers sept jours avant le sevrage. Ils avaient aussi trouvé que les porcelets qui avaient un accès libre à ces aliments pendant deux jours avant le sevrage consommaient des quantités égales ou supérieures comparés à ceux des portées à qui on avait donné cette alimentation pendant sept à onze jours. Ces observations suggèrent que l'ingestion d'aliments complémentaires est liée à la maturité des porcelets plutôt qu'à la durée de la période pendant laquelle elle est offerte.

Toutefois, avant que les éleveurs ne commencent à réduire la durée de la période d'alimentation complémentaire, des recherches menées à la Kansas State University ont indiqué que la durée de cette période n'influait pas sur la proportion de mangeurs par rapport à la portée entière. Lors de cette étude, les portées auxquelles on avait donné ces aliments pendant 13 jours comptaient environ 14 % plus de mangeurs que celles qui avaient reçu ces aliments pendant six jours ou deux jours (80 %, 70 % et 71 % respectivement). Toutefois, pour une portée de 10 porcs une augmentation de 14 % des mangeurs se traduit par un seul mangeur additionnel par portée.

En résumé, selon cette étude, fournir une alimentation complémentaire avec saveur n'a que peu d'effet sur l'augmentation du rendement avant sevrage, ou pour obtenir un plus grand nombre de mangeurs au sein d'une portée. Cette recherche indique que ces aliments constituent pour les porcelets une bonne transition vers une alimentation solide. Les porcelets qui consomment ces aliments montrent une prise alimentaire améliorée et une meilleure croissance durant la période après sevrage, et plus l'offre d'aliments premier âge est longue plus le nombre de mangeurs d'aliments complémentaires est élevé dans la portée. Toutefois, le rapport coûts/bénéfices de l'alimentation complémentaire et de la main-d'œuvre additionnelle doit être comparé au potentiel d'augmentation de la productivité de la pouponnière porcine pour que cette approche soit viable.

Références

Sulabo, R.C., Tokach, M.D., DeRouchey, J. M., Dritz, S.S., Goodband, R.D. and Nelssen, J.L. 2010c. Effects of varying creep feeding duration on the proportion of pigs consuming creep feed and neonatal pig performance. J. Anim. Sci. 88:3154-3162.

Sulabo, R.C., Tokach, M.D., DeRouchey, J. M., Dritz, S.S., Goodband, R.D. and Nelssen, J.L. 2010d. Influence of feed flavours and nursery diet complexity on pre-weaning and nursery pig performance. J. Anim. Sci. 88:3918-3926.


Auteur : Greg Simpson, spécialiste de la nutrition des porcs /OMAFRA
Date de création : 16 février 2011
Dernière révision : 16 février 2016

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